Accueil Editorial Sainte Ghislaine et Saint Claude, veillez sur nous pauvres journalistes!

Sainte Ghislaine et Saint Claude, veillez sur nous pauvres journalistes!

A quand la lumière sur la disparition de Ghislaine Dupont et Claude Verlon? (Ph. rfi.fr)

Hasard ou clin d’œil du destin, le triste anniversaire du double assassinat de Ghislaine Dupont et Claude Verlon coïncide cette année avec la fête des morts qui elle-même suit la célébration de la Toussaint. Oui, Sainte Ghislaine et Saint Claude, au même titre que tous les autres saints de la religion catholique ont été commémorés et appelés à veiller sur les vivants. Y-a-t-il meilleure opportunité pour rappeler que depuis quatre ans, les âmes de Ghislaine Dupont et de Claude Verlon errent toujours dans le désert sahélien, faute de justice pour eux? Tombés dans le sable chaud du Sahel, micro au poing, les deux journalistes émérites ont fait le frais de leur amour pour une profession tout aussi passionnante que dangereuse. Preuve en est que l’enquête sur leur disparition est presqu’au point mort, mettant en épingle la mauvaise foi des autorités françaises et maliennes dans la recherche de la vérité dans cette affaire qui semble déranger, pour des raisons iniquement dites d’Etat. Oui, au nom de quels intérêts égoïstes dresse-t-on des obstacles sur la piste pouvant mener aux auteurs et commanditaires de la disparition de Ghislaine et de Claude qui, n’ont commis d’autre péché que de vouloir informer, donner l’information vraie et juste sur les manœuvres malsaines qui polluent la lutte contre le terrorisme devenue un fonds de commerce pour certains Etats, dirigeants et bien d’autres acteurs? Et cela dure bien quatre ans, au grand dam des parents des victimes et de la grande famille de la presse qui continue de pleurer ces deux combattants de la vérité.

Le nord du Mali ne sera pas un cimetière pour l’action, la détermination et l’amour de Ghislaine et Claude pour ce noble métier de journaliste qui continue d’être exercé dans une précarité des plus criardes, surtout en Afrique où ceux qui nous gouvernent ont une vive allergie pour la liberté de presse et d’expression. La mort non élucidée et donc impunie du journaliste Norbert Zongo au Burkina Faso, l’incarcération arbitraire du correspondant de Rfi Ahmed Abba au Cameroun, les dernières séances de bastonnades sauvages et d’un autre âge subies par des journalistes dans un poste de gendarmerie en Guinée, ne sont que les récentes illustrations de la répression quasi-quotidienne menée contre les hommes et femmes de médias dans un continent où malgré des efforts bien ténus, la liberté de presse et d’expression est encore un luxe. En plus de cette traque sans merci contre leurs investigations et réflexion très urticants pour les dirigeants, les médias sont confrontés à l’éternel cancer du manque de moyen qui plombe leur fonctionnement et poussent nombre d’entre eux à mettre la clé, pour ne pas dire la plume, sous le paillasson. Pris entre le marteau de la censure des politiques et l’enclume de la crise économique structurelle, certains journalistes, à leur corps défendant, n’hésite plus à vendre leur âme à des chapelles politiciennes ou des empires financiers. Tant pis pour l’éthique et la déontologie!

Ainsi va la vie dans un univers médiatique, qui malgré tout produit de bons journalistes qui ont certes besoin de formation pour davantage de professionnalisme, mais font la fierté de l’Afrique et peuvent se targuer d’informer pour le mieux des populations longtemps maintenues dans l’obscurantisme par des dirigeants adeptes du pouvoir absolu. Pour les médias opprimés du monde entier et plus particulièrement ceux de l’Afrique, ce 2 novembre, journée internationale de la lutte contre l’impunité des crimes commis contre les journalistes, plus qu’une simple commémoration marque une interpellation à l’endroit de tous ces prédateurs de la liberté de la presse et d’expression. Journalistes suppliciés de tous les pays, honneur à vous, le combat est celui de tous les jours. Et que d’une plume cassée en naissent mille autres encore plus aiguisées.

Par Wakat Séra

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