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Gambie: Adama Barrow a-t-il joué avec le feu?

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Le président gambien, Adama Barrow doit assurer le respect des droits humains dans son pays 'Ph. d'archives RFI)

La main de fer n’est jamais loin de la Gambie. Elle vient de s’abattre sur des manifestants qui, sous la houlette du mouvement «Three Years Jotna» ou «Trois ans, il est temps», en français facile. Les manifestants du dimanche 26 janvier ne voulaient, ni plus, ni moins que le départ de l’actuel homme fort de Banjul qui lui ne l’entend pas de cette oreille. Adama Barrow, a simplement fait mettre en déroute ceux qui en veulent à son siège, par la police. Visiblement gagnées par l’ennui depuis l’exil forcé de l’ancien président gambien, le tristement célèbre Yahya Jammeh avait fait de la répression sans ménagement son sport favori, les forces de l’ordre ont alors sorti l’artillerie lourde. Résultats des affrontements entre homme de tenue et manifestants, trois morts que le gouvernement gambien nie avec force et des blessés. Les arrestations opérées durant la manifestation qui porte le sceau de l’illégalité, à en croire le pouvoir, se poursuivent et n’épargnent aucun des contestataires. A l’instar du président, Abdou Njie, qui goûte déjà à la solitude derrière les barreaux de Barrow, plusieurs autres membres et sympathisants de «Three Years Jotna» sont également incarcérés et d’autres sont activement recherchés.  Même les journalistes qui ont donné la parole aux leaders du mouvement ont subi la foudre immédiate du régime. King FM et Home Digital FM, deux stations radios qui pourtant n’ont fait qu’accomplir leur tâche d’informer, comme le leur demande la profession et le droit des citoyens, ont été fermées sans autre forme de procès.

Si le pouvoir affirme que «pas une seule personne n’est morte durant la manifestation», il a tout de même lancé une chasse à l’homme, dont les policiers raffolent et qui leur permet de se dérouiller les doigts qui souffraient d’inactivité. Adama Barrow, responsable de cette répression excessive emprunte-il la même voie que son prédécesseur qui a voulu confisquer le pouvoir alors que la démocratie et la loi de son pays le lui interdisaient? Pourtant, les raisons de la manifestation sont des plus surréalistes. La pomme de discorde entre Adama Barrow et ses amis d’hier, ennemis aujourd’hui, viendrait du non-respect par le président, d’un accord conclu entre lui et les opposants réunis au sein d’une coalition qui l’avait soutenu à retirer le pouvoir des serres de Yahya Jammey, qui battu à l’élection présidentielle de novembre 2016, n’a finalement lâché prise que le 21 janvier 2017. Dans ces conciliabules secrets, Adama Barrow aurait accepté de ses désormais anciens amis, de ne faire qu’un mandat de trois ans. Mais l’appétit venant en mangeant, le président entend aller au bout du quinquennat présidentiel. Voire plus, si affinité! Si cette histoire n’est pas montée de toutes pièces pour chasser Adama Barrow de son fauteuil, voici comment se joue au dé et avec une légèreté déconcertante, l’avenir de tout un pays! La Gambie risque, en tout cas, de basculer dans une zone de turbulences, si les politiciens s’obstinent dans leur jeu malsain guidé par des desseins inavoués sur le dos du peuple qui pensait avoir recouvré la liberté suite au départ en exil forcé de l’ancien président dont les victimes exigent qu’il soit jugé pendant que ses partisans demandent son retour au bercail.

De toute façon, et même si le fameux accord n’a rien de constitutionnel, et nul ne pouvant se prévaloir de ses propres turpitudes, Adama Barrow a intérêt à trouver un modus vivendi avec ses frondeurs afin que le train de la démocratie mis sur les rails depuis son élection poursuive sa route. Si Adama Barrow a joué avec le feu, il va se brûler les doigts tout seul. Le reste du peuple qui n’est nullement lié par ce pacte avec le diable, s’il existe réellement, ne mérite plus d’être pris en otage par un pouvoir de fer. Il est temps de penser développement et respect des droits humains.

Par Wakat Séra

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