Accueil A la une Mort de al-Zawahiri: quel effet pour les Africains?

Mort de al-Zawahiri: quel effet pour les Africains?

Ayman al-Zawahiri a été neutralisé par les Américains

Symbolique et pas plus! C’est certainement le sens que les Africains donnent à la disparition de Ayman al-Zawahiri, tué par les Américains ce week-end à Kaboul. Certes aux Etats-Unis, cette annonce est plus que rassurante pour les concitoyens de Joe Biden, les forces du mal ayant réitéré ces derniers temps une fatwa contre le pays de l’Oncle Sam. Cette frappe victorieuse des GI’s en pleine capitale Afghane, désormais aux mains des Talibans, est même réconfortante pour les Démocrates dont le champion au pouvoir, subit une baisse importante de sa côte de popularité, à moins de quatre mois des élections de mi-mandat prévues pour ce 8 novembre. Or, les enjeux de ces «midterms» sont de taille, vu qu’en plus de scrutins locaux, elles serviront au renouvellement de la Chambre des représentants et de plus d’un tiers du Sénat. La fierté du successeur du sulfureux Donald Trump est donc plus que légitime, tout comme le fut celle de Barack Obama annonçant la mort de Oussama Ben Laden, neutralisé par les mêmes Américains, le 2 mai 2011 à Bilal, dans la périphérie d’Abbottabad au Pakistan.

Si les dividendes récoltés par les locataires de la Maison blanche dans ces genres d’opérations sont énormes car servant à rehausser leur côte de popularité de chefs de guerre capables de défendre leur tribu, l’Afrique elle peut, tout au plus se réjouir de voir un de ses bourreaux éliminé. Mais en même temps, elle est consciente que la tête de l’hydre décapitée repoussera presqu’aussitôt, et que ce sont des événements qui rendent comme davantage farouches les combattants endeuillés.

Du reste, les groupes terroristes se sont multipliés à l’infini et certains d’entre eux échappent même au contrôle du commandement au sommet. Est des bébés de Ayman al-Zawahiri, chef des jihadistes dont les faits de guerre ne se conjugueront désormais qu’au passé, al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), qui, après un coma passager, connaîtra une nouvelle vie au sein du Groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans (Jnim). A l’image d’un cancer intraitable, et la comparaison est faible, le Jnim s’est métastasé à travers des cellules aussi redoutables que la souche du mal.

Et désormais, Aqmi, Ansar Dine, Ansarul Islam, la Katiba Serma, la Katiba Macina, écument le Sahel, dont ils ont franchi les limites pour porter la mort dans d’autres contrées de l’Afrique de l’ouest. En effet, si le Mali, le Niger et le Burkina Faso comptent, presqu’au quotidien, leurs morts et personnes déplacées internes, la Côte-d’Ivoire, et surtout le Bénin et le Togo sont plus que jamais dans le viseur des forces du mal qui y sèment larmes et désolation. Sortant du lot du trio sahélien cible des terroristes, parce que mettant régulièrement en déroute ses ennemis lâches et funestes, le Niger est le seul pays normal, contrairement à ces voisins du Mali et du Burkina Faso qui, en plus de subir la loi des jihadistes et autres hommes armés non identifiés, sont aux mains de juntes militaires entrées par effraction dans l’arène politique, par les putschs des colonels. Que peuvent donc récolter comme bénéfices de cette neutralisation de al-Zawahiri, les Africains qui sont confrontés à des terroristes qui trouvent même le temps de se battre parfois entre eux, mais demeurent aussi dangereux pour les armées nationales et populations civiles du Sahel et du Golfe de Guinée? Peu!

La situation est d’autant plus inquiétante dans cet espace sahélien et ouest-africain où la junte malienne, rusant avec son peuple pour demeurer aux affaires ad vitam aeternam, fait le nettoyage parfait autour d’elle. Le colonel putschiste Assimi Goïta, a procédé ainsi au retrait du Mali, de la force conjointe du G5 Sahel qu’il formait avec le Niger, la Mauritanie, le Tchad et le Burkina, dans la lutte contre le terrorisme. La junte militaire a rendu non grata, les forces française Barkhane et européenne Takuba, alors que de par son fait, la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unis pour la stabilisation au Mali (Minusma) est en plein doute sur son présent et son avenir sur les rives du Djoliba. Dans la foulée, Bamako a chassé l’ambassadeur de France et coupé les signaux de France 24 et de RFI, à Bamako, comme pour mener ses basses œuvres à huis-clos. Et faisant fi de toutes les belles valeurs africaines du voisinage, les putschistes maliens ne cessent de rendre la vie dure à des pays comme la Côte d’Ivoire et le Niger. Résultat des courses, le terrorisme connaît plus que jamais un regain d’activisme au Mali, ce qui n’est pas sans constituer un danger permanent pour la sous-région.

Donc comme la mort de Ben Laden à laquelle survit le terrorisme, celle de Ayman al-Zawahiri, loin d’être anecdotique ne sonne pas, en tout cas pas pour les Africains, la mort de l’hydre terroriste.

Par Wakat Séra

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