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Coronavirus: le REN-LAC pour «l’annulation ou la suspension» de l’IUTS sur les primes et indemnités

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Le secrétaire exécutif du REN- LAC, Sagado Nacanabo (milieu) (Photo d'archives)

Le Réseau national de lutte anti-corruption (REN-LAC) plaide, dans une déclaration dont Wakat Séra a eu copie ce mardi 7 avril 2020, pour l’annulation de l’Impôt Unique sur les Traitements et Salaires (IUTS) élargies aux primes et indemnités, vu que le Burkina Faso traverse une crise sanitaire due au Coronavirus qui a fait déjà 18 morts.

Déclaration

Depuis le 09 mars 2020, le Burkina Faso, à l’instar de plusieurs pays d’Afrique et du monde, fait face à la pandémie du Coronavirus (Covid-19). Cette maladie, qui se caractérise par une forte contagiosité, a déjà touché au moins un million de personnes dans le monde et tué plus de 70 000. A la date du 06 avril et moins d’un mois après l’apparition des premiers cas, le Burkina Faso dépassait la barre des 360 cas confirmés avec malheureusement 18 décès, selon les statistiques officielles.

En ces moments douloureux et de grande épreuve pour le peuple burkinabè, le REN-LAC présente ses sincères condoléances aux familles éplorées et souhaite prompt rétablissement à toutes les personnes contaminées. Au personnel de santé, qui malgré les conditions de vie et de travail difficiles, est en première ligne pour faire face à la pandémie, le Réseau exprime ses vifs encouragements. Par ailleurs, le REN-LAC invite les populations au strict respect des mesures de prévention (gestes barrières et distanciation sociale) adoptées par les autorités pour rompre la chaîne de propagation de la maladie.

La Covid-19 est apparue au Burkina Faso dans un contexte de crise sécuritaire marquée par les actions des groupes terroristes et bandes armées criminelles qui endeuillent au quotidien de nombreuses familles dans plusieurs localités du pays. A cela s’ajoute l’exacerbation de la crise sociale consécutive à l’extension sur les primes et indemnités des fonctionnaires de l’Impôt unique sur les Traitements et Salaires (IUTS). Afin de contrer efficacement cette pandémie, de nombreuses voix ont invité le gouvernement à désamorcer le conflit social en cours, comme cela a été le cas ailleurs, en procédant à l’annulation ou à la suspension de la réforme sur l’IUTS.

Pour sa part, le REN-LAC a saisi le Chef de l’État à travers une lettre à lui adressée le 25 mars 2020. Dans cette correspondance, le Réseau notait que la crise multidimensionnelle exige de la bonne gouvernance et de la transparence dans la gestion de la chose publique au sommet de l’État. Pourtant, on assiste régulièrement à des scandales de malversations ou de détournements de biens publics. Il attirait également l’attention du Chef de l’État sur le fait que la réforme en cours aura inéluctablement un impact négatif sur l’état de notre gouvernance, d’autant qu’elle risque d’être contreproductive en termes de mobilisation des ressources.

Par conséquent, le Secrétaire exécutif exhortait le Président Roch Marc Christian Kaboré à faire l’économie d’une crise qui n’arrange pas le pays, en ces termes : « Excellence Monsieur le Président, après l’analyse de la situation nationale et particulièrement de la gouvernance, je voudrais vous exhorter à annuler l’extension de l’IUTS sur les primes et indemnités des fonctionnaires, à mettre fin aux mesures répressives contre les leaders syndicaux et à reprendre le dialogue avec les syndicats en vue de susciter un élan collectif pour faire face aux défis du moment ».

Malheureusement, le REN-LAC a pu constater, que le Chef de l’État, à travers son adresse du 02 avril à la nation, n’a pas entendu toutes ces voix.

Le Réseau réitère son appel au Président du Faso à travailler pour un apaisement du climat social, en annulant l’application de l’IUTS sur les primes et indemnités des fonctionnaires et en mettant fin aux sanctions prises contre les militants syndicaux.

Ce qu’il faut éviter en pareille circonstance, c’est la gouvernance par l’émotion et les sentiments qui peuvent se caractériser par la complaisance à l’égard des proches du pouvoir et l’arbitraire à l’endroit de ceux qui sont connotés comme des opposants et des trublions.

Autrement, les mesures économiques et sociales adoptées, sans concertation préalable avec les forces sociales, peuvent être compromises dans leur mise en œuvre et ne profiter qu’à une catégorie d’individus. Elles peuvent donc rester sans véritable impacte sur ceux qui sont dans le besoin réel. Il en est de même pour le plan révisé de préparation et de riposte à l’épidémie de la Covid-19.

N’est-ce pas ce qui explique que les lignes budgétaires consacrées aux frais d’hébergement et de restauration des cas symptomatiques non graves dans des hôtels ont été exagérément évaluées à 121 milliards de franc CFA, soit près de 70% du budget total du plan de riposte ? Pourtant, de meilleures options étaient envisageables.

En outre, le Réseau note que la pandémie de la Covid-19 est l’occasion pour certains « généreux donateurs » de distribuer par ci par là, devant les objectifs de caméras et d’appareils photos, des dons à des acteurs spécifiques, en vue de les aider à faire face aux effets négatifs des mesures de restriction. Toutefois, ces actions, si elles peuvent être utiles, mettent en exergue, au fond, une carence de gouvernance. En effet, il appartient au gouvernement de mettre en place un dispositif institutionnel opérationnel et transparent, en dehors de tout calcul partisan et électoral, pour permettre aux populations vulnérables de bénéficier de l’assistance appropriée. Qui plus est, ce que nous révèle cette crise, c’est l’extrême importance du service public, particulièrement des secteurs sociaux comme la santé, que trois décennies de mauvaise gouvernance à mettre à l’actif des dirigeants actuels ont démantelé.

L’après Covid-19 indique clairement une nouvelle marche à suivre aux dirigeants qui sauront en tirer leçon pour un engagement ferme en matière de bonne gouvernance, en investissant sérieusement dans le service public, notamment les secteurs sociaux.

En tout état de cause, le REN-LAC veillera toujours à la bonne moralité et à la transparence dans la gestion de la chose publique au Burkina Faso. C’est pourquoi, dans le cadre de la lutte actuelle contre le Covid-19, il invite le gouvernement à prendre les dispositions nécessaires pour une gestion transparente des ressources mobilisées et à rendre accessibles les informations sur tous les dons collectés et leur utilisation pour un suivi-citoyen. Enfin, le Réseau lance un appel aux institutions de contrôle de l’État à jouer leur rôle pour la bonne utilisation des fonds collectés.

Ensemble, œuvrons par des actions citoyennes pour des mesures de lutte efficaces et transparentes contre la Covid-19 ! »

Fait à Ouagadougou, le 07 avril 2020

Le Secrétariat exécutif

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