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Guinée: quand le terrorisme d’État a toujours été la loi

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Des membres du Front national de la Démocratie et la Constitution

Le peuple de Guinée a fait l’objet de la violence de son propre État et cela du régime autoritaire de feu Sékou Touré à celui de plus récent de Alpha Condé au mépris presque toujours des règles élémentaires du droit. Pire, avec l’avènement de la junte du colonel Mamady Doumbouya en septembre dernier au pouvoir, le vocable d’abus d’autorité s’est considérablement accru, notamment au détriment des responsables du mouvement du Front national pour la Défense de la Constitution (FNDC), un pan majeur de l’opposition politique guinéenne. Dès lors, les forces vives de la Nation doivent désormais répondre avec fermeté à ces affronts récurrents des premiers acteurs de l’État, selon le site d’information du journal LEDJELY.COM.  

 Le contraste est saisissant.

On oserait à peine y croire.

Les images sont toutefois là pour nous montrer qu’il ne s’agit pas d’un rêve, mais bien de la réalité.

Cette réalité est à ce point insupportable qu’on ne peut s’empêcher de se questionner ainsi : comment fait-on pour passer en l’intervalle de quelques mois, du diagnostic posé très lucidement et fort justement, ce 05 septembre 2021 par le colonel Mamady Doumbouya en justification de son coup d’État aux images dégradantes, inhumaines et barbares qui nous ont été servies lors de l’arrestation musclée caractérisée par une violence hors de proportions dont a été victime trois responsables de la coordination nationale du Front national de défense de la Constitution (FNDC)? Et surtout quel sens pouvons-nous ou devons-nous donner à cet acte de barbarie lui-même ?

Si seuls les membres du comité national du rassemblement pour le développement (CNRD) peuvent apporter une réponse éclairée à la première question, à titre liminaire, nous autres pouvons simplement convenir que le contraste est saisissant et troublant, même déroutant tellement ces actes sont aux antipodes des principes prônés dans le discours du 05 septembre.

Un terrorisme d’État à l’encontre d’honorables citoyens guinéens:

Depuis l’indépendance, l’histoire de notre pays est jonchée d’épisodes douloureux au titre desquels le peuple de Guinée a fait l’objet de la violence de son propre État, presque toujours au mépris des règles élémentaires du droit. Il en a été ainsi du régime autoritaire de Sékou Touré à celui plus récent d’Alpha Condé. À chaque fois, les Guinéens ont été victimes, à des degrés divers et selon des modalités variables, d’une violence d’État qui n’a jamais été traitée par la justice et encore moins bénéficiée d’une quelconque réparation. Le simulacre d’assises nationales que les autorités de la transition ont organisé cette année, sans toutefois atteindre leur but dilatoire, sont le reflet que l’État reconnaît sa violence envers ses propres citoyens mais reste dépourvu de la volonté d’y mettre fin et d’en punir les auteurs.

Mais ce qui nous a été donné à voir ce mardi 05 juillet 2022 au siège du FNDC se démarque des violences habituelles que nous avons connu dans un passé récent. Des responsables du FNDC, notre plus grande fierté en termes d’hommes intègres, le symbole même et l’étendard de notre pays en termes de lutte pour la démocratie, ont été traités, par ceux qui sont censés agir en notre nom, comme de simples malpropres et malfrats. D’aucuns ont eu recours au vocable courant d’abus d’autorité pour qualifier cette forfaiture. Pour ma part, j’associe davantage cette barbarie à un début de terrorisme d’État dans la mesure où cette violence est réalisée à dessein et planifiée depuis les plus hauts sommets de L’État. C’est sans doute le retour d’un «mode de gouvernement par la terreur» en Guinée. Pour rappel, le terrorisme a pour but d’instaurer la terreur à travers une violence symbolique dont la signification et la force d’intimidation dépassent largement l’acte réellement posé. Il s’agit de marquer les esprits, de déstabiliser l’opinion, de semer la psychose et d’intimider ceux qui sont visés par ce message et tous les autres qui seraient dans la même disposition. C’est souvent l’arme du plus faible. À la seule différence que dans ce cas précis, c’est l’institution d’État qui a recours à cette ignominie.

