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Engagement à réduire les inégalités: le Burkina classé 9e dans l’espace CEDEAO et 29e en Afrique (Rapport)

L’Organisation non-gouvernemental OXFAM a rendu publique son rapport 2021 sur l’Indice d’Engagement à Réduire les Inégalités (IERI). Dans son document il a été souligné que les gouvernements des pays de l’Afrique de l’Ouest sont moins engagés dans la lutte contre les inégalités. Selon le classement IERI, le Burkina Faso occupe la 9e place dans l’espace Cedeao, 29e en Afrique et 134e au niveau mondial.

L’indice ERI mesure les politiques et actions gouvernementales dans trois domaines qui permettent de réduire de manière significative les inégalités. Il s’agit des services publics dans les domaines de l’éducation, de la santé et de la protection sociale; de la fiscalité, en examinant à quel point les structures sont progressives, en théorie et dans la pratique et les droits des travailleurs et travailleuses, avec un accent particulier sur les droits des femmes.

Selon le classement ERI en termes de services publics, le Burkina Faso se classe 4e sur 16 pays de la Cedeao, 20e sur 47 pays en Afrique et 121e sur 158 pays dans le monde.

«Treize pays se situent dans le tiers inférieur de l’indice. Le Nigeria, avant-dernier pays de l’indice mondial, illustre l’impact d’un manque d’action gouvernementale pour lutter contre les inégalités. Son gouvernement continue de percevoir des niveaux d’impôt extrêmement bas, à très peu investir dans les services publics (ce qui donne lieu à une faible couverture pour la population) et se trouve au bas du classement en termes de droits du travail», lit-on dans le rapport.

Le Liberia, la Guinée-Bissau, le Niger et la Sierra Leone figurent également dans le quart inférieur du classement de l’Afrique. Selon le document de OXFAM, «l’engagement de leurs gouvernements à réduire les inégalités montre des performances médiocres dans tous les piliers, tirant vers le bas leurs scores ERI». «Néanmoins, certains pays figurant dans le bas du classement commencent à renverser cette tendance : par exemple, le président de la Sierra Leone, Julius Maada Bio, a fait de la lutte contre les inégalités et de la fiscalité les grandes causes de sa campagne de 2018 et a pris des mesures prometteuses, avec une augmentation des dépenses dans les services publics, en prenant des mesures pour augmenter le salaire minimum et lutter contre les incitations fiscales inutiles», poursuit-il.

Assalama Dawalak Sidi, directrice régionale pour l’Afrique de l’Ouest de Oxfam

Selon Assalama Dawalak Sidi, directrice régionale pour l’Afrique de l’Ouest de Oxfam, a fait savoir au cours d’une conférence de presse, tenue ce jeudi 14 octobre 2021 en ligne, le manque d’engagement des gouvernements, surtout dans ce contexte de Covid-19 risque d’aggraver la crise d’inégalité dans les pays et ces inégalités pourraient occasionner des conflits.

En ce qui concerne l’Afrique de l’Ouest, elle a «une mauvaise performance» en ce qui concerne son engagement à réduire les inégalités, bien avant l’apparition du Covid-19, a soutenu le directeur de Development Finance International, Matthew Martin pour qui la maladie du coronavirus est venue «aggraver les inégalités».

Au Burkina Faso, le Covid a causé l’arrêt temporaire de travail chez 71% des travailleurs, 64% de travailleurs ont eu moins d’heures de travail et 61% ont gagné moins d’argent qu’à l’ordinaire, a déclaré M. Martin.

Dans le but de réduire les inégalités, il est recommandé aux différents pays, notamment, ceux de l’Afrique, plus d’investissement dans les services publics, l’implication des organisations de la société civile dans les questions fiscales et investir dans les droits des travailleurs et travailleuses, avec un accent particulier sur les droits des femmes.

Le directeur des douanes de la Commission de la Cedeao, Salifou Tiemtoré, présent à la conférence de presse, a remercié OFAM pour son rapport et son activisme visant à attirer l’attention des gouvernements sur les inégalités dans les pays. Il est revenu sur les actions menées par son institution à l’avènement du Covid-19. Pour lui beaucoup de choses ont été faites en vue de soulager les populations des effets de la pandémie et de relancer l’économie dans l’espace.  

Extrait du rapport de OXFAM sur les inégalités

Résumé

La pandémie de COVID-19 a mis au jour et aggravé l’ampleur des inégalités en Afrique de l’Ouest. Elle a précipité des millions de personnes dans la pauvreté. Cette situation risque de ne pas trouver de résolution, en raison des inégalités choquantes d’accès aux vaccins, ce qui signifie que moins de 4 % des Ouest-africaines ont été complètement vaccinées contre la COVID-19 en septembre 2021, contre 52 % de la population des États-Unis et 57 % des personnes dans l’Union européenne.

