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Le Burkina encore dans l’œil des putschistes, après le Mali, le Tchad et la Guinée?

Le président du Faso Roch Marc Christian Kaboré (Photo d'archives)

Dans un Burkina, en butte aux attaques armées, où, selon les dernières nouvelles du front, un binôme de terroristes a été neutralisé tout comme deux engins explosifs improvisés, les militaires ne chôment pas. Dans un communiqué qu’il vient de publier ce mardi, le parquet militaire de Ouagadougou, révèle que huit éléments de l’armée burkinabè ont été interpelés et interrogés, parce que suspectés de projeter la «déstabilisation des institutions de la République». Nos confrères de Jeune Afrique eux, affirment que le lieutenant-colonel Emmanuel Zoungrana, lui, a été mis aux arrêts, le 10 janvier, en même temps que plusieurs autres militaires, soupçonnés de fomenter un putsch.

Dans la foulée, une coupure de la connexion mobile a été, encore, observée à Ouagadougou, ce lundi, et ce jusqu’à tôt ce mardi. Du reste, les réseaux sociaux connaissent encore des perturbations. Ceci explique sans doute cela, surtout que le ministre burkinabè en charge de la Défense a été, on ne peut plus clair: «(…) Sans communication, le terrorisme n’est rien». L’internet pourrait donc avoir été coupé, pour traquer terroristes et présumés auteurs de tentative de putsch. Ça va se savoir!

En attendant, le Burkina, qui vient à peine de sortir d’un procès contre le coup d’Etat manqué de 2015, semble être de nouveau dans l’œil du cyclone, alors qu’au sein de la communauté internationale, Ouagadougou lutte avec la dernière énergie contre la junte au pouvoir au Mali, auteur de deux putschs militaires en 10 mois. Ironie du sort, pendant que Roch Marc Christian Kaboré se bat contre les putschistes du Mali voisin, les mêmes démons de la prise de pouvoir par les armes rôdaient autour du pouvoir que lui a conquis en 2015 et conservé en 2020. Dire qu’il y a quelques jours seulement, le tout nouveau Premier ministre, Lassina Zerbo était devant les députés pour son Déclaration de politique générale. Un acte fort de la vie démocratique!

Pourtant, le Burkina dont le peuple a fait échec à la tentative manquée de coup d’Etat de 2015, était persuadé avoir tourné le dos à cette pratique. «Il n’y aura pas de coup d’Etat dans ce pays, à partir du moment où les Forces de défense et de sécurité sont des forces républicaines», avait même affirmé avec force, lors d’une session du Bureau politique national du Mouvement du peuple pour le progrès (MPP, pouvoir), le président de l’Assemblée nationale, Alassane Bala Sakandé. Ce n’était qu’en novembre 2021!

Fort heureusement, le Burkina semble avoir échappé à ce coup d’Etat qui est demeuré à l’état de préparation, à en croire le Parquet militaire de Ouagadougou. Mais est-ce la dernière tentative? Question à laquelle on ne saurait se hasarder à répondre par un oui ou un non catégoriques. Toutefois, comme au Mali, au Tchad ou en Guinée où ces putschs militaires font, finalement, plus de mal que de bien, dans des pays où la Constitution énonce clairement que le pouvoir se transmet démocratiquement, on doit les condamner, sans autre forme de procès.

Et quand, les militaires prennent le pouvoir et s’installent sur la durée, usant de subterfuges et de manipulation de l’opinion comme le fait le colonel Assimi Goïta qui compte s’octroyer, par Assises nationales de la refondation de l’Etat (ANR) interposées, une transition de 5 ans, ils ne peuvent que s’attirer la foudre de la communauté internationale. La Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO) est donc dans ses droits lorsqu’elle impose des sanctions radicales aux putschistes, décisions qui, malheureusement, mettent les populations innocentes en difficulté.

Ainsi donc, aucun putsch militaire ne doit être toléré, même ceux que certains qualifient abusivement de salutaires. Toutefois, il est plus que jamais important pour les dirigeants dits démocratiquement élus, de respecter les règles du jeu, par l’organisation d’élections ouvertes, l’acceptation de l’opposition et la bonne gouvernance et la justice sociale comme boussole. Et c’est à cela que la CEDEAO doit, en permanence, veiller pour ne pas avoir à se mettre à dos des peuples qui, martyrisés par leurs dirigeants ne peuvent que faire porter des lauriers de sauveurs aux putschistes.

Par Wakat Séra

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