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Procès putsch manqué: la version de Cheriff Sy, l’ex-clandestin

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Moumina Chériff Sy, (Ph. d'illustration)

A la suite de l’annonce de l’arrestation du président de la transition Michel Kafando et du Premier ministre Isaac Zida et d’autres ministres, l’ex-président du Conseil national de la transition (CNT), Cheriff Moumina Sy est entré dans la clandestinité et a assumé la fonction de chef de l’Etat par intérim, conformément à la Charte de la transition. Ce mercredi 13 mars 2019, l’actuel ministre en charge de la Défense a été convoqué devant la Chambre de jugement du tribunal militaire pour relater son vécu lors des événements du 16 septembre 2015 et jours suivants.

Ce fut une audition houleuse qui a été servie à l’assistance ce mercredi, dans la salle des Banquets Ouaga 2000, transformée depuis fin février 2018 en tribunal. En effet, après les questions et observations du parquet militaire et des avocats de la partie civile, les échanges n’ont pas été tendres entre le témoin et des avocats de la défense, notamment Me Dieudonné Bonkoungou, Me Jean Yaovi Degli et Me Mathieu Somé. L’actuel ministre burkinabè en charge de la Défense, Cheriff Sy, a été harcelé de questions venant de ces conseils qui revenaient le plus souvent sur les mêmes choses.

«Monsieur le président, acceptez qu’il y a quand même un problème», a fait constater Cheriff Sy, à qui le président du tribunal avait au préalable signifié qu’en tant que témoin, il est tenu de répondre à toutes les questions qui lui seront posées. M. Sy a ainsi réagi pour dire qu’il a répondu plusieurs fois aux questions que la défense lui posait. Une suspension d’audience est alors intervenue pour permettre à chaque partie de revenir dans les cadres du procès.

Début de clandestinité pour Cheriff Sy

Moumina Cheriff Sy, président du CNT au moment des faits, aurait appris l’arrestation du président, du Premier ministre et d’autres ministres, le 16 septembre 2015 vers 14h. Cherchant à en savoir plus, il serait entré en contact, notamment, avec le chef d’état-major général des armées (CEMGA), Pingrenoma Zagré ainsi qu’avec Monseigneur Paul Ouédraogo.

«Le CEMGA m’a dit qu’il avait l’information et qu’il avait contacté Monseigneur et le président Jean Baptiste Ouédraogo pour régler la situation», a déclaré le ministre de la Défense et des anciens combattants. Le témoin a précisé qu’il a répondu au CEMGA en disant «qu’il n’y avait rien à régler car c’était un coup d’État».

M. Sy convaincu qu’il s’agissait d’un putsch, a préparé un communiqué qu’il voulait lire devant la presse, chose qui n’a pas eu lieu car du CNT, il a été informé des mouvements des véhicules en direction de leur position. Ainsi a débuté sa vie de clandestin durant les événements du 16 septembre 2015 et jours suivants.

Dans sa clandestinité, il a lancé un appel à la résistance au putsch et, selon lui, il a été entendu car en plus des manifestations, il y a eu la création de la radio dite de la «Résistance», la 108.0 et le mouvement des soldats de l’intérieur vers Ouagadougou. Il aurait été contacté par un jeune officier qui lui aurait signifié qu’ils ont entendu l’appel et qu’ils s’organisaient pour monter sur Ouagadougou.

La radio 108.0 dite de la «Résistance»

Concernant la radio 108.0, le témoin a révélé qu’elle a été mise en place par des activistes qui ont piraté l’émetteur de la radio Savane FM. Cette radio a servi à faire passer les messages du témoin ainsi que ceux des acteurs de la société civile. Il y a eu deux versions de la radio 108.0, selon l’ex-président du CNT. La première version détectée à la radio Savane FM et détruite par des éléments de l’ex-Régiment de sécurité présidentielle (RSP). Suite à cette destruction, d’autres activistes auraient pris le relais en mettant en place la deuxième version qui a été animée jusqu’au désarmement des soldats de l’ex-garde présidentielle.

«Je n’ai été l’artisan de quoi que ce soit» dans la création de la radio 108.0, a répondu le témoin, à une question d’un des avocats de la défense. «La résistance a été l’œuvre de tout le monde. Ce serait une fausseté historique de penser qu’elle est mon œuvre à moi seul. Chacun a développé des stratégies pour faire face à cette forfaiture», a-t-il précisé.

Intervenant sur le sujet, Me Dieudonné Bonkoungou, conseil du général Djibrill Bassolé, a laissé entendre que la création de la radio 108.0 serait l’œuvre du témoin et de Younoussa Sanfo et cherchait confirmation. M. Sy a alors posé la question: «Qui est Younoussa Sanfo», avant d’indiquer qu’il a déjà répondu à la question concernant celui qui a créé cette radio et ne souhaite plus répondre.

Ecoutes téléphoniques entre Soro et Bassolé

Pour ce qui est des écoutes téléphoniques mettant en cause l’ex-président de l’Assemblée nationale ivoirienne Guillaume Soro et l’ex-ministre burkinabè des Affaires étrangères Djibrill Bassolé, le témoin a confié qu’il a eu un bref entretien avec M. Soro en octobre 2015 à Paris, lors d’une conférence des présidents de parlements francophones, qui a confirmé qu’il a tenu les propos qui sont dans l’audio.

A la conférence M. Soro et M. Sy seraient assis presque côte à côte. «Des députés sont venus me dire de garder mon calme», s’est souvenu le témoin qui a déclaré qu’à la fin de la rencontre, l’ex-président de l’Assemblée nationale ivoirienne est venu vers lui affirmant qu’il cherchait à le voir. «On est allé dans un couloir et il a dit qu’il m’avait envoyé son chargé de communication mais que je refusais de discuter. J’ai dit: «Discuter de quoi?» Et il a parlé du contenu de l’audio». M. Sy a signifié «qu’au moment où il (Soro) tenait ses propos, il ne me connaissait pas et qu’il souhaitait qu’on en parle. Je lui ai dit que s’il voulait en parler, alors, qu’il vienne au Burkina», a relaté le ministre en charge de la Défense, Moumina Cheriff Sy.

Il est à noter que dans la conversation attribuée à M. Soro et à M. Bassolé, l’ex-président de l’Assemblée nationale ivoirienne aurait souhaité qu’on le laisse «Salif Diallo et un certain Sy» pour qu’il règle leur cas.

A la suite de ces propos Me Bonkoungou a invité le tribunal à constater qu’il y a des variations dans la déposition du témoin. Selon l’avocat, ces audios ont commencé à circuler à partir du 12 novembre 2015, sur le net, alors que M. Sy affirme avoir échangé avec M. Soro en octobre 2015, sur ce sujet, se demandant comment le témoin a eu les écoutes téléphoniques. «Cette version qu’il vient de narrer est inexacte», a conclu Me Dieudonné Bonkoungou.

L’audience débutée à 9h a été suspendue vers 17h. Elle reprendra le vendredi 15 mars 2019, avec l’audition d’un nouveau témoin.

Par Daouda ZONGO

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