Accueil Editorial Massacre de Peuls au Mali: à quand la fin de la tragédie?

Massacre de Peuls au Mali: à quand la fin de la tragédie?

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Les populations peules sont prises à partie tant au Mali qu'ailleurs (Ph. xalimasn.com)

Ce lundi 25 mars, les cendres des massacres des Peuls étaient encore fumantes quand l’hélicoptère de l’ONU qui a transporté le président malien, Ibrahim Boubacar Keïta a atterri dans le village de Ogossagou, où se terraient encore des rescapés meurtris. Au moins 154 morts. C’est le bilan macabre d’une tuerie de personnes d’ethnie peule, attribuée à un groupe d’auto-défense. Cette barbarie qui a endeuillé, le samedi 22 mars, la zone de Bankass, non loin de la frontière avec le Burkina Faso, a touché le village de Ogossagou, mais aussi celui de Welingara. Le drame serait le fait de chasseurs traditionnels qui n’en sont pas à leur premier coup. Et selon les Nations Unies dont les troupes de la Minusma paient également un lourd tribut au terrorisme au Mali, ces violences ont engendré la mort de 500 personnes dans le centre du Mali en 2018. Loin de constituer un épiphénomène, la situation est plutôt d’une récurrence inquiétante. Sauf que dans les années 2014-2015, dans les affrontements qui les opposaient, les communautés d’éleveurs et d’agriculteurs s’entretuaient à coup de machettes et de gourdins. La circulation importante des armes à feu étant passée par là, les frères ennemis font désormais tonner des kalachnikovs et d’autres armes de guerre. S’il faut reconnaître que terrorisme qui a semé la psychose générale et exacerbé le délit de faciès, est fortement à l’origine de la recrudescence des violences inter-communautaires, il n’en demeure pas moins que la circulation des armes à feu est une cause, et pas des moindres de ces pogroms qui ne disent par leur nom.

Plus que la nature de ses violences meurtrières qui dressent des populations d’un même pays, les unes contre les autres et mettent ainsi en péril le vivre ensemble, en encourageant la stigmatisation, il faut s’alarmer de l’absence totale d’enquête et surtout de l’impunité qui couronnent ces tragédies sociales. Et si des investigations avec poursuites judiciaires sont souvent lancées comme au Burkina Faso ou plus de 200 peuls ont été exterminés dans le village de Yirgou, le 1er janvier 2019, elles n’aboutissent presque jamais. Qui protège donc les meurtriers et dans quel dessein inavoué? C’est en cela qu’il convient de saluer à sa juste mesure, la dernière décision du gouvernement malien de dissoudre le groupe d’auto-défense dite «Association Dan Na Ambassagou» qui se serait écarté de ses objectifs de base et ce malgré des mises en garde successives des autorités administratives locales. Ibrahim Boubacar Keïta et son gouvernement, réunis en conseil des ministres extraordinaire, après les meurtres à ciel ouvert de Ogossagou, ont, entre autres, fait le ménage à la tête de l’armée, d’où deux généraux ont été exclus. Comme on le dit, mieux vaut tard que jamais. Il est à espérer qu’au Mali, ou ailleurs où ont cours des violences intercommunautaires et des exécutions sommaires de personnes accusées d’acte terroriste ou de complicité avec ces assaillants, l’Etat aille plus loin dans ces mesures. Dans un pays de démocratie qui fonctionne seule l’armée, consciente de ses tâches dans un esprit républicain, et en conformité avec le respect des droits de l’homme, que ce soit en temps de paix ou de guerre, a le monopole de la sécurité et de la défense du territoire.

En tout cas, cette tragédie humaine qui fait massacrer des populations de village entier parce que les associant à cause de leurs traits humains naturels à des djihadistes est à combattre avec la dernière énergie. Tout comme les terroristes peuvent se compter dans toutes les religions, de même, ils ne portent pas une nationalité ou une ethnie figées. Les terroristes sont de partout. Ils sont surtout issus des zones délaissées par l’Etat en matière de sécurité et surtout laissées sur le carreau dans la lutte pour le développement. Il urge donc de trouver des solutions radicales contre ce mal qui attaque selon le visage et détruit la société, à l’instar d’un cancer qui se métastase. Il faut arrêter le massacre!

Par Wakat Séra

 

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