En 2021, alors que les cas de COVID-19 augmentent en Afrique de l’Ouest, les programmes de soutien sanitaire et socio-économique essentiels mis en place par la plupart des gouvernements en 2020 sont interrompus et remplacés par des mesures d’austérité. De nombreux gouvernements suivent les conseils du FMI et de la Banque mondiale, faisant ainsi écho aux fortes coupes budgétaires imposées dans le cadre des politiques d’ajustement structurel des années 1980 et 1990.

Cette pandémie, cependant, offre aux gouvernements ouest-africains une opportunité unique d’investir massivement dans des politiques de lutte contre les inégalités en augmentant les dépenses publiques (en particulier dans les domaines de la santé, de l’éducation et de la protection sociale), en rendant les systèmes fiscaux plus progressifs et en luttant contre le chômage et le travail précaire.

Résumé exécutif

En 2019, Oxfam a affirmé que les gouvernements d’Afrique de l’Ouest étaient les moins engagés à réduire les inégalités sur le continent, malgré des niveaux critiques d’inégalités. En 2021, en utilisant le cadre de l’Indice de l’engagement à la réduction des inégalités conçu par Oxfam et Development Finance International (DFI), nous avons constaté que le/la citoyenne ouest-africain moyenne vit toujours sous l’un des gouvernements les moins engagés dans la lutte contre les inégalités en Afrique.

L’indice prend en compte les dépenses publiques, l’imposition progressive, la protection des travailleurs et travailleuses, les politiques de soutien à l’agriculture et aux droits fonciers, les approches du surendettement et le rôle des institutions financières internationales comme le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale.

Figure i : les scores de l’Indice de l’engagement à la réduction des inégalités pour les régions de l’Afrique

(GRAPHIQUE)

Quelles sont les régions les plus engagées à réduire les inégalités ?

Afrique australe : 0,84

Afrique du Nord : 0,49

Afrique de l’Est : 0,35

Afrique centrale : 0,32

Afrique de l’Ouest : 0,22

Les scores de chaque région indiqué sur la carte reflètent le score moyen de l’indice de l’engagement à la réduction des inégalités des gouvernements de chaque région, pondéré en fonction de la population. Un score de 1 représente l’engagement maximum possible pour réduire les inégalités ; un score de 0 représente l’engagement le plus faible possible. En pondérant les moyennes de la région en fonction de la population, le score régional exprime l’engagement perçu par les citoyennes moyennes de chaque région de la part de leur gouvernement. Pour l’Afrique de l’Ouest, cela implique que le score du Nigeria a plus de poids que celui du Cap-Vert en raison de la grande différence de population entre les deux pays. Notez que le faible score moyen de l’Afrique de l’Ouest n’est pas uniquement dû au faible score du Nigeria. Même si le Nigeria était omis de la moyenne de l’Afrique de l’Ouest, la région obtiendrait toujours de moins bons résultats que l’Afrique australe, l’Afrique du Nord et l’Afrique de l’Est et n’obtiendrait que des scores légèrement supérieurs à celui de l’Afrique centrale. Nous avons suivi le schéma géographique des Nations Unies pour la division des régions d’Afrique.

Alors que l’indifférence des gouvernements ouest-africains envers les inégalités serait une tragédie en temps normal, elle l’est encore plus pendant la pandémie de COVID-19, qui aggrave les inégalités. À première vue, l’Afrique de l’Ouest s’en est relativement bien sortie pendant la pandémie jusqu’à présent. Alors que les infections ont été moins nombreuses que dans d’autres régions du monde, il devient de plus en plus clair que la pandémie risque de donner lieu à la crise économique la plus grave dans la région depuis des décennies, plongeant des millions de personnes dans la pauvreté. Cette situation risque de ne pas trouver de résolution, en raison des inégalités choquantes d’accès aux vaccins, ce qui signifie que moins de 4 % des Ouest-africaines ont été complètement vaccinées pour l’instant.

L’impact économique immédiat de la pandémie a été stupéfiant, l’Afrique de l’Ouest perdant 48,7 milliards de dollars de PIB, et la perte d’heures de travail correspond à sept (7) millions d’emplois rien qu’en 2020. L’impact a été généralisé, avec des enquêtes de huit pays montrant que plus de 60 % des citoyennes ont déclaré avoir perdu des revenus ou du travail en raison de la COVID-19. La nature des sous-secteurs économiques dominés par les femmes, caractérisée par de nombreux contacts, signifie que les confinements ont aggravé les inégalités entre les genres.

