Accueil Opinion Combler les inégalités d’opportunités au Sahel

Combler les inégalités d’opportunités au Sahel

616
1
Annette Dixon

Ceci est une tribune de la vice-présidente du développement humain à la Banque mondiale, Annette Dixon, et du vice-président de la Banque mondiale pour la Région Afrique, Hafez Ghanem. Pour eux, il faut « combler les inégalités d’opportunités au Sahel », entre autres, en adoptant une approche multi-sectorielle intégrée.

Bombardés que nous sommes par des actualités peu réjouissantes, et par des prévisions encore plus sombres, il est facile d’oublier qu’à de nombreux égards le monde est aujourd’hui meilleur qu’hier. Depuis 1990, près d’1,1 milliard de personnes sont sorties de la misère. Le taux de pauvreté s’élève actuellement à 10 %, soit le plus faible dans toute l’histoire humaine. Dans presque tous les pays, la population est en meilleure santé et bénéficie d’une meilleure éducation que jamais auparavant. Pour autant, comme le souligne le tout dernier rapport Goalkeepers, l’adversité reste la norme pour de nombreuses personnes à travers le monde, qui demeurent confrontées à d’importants obstacles sur la voie d’une vie saine et productive.

On l’observe notamment chez les habitants les plus pauvres de la région subsaharienne du Sahel. Les États du Sahel figurent parmi les plus en difficulté selon l’indice du capital humain, qui quantifie la contribution de la santé et de l’éducation à la productivité de la prochaine génération de travailleurs. D’après le rapport Goalkeepers, un enfant né au Tchad a 55 fois plus de risque de mourir dans ses cinq premières années de vie qu’un enfant né en Finlande. Au Tchad, près de la moitié de la population vit en dessous du seuil de pauvreté, seuls 50 % des enfants sont scolarisés, et à peine 15 % des élèves de 6e savent lire une histoire. La pauvreté se trouve aggravée par le changement climatique, les conflits et les déplacements, face auxquels les familles éprouvent encore plus de difficultés à investir dans leur capital humain.

Pour faire en sorte que puissent exprimer leur plein potentiel tous les individus – et pas seulement les privilégiés sur le plan géographique, sexuel ou socioéconomique – il est indispensable que les gouvernements investissent davantage dans la formation d’un capital humain. Ceci signifie renforcer les systèmes d’éducation, afin que les populations puissent acquérir les compétences nécessaires à leur épanouissement économique. Cela signifie également garantir l’accès à une alimentation ainsi qu’à des services de santé de qualité.

De la même manière que les adultes malnutris ou en mauvaise santé sont moins productifs, les enfants souffrant de malnutrition ou de maladie ne peuvent pas apprendre efficacement, et encore moins espérer devenir des adultes en bonne santé et productifs. Mais pour exploiter pleinement les investissements nécessaires, seront non seulement indispensables un certain nombre d’efforts généralisés, mais également l’accès à des services individualisés pour les femmes et les jeunes filles, du planning familial jusqu’à l’enfance, l’adolescence puis l’âge adulte.

Ces services peuvent permettre aux jeunes filles de rester plus longtemps scolarisées, afin d’acquérir les connaissances et compétences dont elles auront besoin pour participer efficacement à la vie active. En conférant aux jeunes filles et aux femmes la possibilité de reporter la grossesse et l’éducation des enfants jusqu’à ce qu’elles soient prêtes, ces services développent non seulement l’autonomie des femmes, mais également le progrès économique.

En meilleure santé, plus instruites, les mères fondent une famille qui bénéficiera de ces mêmes atouts, notamment car elles auront tendance à investir une plus grande part de leurs revenus pour leurs enfants. Via cette transmission, les services de santé axés sur les femmes contribuent en fin de compte à élever le niveau de vie, ainsi qu’à rompre le cycle de la pauvreté, tout en favorisant un plus large développement économique.

Pour aider les États à bénéficier de ces atouts, la Banque mondiale a créé en 2017 le projet Capital Humain, qui vise à accélérer les investissements dans la santé et l’éducation, ainsi qu’à les canaliser de manière à ce que tous les individus bénéficient d’opportunités égales d’épanouissement. La Banque coopère également avec plusieurs partenaires pour atteindre une augmentation de 50 % des ressources de capital humain en Afrique d’ici 2023, l’accent étant placé sur les pays fragiles et impactés par les conflits.

Notre expérience de travail dans ces contextes difficiles nous a appris que pour tirer pleinement parti de ces investissements, il était nécessaire que les États adoptent une approche multisectorielle intégrée, qu’ils adaptent les interventions en fonctions des besoins de chaque communauté, et qu’ils fassent participer tous les acteurs, des responsables religieux aux travailleurs de la santé, en passant par les mères et les pères de famille. Le projet Autonomisation des femmes et Dividende démographique au Sahel (SWEDD) – soutenu par le fonds de l’ONU pour les populations, la Fondation Bill & Melinda Gates, et plusieurs autres partenaires de développement – en est le parfait exemple.

