Accueil A la une Fespaco 2021: clap de fin pour un festival magique!

Fespaco 2021: clap de fin pour un festival magique!

L'Etalon d'or de Yennenga 2021 brandie par la représentante du réalisateur somalien Khadar Ayderus Ahmed

«La Femme du fossoyeur», du réalisateur somalien Khadar Ayderus Ahmed, 40 ans, crée la surprise, faisant l’unanimité au sein du grand jury présidé par l’immense réalisateur mauritanien, Abderrahmane Sissako. Un film qui vient d’un pays «difficile» confronté, entre autres, à la double crise alimentaire et sécuritaire. Il succède ainsi à «The Mercy of the jungle» du Rwandais Joël Karekezi, le gagnant de l’Etalon d’or de Yennenga du Fespaco 2019. Comme le film lauréat, la 27è édition du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (Fespaco) a été magique.

Après une première infidélité de la biennale qui devait se tenir du 27 février au 6 mars, ce 27è Fespaco qui, du 16 au 23 octobre, a déroulé le tapis rouge aux cinéastes, acteurs, réalisateurs, acheteurs et autres professionnels du 7è art, venus des quatre coins du monde, a été celui de la résilience, contraint de s’adapter au double défi sécuritaire et sanitaire, Covid-19 et attaques armées, que vit le Burkina Faso, à l’instar d’autres pays, notamment ceux du Sahel. Un Covid-19 qui fait de la résistance, et pire, prend des proportions inquiétantes. Mais que ce soit sous sa forme simple ou ses variants les plus mortels, il n’a pas pu conforter les prévisions macabres qui avaient fait de l’Afrique, un vaste champ de cadavres avant l’heure.

Sauf qu’avec le non-respect des gestes barrière qui s’érige de plus en plus en sport national et la réticence prononcée de certains pour le vaccin, sans oublier le nombre très réduit des tests, le continent noir pourrait bien faire face à cette hécatombe à laquelle il a pu échapper jusqu’à maintenant. Et ça, ce n’est pas du cinéma! Et s’il faut ajouter à la pandémie à coronavirus, la menace terroriste qui pend comme une épée de Damoclès sur la tête des Burkinabè, il y avait bien de quoi craindre pour la fête du cinéma africain. Plus que les vainqueurs des différents prix raflés par des jeunes loups à la caméra longue et des femmes qui ont solidement noué le pagne pour prendre le pouvoir, c’est le Fespaco lui-même qui est le premier gagnant de la compétition, en réussissant à se tenir, malgré la météo sanitaire et sécuritaire menaçante.

En tout cas, le festival aura été bien masqué, Covid-19 oblige, et surveillé comme du lait sur le feu par des Forces de défense et de sécurité qui étaient sur les dents durant une semaine. Les salles obscures ont, assez bien, partagé le monde des festivaliers avec la célèbre rue marchande du Fespaco, éclatée en plusieurs endroits, et où ont été dégustés brochettes succulentes et poulets bicyclettes, dans un vacarme de rythmes musicaux, vomis par des enceintes braillant à tue-tête.

Ce soir du 23 octobre, les rideaux sont donc tombés sur cette édition du bon cru, qui a été inédite sur le plan de l’organisation et celui du palmarès. Elle a été bien différente de toutes les précédentes, et il faut espérer que le cinéma africain continue d’être porté par ce souffle nouveau après confinement. L’une des conditions étant, cependant, que les salles obscures qui ont été remplacées, pour la plupart, par des lieux de prière sur le continent, retrouvent ce public si friand de ses films qui ont d’ailleurs évolué en qualité. Plus aucune rubrique n’a de secret pour les jeunes réalisateurs africains qui profitent à merveille du numérique pour produire des œuvres, certes à moindre coût mais tout autant de qualité.

Le cinéma de case oublié, les oeuvres fort prisées du «Nollywood» nigérian ou du «Babiwood» ivoirien, pour ne citer que ces productions, concoctées par des Africains et Africaines devenus de véritables stars du 7è art,  font le bonheur de cinéphiles qui en veulent toujours plus sur leurs réalités portées à l’écran. Même si les cinéphiles ne sont plus obligés «d’aller au cinéma», ayant la latitude de suivre leurs films et séries préférés à la télévision, et sur leurs ordinateurs et smartphones, grâce à la magie de l’internet. En clair, comme d’autres, le cinéma africain sait qu’il n’a plus d’autre choix que de devenir une véritable industrie. Au risque de périr!

Par Wakat Séra

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