Compte tenu de l’espace budgétaire limité, la portée des programmes de soutien adoptés par la plupart des gouvernements de la région en 2020 est réduite en 2021. Ils sont remplacés par des mesures d’austérité au moment exact où les infections de COVID-19 augmentent dans la plupart des pays. En 2021, 11 gouvernements ouest-africains vont réduire leurs budgets d’un montant combiné de 4,4 milliards de dollars. Ces réductions seraient suffisantes pour acheter et faire vacciner plus de 78 % des Ouest-africaines. L’évaluation effectuée par Oxfam des prêts octroyés par le FMI en réponse à la COVID-19 dans 85 pays entre le 1er mars 2020 et le 15 mars 2021 montre que le FMI a encouragé 73 pays (dont 14 pays ouest-africains) à adopter des politiques d’austérité lors de la reprise. En effet, les données pour 2022-2026 de 14 gouvernements montrent des plans pour réduire les dépenses publiques de 26,8 milliards de dollars par rapport à 2021. Cela suffirait pour que les gouvernements fournissent une vaccination complète aux citoyennes ouest-africaines et offrent une année d’enseignement primaire de qualité à 71 millions d’enfants.

Pour certains des pays les plus touchés, l’ampleur de l’austérité est menaçante. Par exemple, les coupes budgétaires prévues par le gouvernement de la Sierra Leone en 2022-2026 sont équivalents à deux fois et demie son budget annuel actuel pour le secteur de la santé, tandis que les coupes prévues par le Ghana, le Cap-Vert, la Gambie, la Guinée-Bissau et le Liberia excèdent toutes une année complète de dépenses publiques en matière d’éducation. La réduction des budgets publics à cette échelle augmentera presque certainement les inégalités et fera disparaître toute chance d’atteindre les objectifs de développement durable d’ici 2030.

Les femmes et les filles ont tendance à être plus durement touchées par l’austérité. Selon ONU Femmes, la pandémie de COVID-19 souligne la dépendance de la société à l’égard des femmes à la fois en première ligne de la lutte contre la pandémie et au domicile, tout en exposant simultanément des inégalités structurelles qui les pénalisent dans tous les domaines, tels que la santé, l’économie, la sécurité et la protection sociale. En temps de crise, lorsque les ressources et les capacités institutionnelles sont limitées, les femmes et les filles sont confrontées à des impacts disproportionnés.

Le danger de l’austérité est aggravé par un autre effet de la pandémie : l’augmentation rapide de la dette. Même les gouvernements capables d’augmenter leurs budgets ou de garantir leur relative stabilité pourraient faire face à des coupes budgétaires dans le domaine social, du fait de la part croissante que représente le service de la dette dans le budget total. Même avant la pandémie, le service de la dette a atteint des niveaux astronomiques dans de nombreux pays d’Afrique de l’Ouest, les gouvernements dépensant en moyenne près de cinq fois plus pour le service de la dette intérieure et extérieure que pour la santé. En 2020-2021, le service de la dette représentait en moyenne 61,7 % des recettes publiques en Afrique de l’Ouest. Les initiatives de suspension de la dette adoptées par les pays du G20 cette année-là se sont avérées complètement inadéquates.

La combinaison des réductions budgétaires, d’une dette croissante et d’une lente reprise en raison des inégalités mondiales en termes d’accès aux vaccins risque d’aggraver encore la crise des inégalités en Afrique de l’Ouest.

Cependant, il pourrait en être autrement. L’augmentation des recettes fiscales offre des possibilités énormes de financement des programmes gouvernementaux visant à réduire les inégalités. Si les recettes fiscales des gouvernements d’Afrique de l’Ouest augmentaient de seulement 1 % du PIB pendant cinq ans (de 2022 à 2026), ils collecteraient 56,89 milliards de dollars supplémentaires. Cela leur permettrait d’annuler les coupes budgétaires de 26,8 milliards de dollars prévues et d’investir 30,9 milliards de dollars supplémentaires, ce qui est suffisant pour offrir une année d’enseignement primaire de qualité à plus de 101 millions d’enfants.

Les gouvernements peuvent générer ces recettes de manières progressives, qui aident à lutter contre les inégalités. Malheureusement, tout au long de la pandémie, l’Afrique de l’Ouest a suivi les tendances mondiales : la fortune des personnes les plus riches a considérablement augmenté. Par exemple, les trois hommes les plus riches de la région ont vu leur richesse augmenter de 6,4 milliards de dollars au cours des 17 premiers mois de la pandémie, une somme qui excède celle qui serait nécessaire pour pouvoir vacciner toutes les Ouest-africaines. Taxer les grandes fortunes et les grandes entreprises permettrait aux gouvernements de sortir de la crise et des enquêtes menées dans dix pays montrent que plus de 70 % des citoyennes pensent qu’il est juste de taxer les plus riches afin de financer des programmes bénéficiant aux personnes vivant dans la pauvreté.

