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Burkina: il faut des actions vigoureuses pour libérer le Centre-Nord

Les ressortissants de Barsalogho, Foubé, Bourouma, Dablo et Pensa animant une conférence de presse. Leur porte-parole Moumouni Sawadogo (2e à droite)

Les populations des localités du Centre-Nord du Burkina que sont Barsalogho, Foubé, Pensa, Bourouma et Dablo, dénoncent une «une passivité, voire une inaction» des Forces de défense et de sécurité (FDS). Des ressortissants de ces localités ont animé une conférence de presse, le lundi 9 mai 2022, pour porter ce cri du cœur et réclamer des actions militaires vigoureuses pour libérer cette partie du Burkina Faso, en proie aux attaques terroristes depuis sept ans maintenant.

Ce n’est aujourd’hui un secret pour personne, la situation sécuritaire se dégrade de jour en jour mais celle du Centre-Nord est « très critique », selon les ressortissants de cette partie du Burkina Faso, un pays du Sahel, région de l’Afrique de l’Ouest durement éprouvée par des attaques terroristes des principaux groupes du Groupe de soutien à l’Islam et aux Musulmans (GSIM ou JNIM) et Daech, encore appelé l’Etat islamique (EI). Des propos de ces ressortissants des localités concernées, l’Armée, bien qu’ayant déployé des détachements dans plusieurs villages, n’arrive pas à endiguer, ou à défaut limiter la propension des groupes armés à se propager dans la région.

Alors, leur sortie médiatique, à les en croire, vise à interpeller le pouvoir en place afin que des mesures soient prises pour que des opérations militaires d’envergure soient réalisées pour libérer la zone et après que la sécurité a été renforcée pour permettre aux déplacés de retourner dans leurs localités d’origine. Pour ces conférenciers, avec l’occupation, par les groupes armés, des villages qui ne cessent de tomber dans leur main, de jour en jour dans cette partie du Burkina, ce n’est que de cette façon qu’on pourra espérer déloger les terroristes dans toute la zone de Kaya à Barsalogho, en allant jusqu’à Dablo et Kelbo. Pour eux, l’heure n’est plus aux actions sporadiques ou ponctuelles que mène l’Armée.

« C’est la peine dans l’âme que nous tenons cette conférence de presse. La situation est devenue plus délétère courant mars où les groupes armés ont occupé plus le terrain à travers plusieurs localités de la région du Centre-Nord. La situation se dégrade partout mais celle de notre région est encore plus grave », s’est exprimé dès l’entame des échanges avec les journalistes, le conférencier principal, Moumouni Sawadogo, un ressortissant de la localité de Foubé. Il a ajouté que leur appel à l’endroit des autorités est « très sincère » car il s’agit de sauver des « âmes en détresse ».

Foubé est tombé dans la main des terroristes

« Il y a une semaine, le village de Foubé s’est totalement vidé de sa population », s’est désolé M. Sawadogo, rappelant que Foubé était « totalement » isolé du reste du pays depuis le 25 juillet 2021, parce que « la seule voie (Foubé-Pensa) de desserte a été bloquée par les hommes armés non identifiés ». Et ce, a-t-il souligné, malgré leurs multiples interpellations pour éviter le chaos qui est advenu, à savoir la fuite des 20 000 âmes qui résidaient dans ce village de Foubé en direction de Pensa. « Certaines personnes ayant fui Foubé pour Pensa se sont écroulées en chemin parce qu’affamées. Ces personnes ne se sont plus relevées. Elles sont décédées », a-t-il décrit.

Les conférenciers ont affirmé qu’au regard de la gravité de la situation qui est dramatique, des ressortissants de Foubé ont cotisé pour payer des vivres à Kaya afin de les faire acheminer. Ce qui a été fait et ils ont négocié avec les autorités militaires pour que les vivres soient héliportés sur Foubé pour être mis à la disposition des populations. « Du 1er février au 24 mars 2022, on a eu 9 voyages de l’hélicoptère de l’Armée. Mais depuis le 24 mars, cette aide s’est estompée et cela a fragilisé la résilience des populations qu)i, lasses de résister, ont fui pour aller à Pensa », a dit Moumouni Sawadogo, notant que « Foubé a enregistré une dizaine d’attaques mais les plus meurtrières sont celles du 6 mars 2022 et du 24 avril 2022 où tout le village a été incendié ».

Il faut aussi noter que Foubé est le deuxième village le plus important de la commune de Barsalogho.

A Pensa, Dablo, Barsalogho et Bourouma, la situation est aussi alarmante

A Pensa, où la situation n’était pas reluisante, nul doute que l’arrivée massive des habitants de Foubé et des autres localités environnantes de ce village, plus ou moins épargné, la vie sera encore plus dure sinon même intenable sur le plan humanitaire, et plus spécifiquement, alimentaire. « Depuis le 29 novembre 2021, toute la population de Dablo s’est déplacée sur Barsalogho et puis finalement Kaya. Parce que la veille, le détachement militaire qui était dans la localité est parti sans crier gare », s’est alarmé Moumouni Sawadogo.