Le projet SWEDD travaille en étroite collaboration avec les États du Sahel pour que ceux-ci puissent progresser en matière de santé et d’alimentation, faire avancer l’égalité des sexes, améliorer la qualité des écoles, et mettre en place un filet de sécurité sociale. Pour appuyer cette démarche, le projet SWEDD mène plusieurs initiatives innovantes dans une multitude de pays, du Bénin jusqu’à la Côte d’Ivoire.

Au Burkina Faso, dans plus de 1 600 « clubs des hommes », les époux et futurs époux sont sensibilisés à l’importance du planning familial ainsi que d’un partage plus équitable des tâches au sein du foyer. En Mauritanie, le projet SWEDD travaille auprès des communautés et responsables religieux pour lutter contre la discrimination sexuelle, les violences faites aux femmes, et les mariages d’enfants.

Au Tchad, les programmes de formation professionnelle soutenus par le projet SWEDD apportent aux femmes un certain nombre de qualifications aux débouchés concrets, telles que la conduite de tracteurs ou l’installation de systèmes électriques solaires. Au Mali, le projet SWEDD distribue des bicyclettes permettant aux jeunes filles d’aller à l’école, et vient en aide aux sages-femmes afin qu’elles puissent assurer des services de santé prénatale, natale et postnatale dans les zones pauvres, réduisant ainsi la mortalité maternelle et infantile.

Si le monde entend poursuivre son avancée sur la voie du progrès, et atteindre un jour les Objectifs de développement durable fixés par l’ONU, les pays pauvres tels que les États du Sahel devront renforcer les fondations de leur capital humain. Ce ne sera pas facile, mais l’expérience démontre qu’au moyen d’investissements soutenus, d’une coordination étroite, et d’une approche inclusive, l’objectif peut être atteint.