Les organismes régionaux tels que la CEDEAO et la communauté internationale au sens large peuvent également aider l’Afrique de l’Ouest à éviter l’austérité et ses effets dévastateurs, pour privilégier une reprise inclusive et généralisée. Le FMI et la Banque mondiale en particulier doivent cesser de promouvoir l’austérité et le recours accru à l’impôt indirect régressif dans la région, pour encourager davantage les impôts progressifs et aider à lutter contre les flux financiers illicites. Des mesures urgentes doivent être prises pour un allégement ambitieux de la dette et pour mettre fin aux inégalités d’accès aux vaccins inacceptables qui prolongent la crise en Afrique de l’Ouest et retardent la reprise économique de la région.

L’Afrique de l’Ouest est à la croisée des chemins. Les gouvernements ont tracé une voie qui conduira à l’austérité, aux inégalités et à la pauvreté. Il n’est pas encore trop tard pour changer de direction. En augmentant rapidement l’imposition de ceux et celles qui ont le plus de moyens et en acceptant de toute urgence un allègement de la dette, l’Afrique de l’Ouest peut vaincre à la fois l’austérité et la pandémie. Les gouvernements, les institutions régionales et la communauté internationale doivent s’engager fermement envers la réduction des inégalités.

  1. Inégalités et pandémie de COVID-19 en Afrique de l’Ouest
Oxfam et Development Finance International (DFI) ont produit ce rapport pour encourager les gouvernements ouest-africains à intensifier leurs efforts pour réduire les inégalités, qui étaient un problème sérieux avant la COVID-19 et qui ne font qu’empirer.

Encadré 1 : Structure du rapport

Le chapitre 1 évalue la façon dont la pandémie de COVID-19 exacerbe les inégalités en Afrique de l’Ouest et la façon dont les gouvernements de la région ont réagi à la pandémie. Il étudie également l’impact de la pandémie sur les niveaux d’endettement et la mesure dans laquelle le FMI et la Banque mondiale prennent en compte les inégalités.

Le chapitre 2 présente l’Indice de l’engagement à la réduction des inégalités de 2020, qui analyse et classe 158 pays en fonction de leur engagement envers la réduction des inégalités, théoriquement et dans la pratique.

Le chapitre 3 examine l’Indice de l’engagement à la réduction des inégalités pour l’Afrique de l’Ouest en tant que région.

Les chapitres 4 à 6 analysent respectivement les pays cibles par rapport aux trois piliers de l’indice :

• Les services publics ;

• La fiscalité ; et

• Les politiques du travail.

Le chapitre 7 conclut le rapport avec des recommandations à l’attention des gouvernements et des institutions régionales d’Afrique de l’Ouest sur la reprise après la pandémie, y compris en promouvant des fortes politiques de lutte contre les inégalités pour réduire radicalement l’écart entre les riches et les pauvres et pour que la communauté internationale aide dans cet effort.

Remarque : les termes « Afrique de l’Ouest » et « CEDEAO+ » seront utilisés de manière interchangeable pour désigner 16 pays : le Bénin, le Burkina Faso, le Cap-Vert, la Côte d’Ivoire, la Gambie, le Ghana, la Guinée, la Guinée-Bissau, le Liberia, le Mali, la Mauritanie, le Niger, le Nigeria, le Sénégal, la Sierra Leone et le Togo.

1.1 Inégalités en Afrique de l’Ouest avant l’apparition de la COVID-19

L’Afrique de l’Ouest a connu une croissance économique impressionnante au cours des deux dernières décennies ; dans de nombreux pays, cela s’est accompagné d’une réduction significative de la pauvreté. Cependant, la plupart des pays ont également connu une croissance rapide de l’écart entre les personnes les plus riches et les personnes les plus pauvres, et les avantages de la croissance économique ont profité à une minorité. Notre précédent rapport sur l’Indice de l’engagement à la réduction des inégalités, publié en 2019, a montré qu’en Afrique de l’Ouest, les 1 % les plus riches possédaient plus que le reste des habitantes de la région16. Une telle inégalité réduit la croissance économique et aggrave la santé, entre autres, pour les populations.

La situation ne s’est pas améliorée, selon les dernières données disponibles.

