Accueil Monde Maroc: 73 640 tentatives d’émigration irrégulière avortées en 2025

Maroc: 73 640 tentatives d’émigration irrégulière avortées en 2025

0

Les autorités marocaines affirment avoir empêché 73 640 tentatives d’émigration irrégulière en 2025 et démantelé plus de 300 réseaux de trafic de migrants. Des chiffres qui, selon Rabat, témoigneraient d’un recul des flux passant par le royaume, alors que les routes migratoires continuent de se déplacer dans la région.

Le Maroc dit avoir intensifié ses efforts pour contenir les départs et les passages de migrants en situation irrégulière sur son territoire. Selon des chiffres officiels rendus publics jeudi 10 septembre 2026 à Rabat et relayés par des médias, 73 640 tentatives d’émigration irrégulière auraient été empêchées au cours de l’année 2025.

Les autorités marocaines font également état du démantèlement de plus de 300 réseaux de trafic de migrants. Elles estiment que ces réseaux adaptent continuellement leurs méthodes, notamment en développant de nouvelles formes de coopération et en regroupant certaines de leurs activités criminelles.

À ces opérations de contrôle se sont ajoutées des interventions de secours. D’après les mêmes données officielles, 13 595 migrants auraient été secourus en mer en 2025. Rabat indique que ces personnes ont ensuite bénéficié d’une assistance comprenant notamment des soins médicaux, un hébergement et une orientation, dans le cadre de ce que les autorités présentent comme une gestion «humanisée» des frontières.

Les autorités marocaines indiquent, par ailleurs, que 4 372 migrants en situation irrégulière ont bénéficié d’un retour volontaire vers leur pays d’origine. Ces opérations auraient été conduites en coordination avec les représentations diplomatiques concernées et dans le respect, selon Rabat, des droits et de la dignité des personnes.

Rabat revendique une baisse des flux

À partir de ces données, le gouvernement marocain considère que sa politique de lutte contre les réseaux de trafic produit des résultats. Rabat avance, notamment, que la diminution des interceptions constituerait un indice d’un «tarissement graduel» de la route migratoire passant par le Maroc.

Cette interprétation mérite toutefois d’être nuancée. Une baisse des interceptions sur une route donnée ne permet pas, à elle seule, d’établir une diminution générale des mouvements migratoires dans la région. Les autorités marocaines reconnaissent d’ailleurs elles-mêmes que la pression migratoire persiste et que les itinéraires peuvent se déplacer vers d’autres zones.

Selon leur analyse, les flux tendraient ainsi à se reporter vers de nouveaux points de départ, notamment en Afrique de l’Ouest ainsi que dans certains pays du sud de la Méditerranée. Cette évolution serait davantage le signe d’une recomposition des routes migratoires que d’une disparition du phénomène.

La politique menée par Rabat est présentée comme cherchant à combiner contrôle sécuritaire et prise en charge des migrants. Le nombre de retours volontaires organisés est notamment mis en avant par les autorités pour illustrer cette approche, qualifiée d’équilibre entre fermeté et responsabilité.

Une coopération sécuritaire étroite avec l’Espagne

La question migratoire s’inscrit également dans une coopération sécuritaire plus large entre le Maroc et l’Espagne. Rabat affirme que 41 opérations conjointes menées depuis 2014 ont permis l’interpellation de 174 personnes liées au terrorisme.

Dans un communiqué publié jeudi 10 septembre 2026 à Rabat, le ministère marocain des Affaires étrangères, de la Coopération africaine et des Marocains résidant à l’étranger a réaffirmé l’attachement du royaume au partenariat stratégique avec Madrid. Il a néanmoins fait part de «vives réserves» concernant certaines prises de position politiques, législatives et médiatiques espagnoles relatives aux relations bilatérales, en particulier sur les questions migratoires.

Le ministère rappelle que Rabat entend inscrire ses relations avec Madrid dans une logique de «bon voisinage», de dialogue politique, de partenariat économique et de coopération sécuritaire. Cette orientation s’appuie notamment, selon le communiqué, sur la Déclaration conjointe du 7 avril 2022, conclue à la suite de la rencontre entre le roi Mohammed VI et le président du gouvernement espagnol, Pedro Sanchez.

Le ton s’est toutefois durci sur le terrain politique. Le communiqué affirme que le royaume du Maroc refuse d’être «un fonds de commerce préélectoral» et n’admet pas davantage d’être le «bouc émissaire de règlements de compte politiciens».

Des chiffres à replacer dans une dynamique régionale

Les chiffres communiqués par Rabat mettent en évidence l’ampleur des moyens mobilisés par le Maroc pour contrôler ses frontières et lutter contre les réseaux de passeurs. Ils ne suffisent cependant pas, à eux seuls, à mesurer l’évolution globale de la migration irrégulière dans la région.

Le déplacement des itinéraires évoqué par les autorités marocaines elles-mêmes, rappelle que les politiques de contrôle peuvent aussi contribuer à modifier les routes empruntées par les migrants et les réseaux de passeurs. La question demeure donc moins celle de la disparition des flux que celle de leur transformation et de leur redéploiement.

En revendiquant à la fois des résultats sécuritaires et une approche présentée comme respectueuse des migrants, Rabat cherche ainsi à défendre son rôle de partenaire incontournable de l’Europe sur le dossier migratoire.

Par Valentin SOMANDE