1 Commentaire

  1. Quelle belle communication d’un membre de l’axe du mal (constitué par la banque mondiale, le FMI et l’OMC) ! Encore un autre conte des employés.es de la banque mondiale ou mieux de la société anonyme de l’Occident et de l’Asie comme le FMI.
    Je suis surpris de l’optimisme de ce texte, qui commence d’abord par une position dominante dans les opiniones publiques nationales avant d’exposer une opinion exagérement positive que « le monde est aujourd’hui meilleur qu’hier ». Meilleur, mais pour qui? Le 2% d’individus, à majorité hommes qui contrôle 90% de la richesse dans le monde; des hommes arrogants qui s’enrichessent sur l’exploitation des populations appauvries par des mesures néolibérales, mieux néofacistes sur le plan économique et social.
    Le texte prend comme référence 1990. Pourquoi partir de l’année ou la décennie 1990 comme une référence pour affirmer que plus d’un milliard « de personnes sont sorties de la misère ». L’auteur.e du texte sont des libéraux.es ou bien comme beaucoup de gens ignorent le sens de cette référence. Ce serait une date célébrée par les gens, qui ont comme idéologie et explication de ce qui s’est passé la dernière décennie du 20ème siècle le libéralisme ou la « victoire du libéralisme » et de la démocratie libérale (Francisco Fukuyama, La fin de l’histoire et le dernier homme). Pour appuyer leurs thèse, l’auteur.e distillent des chiffres, aussi artificiels qu’irréels. Réduire le taux de pauvreté à 10 %, c’est se moquer de la souffrance de milliards de personnes, qui la vivent quotidiennement. C’est voir le monde à partir d’une tour de vitre de la banque mondiale et des programmes élaborés pour parler d’un monde irréel. Si la pauvreté est endémique dans les pays du Sud, et ce par la politique économique et fiancière néfaste de l’axe du mal et la corruption tant du monde économique et que politique des pays du Nord et du Sud et par la militarisation de ce qu’on appelle par éphémisme « la mondialisation ». 10% de personnes qui sont dans la misère, c’est peut-être dans les pays du Nord où elle a aussi augmenté ces dernières décennies. Les grèves sociales et les mouvements sociaux des jeunes, des personnes âgées, des professionnels.es de la santé, de l’éducation, des forces de l’ordre soumis à des pressions de plus en fortes se développent dans le monde. Ces grèves et ces mouvements sociaux ne sont-ils pas le réflet de la misère, qui prend d’autres formes, qui s’installe… Une misère qui a conduit à l’électorat a tombé dans le piège du discours manipulateur de l’extrême-droite. C’est une situation qui amène à une réflexion sur les valeurs démocratiques, qui n’existent que depuis quelques décennies. L’auteur.e ignorent la dégradation de la situation socioéconomique dans les pays du Nord où les victoires des luttes syndicales des années 1940 sont en voie de disparition. L’Occident, et surtout l’Europe occidentale, s’accommode au système chinois où les travailleurs.es n’ont pas de droits sociaux et où la surveillance permanente des citoyens.es devient la principale action politique et sociale des gouvernements. De quelle santé peut-on parler quand la gestion des biens publics est entre les mains du marché ou mieux de la main invisible et destructrice des structures sociales et du vivre ensemble.
    Pour illustrer leur réflexion, l’auteur.e font une description de la situation (notez au passage la généralisation alors que les pays du Nord on ne généralise pas) du Sahel, toujours négative et la proposition des réponses à cette situation. Et comme à sleur accoutumée, les employés.es de cette institution de l’axe du mal recourent à un langage incompréhensible pour la majorité, des concepts utilisés depuis des décennies, qui ont perdu tout leur sens. Mais avaient-ils et ont-il un sens pour cette majorité humillée et écrasée par les politiques néofacistes des institutions financières internationales ? Parmi ces concepts, l’auteur.e redonnent du sens au capital humain. Par magie, venant d’une.e employée de cette institution, le capital humain est important pour les pays du Sahel. Les peuples du Sahel ont et pratiquent le capital humain depuis longtemps, ils n’ont pas attendu l’Occident. C’est un concept manipulé par des gens, qui ne répondent pas à leur mauvaise gestion, qui vont leur apprendre son importance dans les relations sociales. Aussi par magie, en coopérant avec de partenaires, on atteindra 50% dans la concrétisation dudit capital humain.
    D’autres concepts aussi vagues et manipulateurs de l’esprit de nos dirigeants.es sont utilisés dans cette réflexion, ce sont ce que l’auteur.e appellent l’autonomisation des femmes et la dividende démographique au Sahel. Voilà deux points sur lesquels l’Occident a joué dans ses relations avec les pays du Sud et en particulier l’Afrique. De quelle autonomisation peut parler de cette institution quand elle a imposé des politiques néfastes sur le plan social aux pays du Sud (Amérique latine dans les années 1970 et l’Afrique dans les années 1980). A l’époque, dans la politique de la banque mondiale, la femme « n’existait » pas, parce que l’économie était contrôlée (elle l’est toujours) par l’homme, qui mettait ses intérêts égoistes devant l’intérêt général. Quant à la dividende démographie, c’est plus un cours d’économie de première année d’économie qu’une politique sérieuse d’une institution, qui a réduit le pouvoir d’achat d’une population en croissance dans les pays du Sud. La démographie est devneu un thème préoccupant pour les dirigeants des pays du Nord. Rappellez-vous, il y a 2 ans, le jeune président français critiquait le taux de natalité des femmes africaines, trop élevé. Un tel taux serait l’antithèse d’un développement des sociétés africaines. Ce monsieur comme ceux qui l’ont précédé, n’a jamais dit un mot sur la démographie galopante de la Chine, de l’Inde et d’autres pays. Faut-il rappeler à ces messieurs, marqués par une mémoire amnésique, que l’Afrique est un grand continent, moyen peuplé que le reste des continents. Ce continent, et surtout au sud du Sahara, a perdu des millions d’actifs.es par la traite négrière et la destruction des infrastructures sociales durant la période coloniale. Mais grâce à tel taux, la France a gagné la dernière coupe du monde. Les fils de mères africaines ont été l’épine dorsale de l’équipe française, qui a remporté la coupe du monde. C’est une dividende qui a rapporté à la France.
    Les peuples du Sahel sont victimes du terrorisme soutenu par l’Occident et en particulier la France. Ce terrorisme a différentes formes comme l’exploitation violente de ses ressources agricoles, minières et pétrolières. La supposée lutte contre le terrorisme, que mènent les occidentaux et en particulier la France, n’est qu’une stratégie qui cache la véritable intention de l’ex puissance coloniale. Et le texte d’Annette Dixon et Hafez Ghanem est une parfaite illustration de cette stratégie de provoquer l’insécurité, de monter les peuples les uns contre les autres et de continuer à expolier les ressources naturelles de cette grande région. Le Sahel n’a pas besoin une telle réflexion, mais la fin de la présence militaire occidentale, qui est à l’origine des affrontements entre les peuples. La principale préoccupation des peuples de cette grande région africaine est la présence néfaste des militaires et agents secrets ou plutôt des assassins.es. L’insécurité, créée par l’Occident, représenté par la France, ne peut pas favoriser l’impact des projets présentés par Annette Dixon et Hafez Ghanem. Les peuples du Sahel ont aussi le droit de vivre en paix comme d’autres peuples. Les bonnes réflexions économiques et sociales d’Annete Dixon et Hafez Ghanem sur les pays du Sahel sans considérer l’instabilité créée par les pays du Nord n’est qu’un conte.

Laisser un commentaire