Accueil Monde Election présidentielle au Togo: Faure grand favori, opposition en rang dispersé

Election présidentielle au Togo: Faure grand favori, opposition en rang dispersé

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Il faut d'abord chercher son bureau de vote (Ph. wakatsera.com)

Une élection sans incident majeur à même de remettre en cause les résultats. C’est le constat général qui se dégage de la présidentielle togolaise de ce 22 février 2020 qui s’est déroulée dans un calme qui a dû surprendre nombre de bookmakers qui, habitués aux échauffourées des scrutins précédents, prédisaient une journée chaude dans l’ancienne Suisse de l’Afrique de l’ouest. En attendant le taux officiel de participation, ce sont 3,6 millions d’électeurs potentiels qui étaient appelés à glisser leurs bulletins de vote dans les urnes des 9 300 bureaux de vote implantés pour la plupart dans les écoles primaires, collèges et lycées, sur toute l’étendue du territoire national.

Consultation des listes électorales (Ph. wakatséra.com)

«Ce vote ne va pas ajouter 5 francs sur les 3 500 FCFA que je gagne par nettoyage dans mon lieu de travail», déclare sans ciller, Kossi qui n’est pas allé accomplir son devoir citoyen, ce jour d’élection. De plus, ajoute celui qui a préféré assurer son pain quotidien que de répondre à l’appel des urnes, «l’homme ne peut pas changer ce que la nature a mis en place, car celle-ci rejette toujours ce qu’elle ne peut digérer». Et la conclusion de Kossi est toute simple: «Suivons donc le régime en place et cherchons à perfectionner ce qui ne répond pas aux aspirations des Togolais». En français facile, le jeune togolais n’est pas pour un changement pour juste changer. Contrairement à Kossi, Carlos, lui a bien voté, tout comme Anthony Kokou, informaticien de son état qui lui est convaincu qu’il faut aller à l’alternance. «On ne peut pas manger la même chose tous les jours. Il faut changer, en consommant aujourd’hui du akoumè (pâte de maïs), le lendemain du atiéké (spécialité ivoirienne à base de manioc) et le surlendemain du riz ou de la salade, et ça passe». C’est ainsi que Anthony caricature, entre deux rires gras, le changement.

Les dépouillements ont été suivis par un public de militants très attentifs (Ph. wakatséra.com)

Tout s’est bien passé

Elisabeth Adjovi Kougbénou (Ph. wakatséra.com)

Le vote s’est déroulé dans le calme. Ils en tous convaincus, de Elisabeth Adjovi Kougbénou, la jeune présidente du bureau de vote N°3 de l’école primaire public du camp Général Gnassingbé Eyadéma, au non moins jeune président du bureau de vote N°6 du Lycée Kodjovi Akopé. Tous leurs bureaux, à l’instar des autres sur le territoire national, dotés du matériel idoine, ont ouvert à 7h pour fermer à 16h en vue de faire place au dépouillement. En dehors de quelques personnes à qui il fallait indiquer les bureaux où ils doivent voter parce qu’ils se perdaient dans les listes électorales pourtant dûment affichées et de personnes âgées qu’il fallait aider dans le processus du vote, tous confirment qu’ils n’ont rencontré aucun problème d’envergure. Mieux, ils avaient sous la main, deux documents essentiels pour l’occasion: la Constitution et le petit livret du code électorale.

Joseph Alagbo (Ph. wakatséra.com)

«Nous avons déployé nos équipes à travers tout le pays et attendons qu’elles nous fassent remonter toutes les informations de bon fonctionnement ou d’anomalies», a affirmé l’ancien chef de l’Etat malgache et président de la mission des observateurs de l’Union africaine pour l’élection présidentielle, Hery M. Rajaomarimampianina  qui a fait le tour des bureaux de vote, jusqu’au dépouillement, tout comme des observateurs de la CEDEAO, du WANEP, de la CEN/SAD, de la Francophonie, du Conseil de l’Entente, etc.

Hery M. Rajaomarimampianina, chef de la mission d’observation de l’UA (Ph. wakatséra.com)

Quid de l’affluence? Elle a varié d’un bureau de vote à l’autre, d’une ville à une autre et d’un village à un autre.

La feinte de Faure Gnassingbé

Mais où va-t-il voter? C’était la question sans réponse du jour en ce qui concernait le favori de cette élection présidentielle. Jusqu’à 10h au moins ce samedi 22 février, c’est un mystère lourd à couper au couteau qui régnait autour de l’heure et l’endroit du vote de Faure Gnassingbé, le président togolais en course pour sa propre succession. Même dans son entourage proche, personne ne semblait avoir la bonne information, jusqu’à 11h ce samedi 22 février avant que le candidat qui a en face de lui six challengers d’une opposition en rang dispersé, ne prenne la route de Pya, son fief, pour accomplir son devoir citoyen. Les journalistes qui s’étaient déployés au Camp RIT où Faure Gnassingbé avait pris l’habitude de glisser son bulletin dans l’urne du bureau de vote N°1, se sont alors rendus à l’évidence de ne pouvoir immortaliser, cette année, le «vote présidentiel» en cet endroit.

