Accueil A la une Burkina: pas d’état de grâce pour Roch Kaboré!

Burkina: pas d’état de grâce pour Roch Kaboré!

Roch Marc Christian Kaboré n'aura pas de répit durant son second mandat (Ph. d'archives)

Roch Marc Christian Kaboré, 63 ans, a eu son «takokélé», c’est-à-dire «le coup KO», en langue dioula. 57,87%. Ainsi ont parlé les urnes, selon le verdict provisoire prononcé par la Commission nationale électorale indépendante (Céni), quatre jours après les élections présidentielle et législatives couplées du 22 novembre dernier. Le candidat du Mouvement du peuple pour le progrès (MPP) a franchi, pour son second mandat, la ligne d’arrivée, dans une course, où il a dû s’ennuyer par moment, ayant évolué en roue libre. Le premier poursuivant du vainqueur, Eddie Komboïgo, le champion du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), le parti de l’ancien président Blaise Compaoré, ne recueille que 15,48% des suffrages, mais s’impose devant le chef de file de l’opposition, Zéphirin Diabré de l’Union pour le changement (UPC), qui, lui, doit se contenter de 12,46% des voix des 2 993 280 millions de votants.

Les 14% restants des suffrages, sont partagés par les dix autres candidats, qui se retrouvent avec des scores anecdotiques, allant de 3,36% pour l’ancien président de la commission de la communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO), Kadré Désiré Ouédraogo, à 0,23% pour Claude Aimé Tassembedo, qui tient la queue de peloton. La seule femme qui est descendue dans l’arène des gladiateurs, pour ces élections dont le taux de participation de 50,79, inférieur à celui de 2015, dépasse de justesse la moyenne, n’aura point à rougir de son 0,53%, dans un pays où, malgré leur discours constant pour la promotion du genre, les coqs de la basse-cour ne sont pas encore prêts pour le «taafé fanga», le pouvoir du pagne. En tout cas, ce n’est, visiblement pas demain que les rôles seront inversés.

L’opposition, en attendant la proclamation officielle et définitive qui revient au Conseil constitutionnel, après les 15 jours qui suivent l’expiration du délai imparti pour les recours, prend acte des résultats provisoires. Bien entendu, les opposants, notamment les 7 candidats signataires d’un accord politique, en rappelant les insuffisances et irrégularités, qui, selon eux, ont entaché les élections, en adoptant une attitude très républicaine, se réservent le droit de suivre les canaux légaux, si contestation ils ont à faire. L’heure n’étant pas au procès contre ces partis d’opposition, qui ont passé plus de temps à se combattre au sein de leurs propres familles politiques écartelées, qu’à mobiliser l’électorat autour de leurs programmes de société, on ne peut qu’espérer avec eux, pour la beauté du jeu démocratique, qu’ils puissent être fortement représentés à l’Assemblée nationale.

Et ça, ce sont les résultats des législatifs, dont la publication commence en principe ce vendredi, qui le détermineront. L’une des premières leçons de cette présidentielle, c’est la remontée du CDP dans le jeu politique. Après sa traversée du désert, et l’interdiction à son candidat de prendre part à l’élection présidentielle de 2015, sous le prétexte qu’il a soutenu la tentative de révision de l’article 37 qui aurait permis à Blaise Compaoré de briguer un nouveau mandat, Eddie Komboïgo, pour sa première en tant que présidentiable, a mieux fait que tenir la corde. Il a simplement supplanté le chef de file de l’opposition dans le classement provisoire de ces joutes électorales. Et si les législatifs sourient à son parti, le CDP, celui-ci deviendra, de go, la deuxième force politique du Burkina, après le MPP au pouvoir.

En tout cas, après son «coup KO», une victoire dès le premier tour, décidément très en vogue actuellement dans la sous-région, ayant sanctionné les élections au troisième mandat anticonstitutionnel de l’Ivoirien Alassane Dramane Ouattara, et du Guinéen Alpha Condé, Roch Marc Christian Kaboré doit être conscient d’une seule chose: il ne bénéficiera pas d’état de grâce de la part d’un peuple burkinabè meurtri par les attaques terroristes, de populations qui sont devenues exilées dans leur propre pays, de jeunes confrontés au chômage, de femmes à la recherche du pouvoir d’entrepreuneriat, et de Burkinabè en quête de l’introuvable, pour l’instant, réconciliation nationale. La tâche s’annonce immense, peut-être et le démarrage au diesel ne pourra faire l’affaire!

Par Wakat Séra

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