Accueil A la une Entre insécurité et Covid 19, la liberté de la presse se cherche

Entre insécurité et Covid 19, la liberté de la presse se cherche

0
Le Burkina n'est pas à l'abri des obstacles à la liberté de la presse

«Au clair de la lune, mon ami Zongo

Refusa de bâillonner sa plume au Burkina Faso

Et Zongo est mort, brûlé par le feu

Que justice soit faite, pour l’amour de Dieu».

Et justice n’est toujours pas faite pour l’ami Zongo du reggaeman ivoirien Alpha Blondy, dont la chanson est devenue un hymne pour continuer à porter le deuil du célèbre journaliste burkinabè d’investigation, fondateur et directeur de plublication de L’Indépendant, Norbert Zongo, assassiné et brûlé, avec ses trois compagnons d’infortune. C’était à Sapouy, dans la province du Ziro, dans la région du Centre-Ouest du Burkina. Depuis ce 13 décembre 1998, la lumière se fait attendre, et la lampe allumée au Centre de presse Norbert Zongo, pour ne s’éteindre qu’à l’éclosion de la vérité sur la mort de notre confrère, continue d’éclairer les journalistes assoiffés de justice, une soif inextinguible, jusqu’à la dissipation totale du faible halo qui recouvre encore cette affaire.

Ainsi, ce 3 mai, la commémoration de la Journée mondiale de la liberté de la presse se fera encore, sans que ceux qui ont occis et brûlé Henri Sebgo-nom de plume de Norbert Zongo- soient jugés et châtiés à la hauteur de leur forfait. Il en sera de même pour notre consoeur Ghislaine Dupont et son collègue Claude Verlon, de Rfi, tués le 2 novembre 2013 au Mali dans leur traque du terrorisme, et dont les assassins restent encore impunis. Que dire de tous ces nombreux hommes et femmes de presse, persécutés, embastillés ou mis à mort, parce qu’ils ont osé choisi d’informer? En tout cas, que ce soit en Afrique ou ailleurs dans le monde, l’heure est loin d’être à la réjouissance pour les journalistes qui, dans l’accomplissement de leur sacerdoce, sont incertains, en se levant le matin, de retrouver leur lit le soir. Les difficultés financières insurmontables, le nombre de lecteurs qui se rétrécit comme peau de chagrin pour la presse écrite, et la pression des politiques et autres lobbys économiques, désormais, aggravés par l’avènement de l’insécurité et du Covid 19, la plume tremble plus que jamais.

Toujours en première ligne, que ce soit dans les attaques terroristes que sous la menace du Covid, les hommes et femmes de presse sont pourtant ceux qui bénéficient le moins de protection et d’attention. Animés de la volonté farouche de rapporter l’information, le scoop, qui donnera à leur canard, cette audience indispensable pour sa survie, les journalistes bravent, consciemment ou inconsciemment, des dangers, qui leur sont souvent fatals. S’ils n’ont, pendant longtemps, que souffert de l’épée de Damoclès, constamment suspendue sur leurs têtes par les politiciens qui voient en eux des empêcheurs de gouverner en rond, car s’érigeant en vigie de la bonne gouvernance et en défenseur des droits humains, les journalistes doivent maintenant composer avec les balles des terroristes et autres bandits de grand chemin, et surtout avec le virus à couronne qui n’épargne aucune catégorie humaine, surtout celles les moins protégées.

Or, s’il est une classe d’hommes notoirement exposée, c’est bien celle des journalistes, notamment sous les tropiques, où les conditions d’exercice de la profession sont loin d’être les meilleures, surtout sur le plan économique, où mécènes et annonceurs sont aussi rares que des gouttes de pluie en pleine saison sèche dans le Sahel. Que dire de la grande concurrence infligée aux médias classiques par les réseaux sociaux où, l’information, malgré les infox et intox, circule, et est consommée, à une vitesse incroyable?

En tout cas, même s’il n’est pas certain qu’une solution miracle y soit trouvée, ce lundi 3 mai, on parlera, à l’occasion de cette journée mondiale de la liberté de la presse, de «la viabilité des entreprises de presse au Burkina Faso», le thème national qui côtoiera celui international de «l’information comme bien public». Et dès le lendemain de cette énième commémoration, devenue un des marronniers de la profession, la presse retrouvera son quotidien de précarité, donnant toute sa raison d’être à Reporters sans frontières (RSF), dont l’édition 2021 du classement mondial de la liberté de la presse «démontre que le principal vaccin contre le virus de l’information, à savoir le journalisme, est totalement ou partiellement bloqué dans 73% des pays évalués».

Par Wakat Séra