D’ailleurs, cette cabale politique dirigée contre ces responsables du FNDC, même recouverte du vernis de la justice que s’efforce à porter le procureur général près de la Cour d’appel de Conakry, M. Alphonse Charles Wright, ne trompe personne. Seule cette violence inouïe retient l’attention de l’opinion tellement elle était disproportionnée. C’est d’ailleurs le but recherché. Violence de surcroît étalée aux yeux du monde lors de cet enlèvement (ce terme d’enlèvement ou de kidnapping me semble plus approprié dans cette situation) de ces responsables du FNDC, retenus en otages depuis, est un message adressé à tous ceux qui ne sont pas dans « l’esprit du CNRD ». Violence inouïe par ailleurs assumée par les autorités de la transition par l’intermédiaire d’un communiqué, indigne et irresponsable, publié par un de ses bras judiciaires, le parquet général près la Cour d’appel de Conakry, ce mercredi 06 juillet. Ce terrorisme d’État vise en premier tous les activistes de la société civile et les militants des partis politiques à qui le CNRD envoie le message qu’il est prêt à réprimer dans le sang tous ceux qui se dresseront sur son chemin.

Heureusement que cette intimidation risque d’être de peu d’effet. Le FNDC et les militants pro-démocratie, les partis politiques et leurs militants et sympathisants, et avec eux tout le peuple de Guinée dans son ensemble, sort à peine de plusieurs années de lutte contre le régime dictatorial d’Alpha Condé qui avait eu recours en son temps, en vain, à de telles pratiques. Cela n’a intimidé personne hier et personne aujourd’hui n’y prêtera plus attention non plus. La lutte doit reprendre de plus belle.

Le dialogue initié par le Premier ministre, M. Mohamed Béavogui, est largement compromis

L’annonce faite ce mercredi 06 juillet 2022 dans l’émission Mirador par M. Ibrahima Diallo, responsable des opérations du FNDC, du retrait immédiat de son mouvement de tout processus de dialogue jusqu’à la libération de ses collègues est la preuve que cette «prise d’otages» institutionnalisée de Foniké Menguè et compagnie sape toute possibilité de dialogue. Les difficiles efforts entrepris par le Premier ministre, M. Mohamed Béavogui, sont donc compromis. Les faucons au sein des autorités de la transition, dont l’objectif clairement affiché était de torpiller ces efforts du PM, ont donc remporté une victoire contre le dialogue.

Comme par hasard, ces violences de la honte interviennent seulement deux jours après la décision de la conférence des chefs d’État et de gouvernement de la CEDEAO sur la Guinée à travers laquelle la junte est invitée à faire des compromis, notamment sur la durée de la transition, dans le cadre d’un dialogue consensuel. L’on ne peut s’empêcher de penser que ce terrorisme d’État est la voie choisie par les faucons du CNRD pour créer les conditions du chaos et rendre la tâche difficile pour le nouveau médiateur désigné par l’organisation sous régionale.

Sur un tout autre plan et au nom du principe de réciprocité de leurs initiatives, il est plus que d’actualité de s’interroger en toute logique mais où sont les religieux qui ont lourdement intercédé auprès du FNDC pour obtenir de surseoir à la manifestation initialement planifiée le 23 juin 2022 afin dit-on de «donner une chance au dialogue». Il est aujourd’hui de leur devoir d’intervenir auprès des autorités de la transition pour obtenir immédiatement et sans conditions la libération de Foniké Menguè, Djani Alfa et Billo Bah et l’abandon de toutes les charges montées de toutes pièces à leur encontre pour réellement donner une chance à ce dit dialogue. Rester aux abonnés absents serait synonyme d’un discrédit total, et cela des décennies durant, sans que plus personne ne puisse accorder à nos religieux le moindre crédit dans la résolution d’une quelconque crise dans ce pays.

La légitimité des autorités de la transition en question

Les derniers actes posés par les différents organes de la transition font évoluer la transition guinéenne vers une situation de fragilité inquiétante.

Après tout, quelle légitimité garde encore ces autorités au regard des derniers développements que nous venons d’enregistrer ? La réponse à cette question découle du contraste saisissant entre le discours fondateur du 05 septembre et les forfaitures qui prévalent dans la gestion de la transition guinéenne désormais.