Les figures 1 et 2 montrent respectivement les deux manières les plus courantes de mesurer les inégalités, à savoir le coefficient de Gini, un nombre compris entre 1 (inégalité totale) et 0 (égalité totale) basé sur la distribution de revenus19, et le ratio de Palma, qui compare les revenus des 10 % les plus aisées et des 40 % les plus pauvres20.

Les pays ont des résultats similaires avec les deux méthodes, la Guinée-Bissau et le Bénin étant les plus inégaux et le Mali et la Mauritanie les pays où l’on retrouve le moins d’inégalités.

La figure 1 montre que, dans tous les pays, le coefficient de Gini dépasse 0,27, niveau auquel le FMI estime que les inégalités sont susceptibles de porter atteinte à la croissance21.

Figure 1 : Coefficients de Gini – Afrique de l’Ouest

Mauritanie, Mali, Guinée, Niger, Liberia, Burkina Faso, Sierra Leone, Gambie, Sénégal, Côte d’Ivoire, Cap-Vert, Nigeria, Togo, Ghana, Bénin, Guinée-Bissau.

Les recherches d’Oxfam ont montré que l’homme le plus riche du Nigeria gagne environ 150 000 fois plus de sa seule richesse que la somme que les 10 % des personnes les plus pauvres du pays dépensent en moyenne en un an. Au Ghana, entre 2006 et 2016, on a compté un millier de nouveaux/elles millionnaires en dollars américains ; au cours de la même période, près d’un million de personnes, principalement originaires de la région des savanes, ont basculé dans la pauvreté. Au Mali, au Burkina Faso et au Niger, il a été démontré que l’accès insuffisant et inéquitable aux richesses, aux moyens de subsistance et aux ressources naturelles est à l’origine d’une augmentation des conflits violents.

1.2 Impact de la COVID-19 sur la pauvreté et les inégalités

Le FMI26, l’ONU27 et la Banque mondiale28 ont exprimé leur inquiétude quant à la forte augmentation des inégalités et de la pauvreté que la pandémie pourrait causer29. La Banque mondiale estime que la pandémie pourrait faire basculer 51 millions de personnes en Afrique subsaharienne dans l’extrême pauvreté, portant le total à 491 millions de personnes (42,1 % de la population). Comme la Banque africaine de développement (BAD) l’a indiqué, la plupart des personnes basculant dans l’extrême pauvreté ont des niveaux d’éducation inférieurs et disposent de moins d’actifs, occupent des emplois précaires, informels ou peu qualifiés ou étaient déjà en situations précaires (par exemple, affectées par des invasions de criquets ou la sécheresse). Ces groupes sont plus exposés à la COVID-19 car ils travaillent souvent dans des secteurs impliquant de nombreux contacts humains, tels que la vente au détail, ou dans des activités manufacturières à forte intensité de main-d’oeuvre avec moins de possibilités de se distancier socialement ou de travailler à domicile. Les femmes et les ménages dirigés par des femmes représenteront une grande partie des personnes ayant récemment basculé dans la pauvreté.

La BAD a souligné une série de conséquences secondaires de la pandémie qui pourraient aggraver la pauvreté et les inégalités à long terme. Celles-ci incluent :

  • les fermetures prolongées d’écoles, exacerbant les inégalités d’apprentissage et les taux d’abandon scolaire (en particulier pour les plus pauvres et pour les filles) ;
  • des perturbations dans les services de santé non liés à la pandémie et une capacité réduite à payer pour les soins de santé, compromettant le traitement d’autres maladies et
  • des pertes d’emplois et de revenus disproportionnellement élevées chez les femmes, qui dégraderont le capital humain par une baisse des investissements dans la santé, la nutrition et l’éducation des enfants.

D’autre part, l’essor mondial des marchés boursiers a fait augmenter la richesse des milliardaires de 5 500 milliards de dollars entre le 18 mars et la fin juillet 2021. Le FMI a donc suggéré que l’impact de la COVID-19 pourrait accroître les inégalités dans les pays à faible revenu (un groupe qui comprend tous les pays étudiés dans ce rapport), comme mesuré par le coefficient de Gini moyen, de plus de 6 %. La Banque mondiale a indiqué que l’augmentation de la pauvreté pourrait mettre plus d’une décennie à s’inverser, ce qui réduirait à néant tout espoir de voir les pays atteindre les objectifs de leur plan de développement national pour la réduction de la pauvreté et des inégalités d’ici 2030. Cependant, si les pays agissent contre les inégalités, l’impact de la crise pourrait être inversé en seulement trois ans.

Cliquez ici pour lire l’intégralité du Rapport IERI 2021 de OXFAM

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