Selon les témoignages de ces conférenciers, ces déplacés, pour la plupart, s’abritent sous des arbres et n’ont rien à manger. D’où leur interpellation aux nouvelles autorités afin qu’elles trouvent des moyens pour subvenir à leurs besoins et les mettre à l’abri des intempéries, quand on sait que la saison pluvieuse avance à grand pas. Ces populations ont précisément besoin de vivres et de tentes, mais aussi de soins.

Dans la commune de Bourouma, la situation est également « très déplorable » car « il n’y a pas de sécurité et il n’y a pas à manger ». « Les populations de cette commune vivent dans le désarroi total. Les Volontaires pour la défense de la patrie (VDP) font de leur mieux pour contrer certaines attaques terroristes, mais ils n’ont pas assez de moyens pour y faire face tout le temps. C’est le chef de cette localité qui les dotent en carburant et souvent en matériels », a laissé entendre le conférencier principal du jour, poursuivant que « les autorités actuelles disent être venues pour lutter contre l’insécurité mais rien ne nous rassure actuellement ».

Poursuivant son speech, M. Sawadogo a dit qu’à Barsalogho, « c’est la soif qui va finalement achever certaines âmes déjà en détresse. Les terroristes ont détruit les points d’eau privant les populations du liquide précieux. L’eau est souvent acheminée avec des citernes à partir de Kaya pour étancher la soif des populations. En plus de la soif, c’est la famine qui tenaille les populations ».

« Il faut qu’on se dise la vérité. Ça ne va pas du tout. Des gens disent que ça va maintenant mieux sur le plan sécuritaire, mais en toute franchise, chez nous ça ne va pas. La situation s’est même dégradée », a-t-il affirmé avec nervosité parce qu’en effet, « la situation à Barsalogho s’est totalement détériorée à partir du 13 mars 2022, où des groupes armés terroristes sont entrés à Nogo, Sidogo et Tamadgo, bloquant tout accès à cette bourgade à partir de Kaya ».

Les sollicitations des leaders de ces localités à l’endroit de la hiérarchie militaire

A la question de savoir ce que font les détachements militaires vis-à-vis de la situation sécuritaire décrite un peu plus haut ou de ce que les leaders de ces villages donnent comme voix ou font comme sollicitations à l’endroit de la hiérarchie militaire pour gérer la situation, Moumouni Sawadogo et ses camarades ne feront pas dans la langue de bois.

Ils ont dit leur déception de voir que souvent, les populations soient attaquées et que les militaires soient passifs à leur sort. « Plusieurs fois, des attaques ont été perpétrées non loin des détachement militaires mais ils n’ont absolument rien fait pour sauver les pauvres populations », a dit d’un ton remonté, Vincent Sawadogo, ressortissant de Pensa.

« Nous avons eu accès aux autorités militaires et il y a toujours eu des promesses mais nos attentes restent malheureusement encore énormes. Des efforts sont faits mais nous disons que ce n’est pas suffisant et la preuve est que Dablo et Foubé se sont vidés malgré leur capacité de résilience des populations», s’est exclamé M. Sawadogo. En ce qui concerne les informations faisant état de ce que des filles et fils de certaines localités du Burkina Faso ont pris les armes contre leur pays, il a avancé que cela est une réalité dans la région du Centre-Nord même si, dit-il, il n’a pas d’élément pour le prouver.

« Le 6 mars 2022, Foubé a subi une grande attaque des terroristes où pratiquement tout le village jusqu’au marché a été incendié. Lors de cette attaque, on s’est rendu compte que les terroristes maîtrisaient les coins et recoins du village et ont même ciblé certains matériels que les villageois avaient pris le soin de cacher. Ils ont quand-même réussi à les retrouver et à les brûler. Ça veut dire qu’ils ont les informations comme s’ils vivaient avec les populations et cela montre qu’il y a des relais dans nos localités même si je n’ai rien pour le confirmer », a-t-il déclaré.

Sur le dialogue entre des comités locaux et des groupes armés pour ramener la quiétude dans les villages touchés par l’insécurité, Moumouni Sawadogo et ses camarades disent ne pas percevoir concrètement quelque chose qui s’est fait dans ce sens dans leur région. « Les comités locaux de dialogue ne sont pas fonctionnels dans le Centre-nord, notamment en ce qui concerne les localités citées », a confirmé Moumouni Sawadogo.

Que faire dans l’urgence dans le Centre-Nord pour libérer les localités assiégées par les terroristes ?

Selon les interlocuteurs du jour des journalistes, « dans l’urgence, il faut débloquer les voies d’accès entre Kaya et Barsalogho, renforcer la sécurité dans les localités qui sont sur place afin que les populations ne soient plus contraintes de fuir leurs zones ». Dans un second temps, « il faut travailler à ce que tous ces bandits qui essaiment la zone puissent être vraiment neutralisés avec l’espoir in fine que les déplacés qui sont à Foubé, Barsalogho et Pensa, puissent rejoindre, leur localités d’origine. »

A terme, ont-ils conclu, les autorités devront travailler à ce que « les trois localités, Barsalogho, Pensa et Bourouma soient suffisamment sécurisées et sauvegardées notamment par l’accès et le renforcement des actions militaires.

Par Bernard BOUGOUM

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