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Algérie: 4è mandat déguisé en 5è, la rue reste debout

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La protestation ne faiblit pas dans les rues d'Alger (Ph. Reuters)

Non à un quatrième mandat qui va s’éterniser! C’est le nouveau combat de la rue, suite à la reculade spectaculaire de Abdelaziz Bouteflika et de ses affidés de faire le deuil du cinquième mandat. La protestation ne faiblit pas, car, les manifestants refusent de tomber dans le piège du système au pouvoir depuis 1999, et qui compte jouer les prolongations, à défaut d’entamer un nouveau bail qui était synonyme de présidence à vie pour le président algérien, cloué dans un fauteuil roulant des suites d’un AVC en 2013. Ainsi, pour les contestataires, la joie d’avoir fait plier, fait inédit, le pouvoir qui a toujours pu étouffer les manifestations ou, au pire des cas, les réprimer sans ménagement, s’est vite muée en questionnements. Les concessions tardives et jugées insuffisantes par les Algériens n’ont donc pas réussi à fait taire la cocotte-minute, dont les sifflements ont repris ce lundi 12 mars par une mobilisation certes pacifique, mais aux allures d’insurrection populaire. Bravant les interdictions à manifester et déterminés à obtenir le départ du clan Bouteflika des affaires, de nombreux étudiants ont pris d’assaut les artères d’Alger, sceptiques face aux promesses et nouvelles décisions, entre autres, de limogeages du Premier ministre Ahmed Ouayahia et au sein de son gouvernement.

Suite à cette poussée de fièvre qui dure maintenant depuis plus de trois semaines, et qui visiblement n’a pas trouvé un remède satisfaisant pour les Algériens assoiffés d’alternance démocratique, l’heure est non seulement aux doutes, mais aussi à l’issue de cette bourrasque humaine dont l’objectif est visiblement de chasser Abdelaziz Bouteflika et l’actuelle génération de politiciens du pouvoir. Une véritable période d’incertitude s’ouvre pour l’Algérie, ou les manifestations ne sont pas disposées à accepter le report de l’élection présidentielle. Le pouvoir ayant perdu toute légitimité est en passe de devenir également illégal après le 18 avril 2019, date à laquelle devait se tenir le scrutin renvoyé aux calendes grecques par les thuriféraires du régime. Plus une minute de plus pour Bouteflika, scandent désormais les manifestants qui se demandent pourquoi reporter les élections en dehors de tout cadre constitutionnel et pendant que le président est toujours en place. L’Algérie n’est pas loin de basculer dans l’inconnu, le mouvement de protestation n’étant toujours sans leader connu qui pourrait servir de porte-parole dans des négociations, et au pire des cas, de soupape de sécurité pour éviter le chaos vers lequel ira inexorablement l’Algérie, si Bouteflika doit «dégager» hic et nunc. Le scénario tunisien qui a mis hors-jeu Zine el-Abidine Ben Ali à la faveur du printemps arabe, se rejoue-t-il en Algérie? Difficile de répondre à la question par la négative tant les ingrédients se mettent progressivement en place pour déraciner le système Bouteflika.

Par quoi remplacer un pouvoir vieux de presque deux décennies et qui fait face à sa mise à mort brusque? En attendant, l’Algérie entame une transition de pouvoir Bouteflika, gérée par…le pouvoir Bouteflika. Une chose est certaine, beaucoup de questions demeurent en suspens.

Par Wakat Séra

 

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