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Forum africain pour la résilience: les bienfaits de la migration vus par Gilles Yabi

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L'économiste et analyste politique, Gilles O. Yabi (Ph. wakatsera.com)

«La migration peut être bénéfique tant pour les pays de départ que pour les pays de destination». Dans cet entretien qu’il nous a accordé ce 6 mars, Gilles Olakunlé Yabi est, visiblement, sur la même longueur d’onde que le Bureau de coordination des Etats en transition de la BAD, cheville ouvrière du Forum africain pour l’Afrique (FAR), dont la troisième édition, du 4 au 6 mars 2019, s’est penchée sur le thème de «Fragilité, Migration, Résilience». Présent dans la capitale ivoirienne qui a abrité cette rencontre, l’économiste et analyste politique, président du Think tank Wathi, était membre d’un panel qui a décortiqué les liens entre migration, sécurité, développement et humanitaire.

Wakat Séra: Quel regard portez-vous sur le triptyque «Fragilité, Migration, Résilience» thème de cette troisième édition du Forum africain pour la résilience?

Gilles O. Yabi: C’est un thème pertinent, la notion de fragilité concernant beaucoup de pays africains. Il urge donc de penser à la réponse à apporter à cette fragilité, ce qui fait intervenir la résilience. La migration étant tout autant importante, notamment dans les pays de départ où elle induit beaucoup de conséquences, c’est donc un thème véritablement d’actualité.

Mais on a l’impression que beaucoup parlent de la migration à travers des stéréotypes. Comment l’abordez-vous en tant qu’analyste?

En tant qu’analyste, moi je crois beaucoup aux faits, à une analyse qui se base sur tout un travail de recherche. Et ce sont ces recherches qui prouvent que la migration, loin d’être un phénomène des temps modernes a toujours existé avec la mobilité des hommes. Toutes les populations sont issues du phénomène migratoire et toutes les vraies études menées à partie des faits, montrent que la migration est autant bénéfique pour les pays de départ que ceux de destination. Mais il faut dire que les effets positifs de la migration dépendent aussi des qualifications des migrants. On ne saurait nier, du reste, que dans les pays occidentaux, le discours sur la migration est empreinte d’une hypocrisie certaine. Autant on y dénonce la migration, autant on se sert des migrants comme main-d’œuvre, souvent à moindre coût dans divers secteurs d’activité.

Cette troisième édition du FAR peut-elle servir à changer le regard négatif porté sur la migration?

Oui. Ce forum, à l’instar d’autres instruments comme le Pacte mondial de Marrakech pour des migrations sûres, ordonnées et régulières, par exemple peut contribuer à faire bouger les lignes. Il faut déjà reconnaître que contrairement à une certaine idée reçue, l’écrasante majorité des migrations des Africains se passe en Afrique. Il faut également savoir que l’on ne peut pas mettre fin aux migrations qui font partie intégrante de la marche du monde. Et ce Forum africain pour la résilience doit renforcer les outils de protection des migrants, initiative qui passe également par une volonté politique accrue.

Que faire de façon concrète pour changer ce mauvais regard porté sur les migrations en Afrique par exemple?

Il importe commencer par rendre plus facile la circulation des personnes notamment aux frontières où les migrants subissent les tracasseries policières de toutes sortes. Et ce sera déjà un grand pas de fait.

Que pensez-vous de la fragilité dont certains Etats africains refusent de porter le statut?

La question est moins de savoir si les Etats veulent être considérés comme fragiles ou pas. Ce sont les populations elles-mêmes qui doivent en prendre conscience. Et suite à cela, mobiliser les énergies sur les réponses à apporter à cette fragilité. Comme le Mali, aucun pays du Sahel africain et même d’autres parties du continent n’est à l’abri de ce phénomène. Du reste, la grande inquiétude, c’est ce basculement des attaques dites terroristes aux violences entre populations du même pays. Il urge de contrer très vite ce fléau qui met à mal la cohésion sociale et l’unité nationale. Pour ce faire, il faut une volonté politique forte immédiate et un refus des populations de tomber dans ce travers des violences intercommunautaires qui s’installent çà et là en Afrique. Je réitère qu’il faut une volonté politique énergique contre cette gangrène et mettre l’accent sur la construction d’Etats forts, non seulement sur le plan militaire mais aussi de l’administration locale par exemple      .

Propos recueillis  par Morin YAMONGBE à Abidjan

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