Accueil Opinion Burkina: La Patrie ET la Mort, nous Vaincrons?

Burkina: La Patrie ET la Mort, nous Vaincrons?

Photo de famille entre les corps paramilitaires et le président du MPSR, le lieutenant-colonel Paul Henri Sandaogo Damiba (3e à gauche)

Ceci est un texte de Issa Bâ sur la situation nationale sécuritaire qui «se dégrade sans cesse en dépit des efforts accrus de nos soldats dans le Nord.» La diversification des partenaires est également abordée par l’auteur de la réflexion.

Le slogan bien connu et souvent brandi en vain depuis le confort d’un café ouagalais risque de bientôt devoir être reformulé. En effet, la situation sécuritaire se dégrade sans cesse en dépit des efforts accrus de nos soldats dans le Nord. Mais pendant que l’effort est au Nord, le Sud est en désarroi, en témoignent les milliers de déplacés vers le Bénin de la semaine passée.

Avec 1,9 million de Personnes déplacées internes (PDI) d’après l’ONU, des aires agricoles entières abandonnée, des commerçants tués ou détroussés tous les jours et des enfants n’ayant plus accès à l’école, il est difficile même pour le plus optimiste d’entre nous de dégager des perspectives vers un avenir meilleur ou à tout le moins supportable.

Ces derniers jours, la tuerie de masse de Seytenga comme l’évacuation de Madjoari puis Pama tracent les contours d’un encerclement progressif de la capitale avec des exactions sur tous les grands axes et des affaires de violence débridée à 40 km de Ouagadougou, où l’arrestation de «bandits» nécessite des bombardements!

Le Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration (MPSR, pouvoir) ne fait pourtant pas rien. Le Président de la Transition se déplace chaque weekend, ou presque, sur le front pour galvaniser les troupes et s’attèle à mettre en place des structures adaptées à la lutte contre les Hommes armés non identifiés (HANI), avec notamment le Commandement des Opérations du Territoire National qui coordonne des grandes opérations portant le feu dans les zones refuges de l’ennemi.

Nos soldats, gendarmes et Volontaires pour la défense de la patrie (VDP) meurent au front mais emportent le triple d’ennemis avec eux. Les procès en bravoure que nous lisons de ci de là ces derniers temps sont intolérables, surtout lorsqu’ils viennent de guerriers de salon qui n’ont pour seule légitimité que la taille de leur ventre et le confort de leur canapé. Néanmoins, ce volontarisme nous suffira-t-il à prévaloir?

Avec la défection du Mali de l’imparfait G5, le repli de Barkhane (qui ne nous a pas vraiment aidé historiquement) et l’obsession électorale de l’UA et la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO), nous sommes bien seuls. Tout un chacun parle de diversifier nos partenariats, mais de quoi parle-t-on réellement?

Il est facile d’identifier plusieurs courants, le plus vocal étant sans doute ceux qui brament et braillent après la Russie et Wagner avec un abandon nihiliste d’esclaves ne sachant vivre sans maître. Veux-t-on vraiment inviter un nouveau colonisateur dans notre pays, avec leurs soldats grévistes hors de prix et leurs géologues avides de mines de diamants? Il est notable que la solution précède la question avec ce genre de prosélytes.

Les acteurs plus raisonnables se penchent sur ce qui se fait ailleurs, et regardent ce qui pourrait marcher. Dans un premier temps, ils se méfient des «paquets» où tout est lié et non négociable, pour regarder par sujet et thématique. Qui est bon en quoi? Par exemple, les guerres du Karabash et d’Ukraine ont montré l’efficacité des drones turcs Bayraktar, qui seraient d’une grande aide pour défendre nos bases et les rendre insubmersibles.

D’autres observateurs pourraient voir la nécessité de nos troupes de bénéficier d’un coup de main au moment décisif. Il circule par exemple sur les réseaux sociaux un audio de soldats encerclés demandant un appui aérien qui ne viendra jamais. Les sons sont glaçants, les commentaires navrants. On y chouine après la France, notre meilleur ennemi, qui nous devrait un appui permanent quand bien même on leur cracherait au visage à longueur de temps.

Si comme tous les pays nous n’avons pas d’amis et seulement des intérêts, il s’agirait de faire l’inventaire de nos intérêts et de manœuvrer avec suffisamment de pragmatisme pour forger des alliances qui nous permettent de survivre (un intérêt simple à identifier) dans l’immédiat et dans le futur. Des alliances sans fil à la patte–voire une chaîne et un boulet- qui fournissent les résultats dont NOUS avons besoin. Qu’il s’agisse d’Italiens, d’Américains, de Turcs, de Sud-Africains ou même de Français, à notre tour d’être un acteur froid et raisonnable et de négocier pour cette aide dont nous avons cruellement besoin.

L’alternative, c’est la Patrie ET la Mort, où perclus de notre fierté nationale et d’une grandeur d’âme inébranlable, nous mourrons sous les hordes de HANI tous ensembles et tout seuls. Cette fierté n’est-elle pas aujourd’hui notre principal adversaire? Depuis Inata, depuis les attentats de Ouaga, quand avons-nous eu l’initiative pour la dernière fois? Il est temps de dépasser nos blocages, de mobiliser l’aide de partenaires choisis aux intentions lisibles pour renverser la tendance.

Issa Bâ                                   

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