Accueil A la une Présidentielle au Kenya: Raila Odinga calme le jeu, mais jusqu’à quand?

Présidentielle au Kenya: Raila Odinga calme le jeu, mais jusqu’à quand?

A quand la pognée de main du vaincu pour féliciter le vainqueur d'une présidentielle kényane?

Le feu couve-t-il sous la cendre? L’inquiétude est réelle au Kenya qui vient de sortir d’élections générales dont la présidentielle a, tout naturellement, constitué l’attraction. Alors qu’une campagne et un jour de vote relativement calmes laissaient présager une proclamation des résultats paisible, les Kényans ont choisi de renouer avec la contestation qui est devenue la marque déposée des élections dans ce pays depuis 2002. Des violences sanglantes et meurtrières ont même émaillé nombre de ces manifestations de protestation postélectorale. Les souvenirs des violences qui sont nées de la proclamation des résultats des élections de 2007-2008, sont encore vivaces dans les esprits. Et comme si l’histoire s’apprête à se répéter c’est encore le camp du candidat vaincu, Raila Odinga, 77 ans et cinquième, et probablement dernière participation, qui exprime vivement son mécontentement.

Le challenger de William Ruto, 55 ans qui, lui, s’alignait pour la première fois dans les starting-blocks de la présidentielle, ne digère toujours pas les résultats de l’élection du 10 août, proclamés ce lundi par la commission électorale. En effet, les chiffres donnent vainqueur le vice-président kényan avec 50,49% qui coiffe au poteau, Raila Odinga, opposant historique et fils du premier Premier ministre du Kenya, qui s’en sort avec 48,85%, selon la structure organisatrice des élections. Il n’en fallait pas plus pour soulever l’ire de la déception dans le camp des vaincus qui sont confortés dans leur démarche par un argument solide, et pas n’importe lequel, la démission de quatre des sept membres de la commission électorale qui ont signifié ce mardi, soit pour la deuxième fois, leur désaccord avec le décompte des voix. Pourtant, la société civile trouve ces chiffres cohérents avec ses propres calculs à elle.

Qualifiant les résultats de «nuls et invalides» Raila Odinga, estime «qu’il n’y a pas pour l’instant de vainqueur». Tout en déversant à flot sa bile sur le président de la commission électorale dont, selon lui, l’annonce a été faite au «mépris» de la constitution et des lois kényanes et aurait pu plonger le pays dans le «chaos» si ses «partisans n’avaient pas fait preuve de retenue», Raila Odinga lancent tout de même un appel au calme. En tout cas, officiellement, Raila Odinga, entend se tourner vers la justice de son pays. «Nous poursuivrons toutes les options légales et constitutionnelles à notre disposition» a affirmé l’éternel malheureux candidat qui fera visiblement confiance à la justice de son pays. S’il demeure, bien entendu, dans la logique de son discours de paix. Sauf que les politiciens ont ce don de souffler le chaud et le froid, d’être pyromane et pompier.

Le Kenya va-t-il vers l’annulation de la présidentielle, comme en 2017? Raila Odinga saura-t-il garder sa ligne sage de tenir éloignés ses militants de la rue, afin de permettre au Kenya de conjurer le mauvais sort des violences postélectorales et de ne plus faire rimer élections avec la guerre?  L’espoir peut être permis, surtout que le légendaire vote ethnique semble ne plus faire recette, avec cette percée fulgurante de William Ruto, ni Kikuyu, ni Luo. C’est le clivage social qui aura triomphé du clivage tribal, si la victoire du bleu de la présidentielle est confirmée. Mais, pour l’instant, c’est tout un peuple qui retient son souffle.

Par Wakat Séra

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