Faure Gnassingbé, le favori de la présidentielle

Ce drible à la Cristiano Ronaldo, le mythique footballeur portugais entrait peut-être dans le large éventail des changements que le chef de l’Etat qui défendait, selon ses fidèles, un bon bilan économique et des acquis certains dans les secteurs de la santé, de l’agriculture, de l’emploi pour les jeunes, d’infrastructures routières, etc.  Du reste, au cours de la «nuit électorale» organisée par la télévision nationale togolaise, l’un des lieutenants de Faure Gnassingbé, le ministre Gilbert Bawara, mettant en exergue les avancées réalisées par le Togo, sous le règne du candidat de l’UNIR, n’a pas douté un seul instant de la victoire dès le premier tour de «son» président. Et si ce n’est pas le cas? «L’impossible est impossible», réplique en toute sérénité, Gilbert Bawara. C’est dire combien, sauf tsunami, la victoire de Faure Gnassingbé, qui est en face d’une opposition dont les membres sont loin de parler de la même voix, mais qui dit être prête à faire bloc au second tour, est en position de super favori. Réalisera-t-il le «coup KO» que lui ont promis les siens? Wait and see, comme le disent les anglophones.   

Le show Agbéyomé Kodjo

«Personne ne peut changer le cours de l’histoire de ce pays et le changement qui doit arriver arrivera». Foi de l’ancien cacique du Rassemblement du peuple togolais (RPT) de Gnassingbé père, sur les cendres duquel est né l’Union pour la république (UNIR, pouvoir). «Et si le pouvoir veut la paix, qu’il évite la fraude», assène le candidat du Mouvement patriotique pour la démocratie et le développement (MPDD, opposition). Le changement, Agbéyomé Kodjo, ancien directeur général du Port autonome de Lomé, ancien ministre, ancien Premier ministre et ancien président de l’Assemblée nationale, lui l’appelle de tous ses vœux.

Agbéyomé Kodjo, le candidat du MPDD (Ph. wakatséra.com)

«Prési», surnom auquel répond l’opposant «Prégo», fort du soutien de l’archevêque émérite de Lomé, Monseigneur Philippe Fanoko Kossi Kpodzro, selon les tendances qui se dégagent des dépouillements ouverts au public et suivis de bout en bout par les représentants de tous les candidats, pourrait être accrédité d’une percée appréciable. En fin de matinée de ce samedi 22 février, l’homme de tout blanc vêtu, chapeau feutre, son épouse à ses côtés, commencera son show de sa résidence où il est applaudi par certains militants qu’il croisait sur sa route, à l’Ecole primaire public Tokoin Hounkpati, où il s’est prêté à son devoir de citoyen, au bureau de vote N°2. Alors que les caméras de télévision et d’appareils photos l’attendaient devant l’urne, Agbéyomè Kodjo s’oppose d’abord à la demande faite d’enlever son chapeau avant d’entrer dans l’isoloir avant de s’exécuter. Les aventures, ou mésaventures, c’est selon, du champion du MPDD se poursuivront dans la soirée par le siège de sa résidence et celle de Mgr Kpodzro. Plus de peur que de mal, les forces de l’ordre et de sécurité qui avaient encerclé les domiciles de l’homme politique et du prélat, quitteront les lieux dans la nuit. Le ministre de la Sécurité et de la protection civile, le Général Damehame Yark, a affirmé que c’était une mesure de sécurité pour protéger les deux hommes contre qui des individus nourrissaient de mauvais desseins.

Jean-Pierre Fabre confiant

Le «boss» est là! Président! C’est par ses cris qu’un électeur qui nous livrait ses impressions après avoir voté a attiré notre attention sur l’entrée, vers 9h30, de Jean-Pierre Fabre, alors que l’opposant historique franchissait le portail du Lycée Kodjovi Akopé, séparé de sa résidence par une ruelle. Nous avons été surpris par cette arrivée presque incognito, qui détonne tant avec celles des élections précédentes qui étaient de vraies mises en scène triomphales, spontanément organisées par des militants qui entouraient leur «préféré» devant qui des femmes jettent leurs pagnes en guise de tapis rouge. Cette fois-ci, la théâtralisation qui accompagnait le patron de l’Alliance nationale pour le changement (ANC) ne sera pas au rendez-vous, au grand dam des nostalgiques de cette manifestation de véritable enthousiasme autour de Jean-Pierre Fabre.

Jean-Pierre Fabre, l’opposant historique (Ph. wakatséra.com)

Que s’est-il passé? Le boycott des législatives du 20 décembre 2018, qui l’a éloigné, lui et son parti de l’assemblée nationale, le privant du coup du titre de chef de file de l’opposition, est sans doute passé par là. Sans oublier le désenchantement des nombreux militants de l’ANC qui ont longtemps rêvé, sans jamais y parvenir, de l’alternance avec leur candidat. En tout cas, Jean-Pierre Fabre, a regretté la faible affluence dans son bureau de vote, car «une mobilisation massive peut venir à bout des velléités de fraude», a affirmé le candidat du parti «orangée». Pourtant, deux jours avant le jour de l’élection, Jean-Pierre Fabre s’était livré à une véritable démonstration de force en fin de campagne électorale, dans les rues de Lomé, en passant entre autres, sur le boulevard «2 lions». Egratignant au passage le vote de la diaspora, Jean-Pierre Fabre relèvera l’incongruité de l’écart entre le million cinq cent mille ressortissants togolais de la diaspora et les 348 votants potentiels recensés. Quant à la stratégie que l’opposition pourrait mettre en place lors d’un éventuel second tour permis par la constitution depuis les réformes qu’a apporté le régime de Faure Gnassingbé à la Loi fondamentale qui ne permettait qu’un scrutin fermé à un tour, Jean-Pierre Fabre tout en disant pouvoir compter sur le reste de l’opposition reconnaît pourtant qu’«il ne faut pas mettre la charrue avant les bœufs».

Par Morin YAMONGBE, Envoyé spécial à Lomé

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