Il est nécessaire de rappeler pour les plus amnésiques d’entre nous que dans le discours du 05 septembre, le colonel Mamady Doumbouya dénonçait fort justement l’instrumentalisation politique de la justice, la confiscation des libertés publiques et individuelles et s’engageait à ériger la justice en boussole qui guiderait nos actions, de conduire une transition inclusive (synonyme de dialogue donc) tout en essayant d’éviter les erreurs du passé. C’est ce discours qui a conduit les Guinéens à lui accorder leur confiance et donc à fonder sa légitimité et celle de tout le pouvoir qu’il incarne et qui découle de lui. Il s’agit donc d’un contrat moral entre lui et le peuple de Guinée.

Il se trouve que par ces actes qui viennent d’être posés, le colonel Mamady Doumbouya vient de rompre méthodiquement ce contrat. Il suffit pour s’en convaincre de se référer à l’interdiction de toutes manifestations sur la voie publique, au refus de dialoguer en recourant à des manœuvres dilatoires, aux poursuites judiciaires téléguidées par le CNRD mais portées de façade par la CRIEF (Cour de répression des infractions économiques et financières) à l’encontre de responsables politiques et désormais cette barbarie de prendre en otage des responsables de la société civile avec une indécence sans précédent. Ce dernier acte constitue un musèlement de la liberté d’expression et d’opinion sous des prétextes les plus farfelus les uns que les autres (cf. communiqué du 06 juillet du parquet général). Ces actes posés constituent sans aucun doute un retour aux erreurs du passé, à des pratiques anciennes voire de leur aggravation par endroits. La situation actuelle étant à l’exact opposé de ce contrat moral, il va sans dire que le CNRD ne dispose plus de la légitimité que nous lui avons accordé pour conduire cette transition. Faut-il rappeler que le peuple est la seule source de la légitimité du pouvoir ?

Dès lors, il nous revient de traduire en actions cette absence manifeste de légitimité de nos autorités transitoires. Les forces vives de la nation doivent répondre avec fermeté à ces affronts dont ils font l’objet et appeler le peuple de Guinée à son soutien pour résister à l’oppression.

Les enjeux sont immenses et déterminent l’avenir du pays pour les prochaines décennies. Ces faucons du CNRD souhaitent nous imposer un rapport de force, qui s’il reste sans répondant, va conduire à l’émergence d’une nouvelle dictature féroce qui pourrait plonger le pays, des décennies durant, dans les abysses de la médiocrité, occasionner l’émergence d’un État de police au sein duquel les droits et libertés des citoyens seront fortement restreints, et où la pauvreté et le sous-développement règneront en maître.

En conséquence, deux types d’action graduées me paraissent indispensables en réponse à cette forfaiture :

En premier lieu et en plus des appels unanimes à la libération de ces responsables pris en otages, il convient de faire preuve de davantage de solidarité à l’égard du FNDC en annonçant le retrait immédiat de toutes les coalitions politiques et organisations de la société civile de tout processus de dialogue jusqu’à cette libération sans conditions des responsables du FNDC. Il est en outre important de veiller à ne pas se laisser emporter dans le marchandage que la junte militaire pourrait adopter en érigeant cette libération de Foniké Menguè et ses collègues en monnaie d’échanges contre l’adhésion du plus grand nombre à ses propositions, de durée notamment.

Et concomitamment, tout comme l’ont fait savoir certains acteurs politiques, je souscris à l’analyse qui consiste à récuser désormais toutes les autorités de la transition au titre de cette absence de légitimité. Des appels à la démission du gouvernement et du CNT (Conseil national de la transition) doivent être émis en vue de la mise en place d’un gouvernement d’union nationale et l’installation d’un CNT plus consensuel. La Constitution de 2010 doit également être restaurée comme loi fondamentale en lieu et place de la Charte de la transition qui nous a été octroyée.

Il est temps que le pouvoir du peuple arrête le pouvoir des armes.

En définitive, cette barbarie et cette violence inouïe, exercée sur instructions d’un magistrat qui est censé agir au nom du peuple de Guinée et pour défendre les intérêts de toute la société guinéenne marque indubitablement le basculement vers un point de non-retour que nous ne pouvons ignorer. Si les Guinéens ne se lèvent pas pour faire barrage à ce terrorisme d’État, cette junte et les dirigeants qu’ils veulent nous imposer à l’issue de cette transition, sont partis pour semer la terreur pendant plusieurs décennies encore dans notre pays.