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Procès de Omar el-Béchir: pure diversion ou premiers pas du général dans l’enfer judiciaire?

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L'ex homme fort soudanais, Omar el-Béchir dans une cage grillagée (Ph. rfi.fr)

Véritable procès ou simple parodie pour divertir le peuple qui attend plus qu’un simple jugement sur des questions d’argent, de détention de devises étrangères, de don de prince ou de roi et de corruption? La comparution devant la justice, de Omar el-Béchir, descendu manu militari de son fauteuil, le 11 avril dernier suite à une forte pression de la rue semble servir des desseins inavoués des militaires et des hommes du système qui porte la marque de l’ancien président. Possession de devises étrangères, corruption et trafic d’influence sont certes des chefs d’inculpation, mais des accusations trop légères pour celui qui a tenu le Soudan d’une main de fer pendant une trentaine d’années de gouvernance sans partage. La junte militaire qui gérait le pays en solo voudrait rendre service à son ancien «chef» qu’il n’agirait pas autrement en précipitant un procès qui était loin de constituer une priorité pour le Soudan en quête de liberté et de paix. La ruse est trop grossière, mais sans vouloir faire offense aux institutions de ce pays, ont-elles encore toute leur souveraineté pour agir? Rien n’est moins sûr car, elles ont été mises en place par le «diaboliquement célèbre homme à la canne» qui, du reste, a été salué comme au temps de sa gloire par ses nombreux militants qui ont pris d’assaut le tribunal.

Pourquoi donc juger prématurément Omar el-Béchir alors que l’accord signé rien que le samedi 17 août pour le partage du pouvoir avec les civils en attendant des élections que tous espèrent ouvertes et transparentes, n’est même pas vieux d’une semaine? Pourtant, il constitue le véritable premier pas du long voyage qui s’annonce pour le Soudan vers la démocratie, la vraie. Le processus est donc loin d’être consolidé, surtout que la signature de l’accord n’est point synonyme de son respect sur le long terme, gage d’une nouvelle ère pour les Soudanais et les Soudanaises qui aspirent à autre chose qu’au pouvoir kaki. Sans être oiseau de mauvais augure, ce procès ne fera que rouvrir la plaie des frustrations multiples subies par des citoyens soudanais qui voudraient bien que leur présumé bourreau soit enfin mis devant ses responsabilités du temps où il avait droit de vie et de mort sur ses «sujets». Est-ce pour organiser ce semblant de justice pour mettre l’ex homme fort de Khartoum à l’abri des tourmentes de la vraie justice que les généraux soudanais ont refusé de livrer le colis à la Cour pénale internationale? En tout cas, sans s’ériger en avocat défenseur de la CPI qui est énormément décriée pour sa hargne contre les dirigeants africains, il faut dire qu’elle aurait bien savouré cet autre gros poisson tombé dans sa nasse.

En attendant l’évolution et peut-être les rebondissements de ce qu’il convient désormais d’appeler l’affaire el-Béchir, il faut se résigner à l’évidence que le système de 30 ans, lâchera difficilement son homme ? A moins qu’à l’instar du monstre qui finit souvent par massacrer son géniteur au cinéma, les militaires aillent jusqu’au bout de l’action judiciaire. Ce qui semble impossible, à moins de vouloir se faire hara-kiri.

Par Wakat Séra

1 Commentaire

  1. On peut considérer comme una pure diversion le procès contre l’ex dictateur le Général Osman El-Béchir. Il faut un temps pour qu’il y ait la justice indépendante au Soudan. Sa chute a été aussi une diversión. En effet, un militaire le remplace et impose sa volonté à des milliers de citoyens.es, qui ont manifesté contre les mesures qu’a adoptées son gouvernement et la violence de ses services secrets. Mais au moins il faut reconnaître une action positive aux autorités militaires, qui contrôlent la vie politique soudanaise après El-Béchir : le rejet de le transferer à ce qu’il faut bien appeler la Cour Politique Internationale. Faute de l’Union Africaine de créer un tribunal africain pour juger un dirigeant accusé de crimes contre l’humanité comme cela s’est passé avec le procès de Hussein Habré au Sénégal, la justice nationale doit retrouver ses compétences.

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