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Procès du putsch de 2015: Me Sandwidi regrette que le coup de force «n’ait pas abouti»

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photo d'illustration

Me Alexandre Sandwidi, l’un des avocats de la défense dans le procès du putsch manqué du 16 septembre 2015, dit regretter que le coup d’Etat perpétré par l’ex-Régiment de la sécurité présidentielle (RSP) «n’ait pas abouti», au regard des éléments dont il dispose, et des différentes déclarations des accusés à la barre du tribunal militaire. Interrogeant le principal suspect dans cette affaire, le général de brigade Gilbert Diendéré, à la barre pour son neuvième jour d’audition, Me Sandwidi, Conseil des ex-militaires considérés comme des éléments «incontrôlés» de l’ex-RSP, unité d’élite désormais dissoute au pays des «Hommes intègres», a signifié au chef des putschistes qu’il ne devait pas se raviser, avec tout ce que le corps a subi à cause de l’ex-Premier ministre, le général Yacouba Isaac Zida qui réside actuellement au Canada.

Pour Me Alexandre Sandwidi, avocat du sergent-chef Roger Koussoubé, surnommé «le Touareg», si le coup «réussissait», le Burkina allait profiter de cette occasion pour corriger les «imperfections» que draine la Transition, installée fin octobre 2014, à la suite de la démission forcée de Blaise Compaoré qui a régné pendant 27 années sur le pays.

A la lumière des différentes dépositions à la barre et des déclarations contenus par les différents procès-verbaux des accusés, l’avocat s’est dit convaincu que c’est effectivement l’ex-Premier ministre, Isaac Zida, lieutenant-colonel au moment des faits, qui, avec des «agendas cachés», a poussé l’ex-unité d’élite à la faute pour pouvoir la dissoudre, fin octobre de la même année de 2015. L’avocat est, du reste, d’accord avec le général Diendéré, présumé cerveau du putsch manqué, lorsque celui-ci a laissé entendre que les présumés putschistes ont agi par «légitime défense».

Pourquoi n’avez-vous pas continué le putsch comme l’avaient demandé des éléments de l’ex-RSP, a demandé l’avocat à l’accusé qui a affiche, depuis le début de son interrogatoire, un air de sérénité. «Surtout que vous détenez des informations de par vos canaux de renseignements qui ont été même confirmés par le président Roch Marc Christian Kaboré, président du Mouvement du peuple pour le progrès (MPP) au moment des faits», a enchaîné l’homme à la toge qui semble visiblement remonté contre la « roublardise » de l’ex-chef de l’exécutif, Yacouba Isaac Zida, accusé d’avoir divisé le RSP en deux clans.

«Je n’étais pas venu pour la recherche du pouvoir. Je voulais éviter à notre pays, le chaos mais j’étais incompris et je me suis rendu compte que les populations n’étaient pas au même niveau d’information que moi», sur la situation socio-politique et militaire au moment du coup d’Etat, a répondu le général.

Des avocats de la défense remontés

La séance d’audition du procès du coup d’Etat manqué de 2015 de ce jour a été animé par les interrogations des avocats de la défense à l’endroit du général Diendéré. L’ensemble des questions des avocats tendait à dire que l’ex-homme homme de confiance de Blaise Compaoré, a été mis devant le fait accompli comme l’a déjà clamé l’accusé au lendemain du coup.

C’est pourquoi pour Me Mamadou Sombié, un des doyens des avocats burkinabè, «si le général maintient la légitime défense» pour se défendre dans ce dossier, il sera purement et simplement acquitté, conformément au Code pénal burkinabè qui stipule qu’«il n’y a ni crime ni délit ni contravention lorsque l’auteur a agi sous l’emprise d’une force ou d’une contrainte à laquelle, il n’a pu résister». Et c’est dans ce sens que l’avocat qui défend, entre autres, le médecin-colonel Mamadou Bamba, celui-là même qui a lu la proclamation du (CND, organe mis en place pendant le putsch) à la télévision nationale, a posé ces questions à Diendéré. L’homme en robe noire a donc lui aussi, mis en évidence comment cette disposition légale peut permettre l’acquittement du général et de ses co-accusés du Conseil national de démocratie (CND) qui ont «agi en légitime défense puisque Isaac a même tenté d’éliminer des militaires du RSP dont des officiers».

Me Sombié qui semblait plus remonté que Me Sandwidi a également fustigé le comportement d’organisations de la société civile et de leurs responsables «bavards» qui ont aidé l’ex-Premier ministre qui voulait mettre en œuvre son plan. Cet avocat a aussi accusé le président Michel Kafando, ex-chef de l’Etat sous la Transition, d’avoir laissé la situation pourrir jusqu’au coup de force. Selon les avocats de la défense, ce serait la goutte d’eau qui a fait déborder le vase puisque c’est une énième crise qui aurait dégénéré. Le point de vue de Me Sombié sera soutenu par sa consœur, Me Mireille Barry, qui a surtout condamné le laxisme de la hiérarchie militaire qui devait s’assumer en prenant une position tranchée au tout début de l’arrestation des autorités de la Transition dont le président Michel Kafando et Yacouba Isaac Zida. Elle a, à cet effet, lu un message qu’elle a attribué au général Brice Bayala qui aurait «encouragé» le général Diendéré.

«Ce que le général a dit à la barre est d’une probabilité incroyable, parce que ce n’est pas la première fois que des mouvements d’humeur ont cours au sein d’un corps de l’armée», a affirmé Me Pascal Ouédraogo qui a dit être d’accord avec Gilbert Diendéré quand il soutient que ce qui est arrivé le 16 septembre et jours suivants n’est qu’une crise qui a débordé. Il a appelé le parquet à «éviter de poser un postulat» pour rechercher la vérité dans cette affaire.

Me Ahouba Zaliyatou dira que «la narration du général (Diendéré)» l’a «convaincue» de sa non culpabilité.

Les avocats ont condamné la manipulation du dossier qui a fait que certaines pièces ont disparu. Me Jean Yahovi Dégli a signifié au tribunal militaire que le parquet a instruit ce dossier à charge seulement.

En rappel, ce procès qualifié d’historique au Burkina Faso, a débuté le 27 février dernier.

Par Bernard BOUGOUM

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