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Burkina: si seulement le retour de Blaise Compaoré pouvait ramener la paix!

L'ex-président burkinabè Blaise Compaoré

«Honnêtement si Blaise Compaoré rentre sans être conduit par la justice à la maco (Maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou, NDLR) il n’y a plus de raison  de garder les gens en prison! Ça sera la consécration de l’impunité!» «Si le retour du bibèga national (ce mot en mooré, la langue nationale la plus parlée au Burkina, signifiant «courageux» peut aussi être péjoratif et se traduire par «bandit», NDLR) va stopper net les tueries de personnes vivant au Faso, je vais dès demain monter la garde pour l’attendre. Je me casserai la voix, me fracasserai les 4 membres pour l’applaudir.» Ce sont les réactions spontanées de deux intervenants sur un des réseaux sociaux les plus populaires, qui résument assez bien le sentiment général des Burkinabè, à l’annonce de l’information d’une rare viralité. Comme quoi, Blaise Compaoré est attendu, d’une manière ou d’une autre à Ouagadougou où il a ramassé, ce 6 avril, la perpète par contumace, pour «attentat à la sûreté de l’Etat et complicité» dans la mort de son prédécesseur Thomas Sankara, assassiné le 15 octobre 1987. Dans la capitale burkinabè, l’actuel hôte de l’Ivoirien Alassane Ouattara, devrait rencontrer le président du Faso, le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba.

Blaise Compaoré serait donc attendu à Ouagadougou, jeudi selon certaines sources, vendredi à en croire d’autres. L’ancien président du Faso, qui a dirigé le Burkina pendant plus de deux décennies, 27 ans plus précisément, avant de démissionner sous la pression de la rue, alors qu’il s’apprêtait à faire modifier la constitution par l’Assemblée nationale, vit en exil depuis lors en Côte d’Ivoire, avec l’attention bienveillante de son ami Alassane Ouattara. Officiellement, l’information n’est pas confirmée, encore moins est déterminé le format de ce séjour, qui est annoncé bref. Ce qui est certain, l’initiative ne peut s’incruster que dans le processus de réconciliation et cohésion nationales dans lequel les autorités de la transition politique burkinabè se sont résolument engagées, pour accroître les chances du Pays des Hommes intègres de renouer avec la paix.

Une paix appelée de tous leurs vœux par des populations burkinabè endeuillées au quotidien par les attaques lâches et barbares des forces du mal qui ont pris pour cible le Burkina, justement depuis le départ précipité de…Blaise Compaoré. En plus des morts que les Forces de défense et de sécurité et les populations civiles pleurent tous les jours, le Burkina fait face à une crise humanitaire, avec 1,81 millions de personnes déplacées internes et le spectre de la famine qui rôde plus que jamais. Des fléaux qui se sont accentués sous les régimes qui ont succédé à celui presque trentenaire de Blaise Compaoré.

En tout cas, rien n’a été fait au hasard avant ce retour non officiel annoncé de Blaise Compaoré. La rencontre entre le président du Faso, le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba et ses prédécesseurs, le médecin-colonel Jean-Baptiste Ouédraogo et Roch Marc Christian Kaboré, dont la «libération totale» a été annoncée par le gouvernement de transition ce week-end; la réfection de la résidence de Blaise Compaoré à Ziniaré, le patelin présidentiel à l’époque; les initiatives régulières du ministre burkinabè en charge de la réconciliation, Yéro Boly, tant sur le plan national que dans la sous-région; et, fait important et inédit depuis plus de 7 ans que le Burkina est sur la braise, la déclaration des chefs supérieurs coutumiers et traditionnels qui ont appelé au vivre-ensemble; etc.

Ce sont autant de signes qui présageaient ce retour de Blaise Compaoré, un homme à la santé désormais fragile, affaibli par le poids de l’âge et les vicissitudes de la vie en exil. Tout milite visiblement pour cette réconciliation nationale qui a été mangée à toutes les sauces, y compris celle sortie de la marmite de…Blaise Compaoré par le biais de la Journée nationale de pardon le 30 mars 2001. Mais la grande interrogation, pour ne pas dire la véritable inconnue est la suivante: que fera-t-on de la justice qui fait planer sur la tête de Blaise Compaoré, l’épée de sa condamnation à la prison à vie dans l’affaire dite Thomas Sankara et Cie, jugée par le tribunal militaire de Ouagadougou?

Autant tout le monde, est pour la paix et la quiétude que pourrait favoriser le retour au bercail du «bibèga national», autant il importe que tout se fasse dans les règles de l’art pour éviter de mettre la justice à mal en renforçant l’impunité.

Par Wakat Séra

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