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Togo: encore combien de morts?

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Comment éviter le chaos au Togo? (Ph. afrik.com)

Faites vos jeux, plus rien ne va! Encore combien de morts pour que pouvoir et opposition politiques comprennent que le Togo est en train de devenir un cimetière à ciel ouvert pour ses propres enfants? En tout cas, les démons de la violence et de la haine aveugles ont refait surface, et mis en transe ce pays où la politique, surtout par le biais des élections se transforme en véritable poudrière dont les déflagrations endeuillent en masse. Au nom d’un retour à la constitution de 1992 et de la manifestation de ras-le-bol d’une partie du peuple contre le règne cinquantenaire et sans partage de la famille Gnassingbé sur le pays, le Togo s’est finalement embrasé après un cycle de marches et meetings qui perdurent depuis quelques mois. L’escalade de la violence, dont la comptabilité macabre ne fait qu’enfler, n’est visiblement pas prête de s’arrêter, car en face, les partisans du pouvoir de Faure Gnassingbé apportent soutien indéfectible aux réformes initiées par celui-ci pour limiter désormais à deux le mandat présidentiel, instaurer une élection présidentielle à deux tours et encourager le vote de la diaspora togolaise. Le dialogue de sourds qui s’est établi entre les deux parties, sur fonds d’une crise de confiance justifiée par les nombreux rendez-vous manqués du pouvoir, ne fait que monter le mercure sociopolitique, fièvre qui a déjà occasionné plusieurs morts, de nombreux blessés, et des interpellations musclées dont l’armée togolaise a le secret.

Les perspectives ne poussent pas à l’optimisme sur l’issue de cette énième crise car les positions sont de plusieurs en plus tranchées, et les facilitateurs peu nombreux à pouvoir ramener tout le monde à la table de négociations. Même l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) a vu son envoyée, la controversée Aïchatou Mindaoudou, récusée par l’opposition. La Communauté des Etats de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO), l’Union africaine et bien d’autres personnalités qui pourraient s’essayer au rôle de médiateurs dans cette crise ne semblent pas non plus avoir la confiance de cette frange de Togolais, décidés à chasser Faure Gnassingbé du pouvoir. La communauté internationale se désolidarisera-t-elle pour autant du sort des Togolais qui ne savent plus à quel saint se vouer, aucun arbitre jugé impartial n’ayant pu émerger du lot pour diriger ce match décisif entre le pouvoir de Faure Gnassingbé et une partie de son opposition? Les lendemains ne sont guère prometteurs au Togo, surtout que l’armée qui a toujours eu une coloration nordiste, donc proche du pouvoir, a souvent joué le mauvais rôle. Sous prétexte de faire respecter la loi, les forces de défense servent en fait les intérêts du régime en place, au détriment d’un peuple qu’elles sont censées protéger.

Le Togo est simplement en train de toucher le fonds, à moins que dans un dernier sursaut patriotique, les politiques tournent le dos aux intérêts égoïstes et très personnels qu’ils défendent en se cachant derrière la défense de la constitution et de la démocratie. Il est temps pour les Togolais de se fixer une ligne Maginot afin de sauver ce qui peut encore l’être. Les ressorts coutumiers et religieux pourraient être mis à contribution pour éviter au Togo, ce chaos qui le guette, si le statu quo est maintenu. Il importe et urge donc qu’un modus vivendi soit trouvé pour assouplir les positions afin de ramener les uns et les autres à privilégier le retour à la paix sociale. Du reste le pouvoir, habitué à la répression sans autre forme de procès a la responsabilité de favoriser la liberté d’expression, tout comme l’opposition a le devoir de manifester dans les cadres fixés par la loi. Et le Togo sera sauvé!

Par Wakat Séra