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Togo: «Le gouvernement a fait sa part (…) que les opposants républicains fassent la leur»

Les ministres togolais, Gilbert Bawara, (à droite) et Yark Damehane (Ph. Aujourd'hui au Faso)

En début d’après-midi de ce mardi 3 octobre 2017, deux ministres togolais étaient face à la presse dans un hôtel de la place. Gilbert Bawara et Yark Damehane, respectivement en charge de la Fonction publique et de la Sécurité et de la protection civile, ont saisi l’opportunité pour se prononcer sur les marches de protestation que l’opposition annonce pour ces mercredi 4 et jeudi 5 octobre. Pour eux, le gouvernement ne s’opposera à aucune manifestation «tant qu’elle se fera dans le respect de la loi».

Régulièrement présente dans la rue depuis le 19 août dernier pour exiger le retour à la constitution de 1992 qui, entre autres, limite à deux les mandats présidentiels et fixe le scrutin à deux tours, une partie de l’opposition togolaise réunie autour du CAP 2015, du Groupe des six, du CAR, du PNP et de la Santé du peuple, remet le couvert. Dans des marches qu’ils ont qualifiées «d’ultime avertissement» pour celle de ce mercredi 4 et de «marche de la colère» pour celle du lendemain jeudi 5, les opposants veulent prouver leur détermination à aller au bout de leurs revendications. D’une part, ils exigent «le retour à la Constitution originelle du 14 Octobre 1992, la révision du cadre électoral et l’instauration du droit de vote des togolais de l’étranger». D’autre part, les manifestants veulent «dénoncer les répressions sauvages des manifestations pacifiques publiques des mois d’Août et Septembre 2017  ayant fait des morts, de nombreux blessés et des centaines d’exilés; exiger qu’une enquête  indépendante soit diligentée pour situer les responsabilités et traduire en justice les auteurs et commanditaires ces violences; exiger la libération immédiate et sans conditions, de tous les prisonniers politiques, notamment, les personnes arrêtées lors des manifestations pacifiques publiques des  mois d’Août et Septembre  2017; exiger l’arrêt immédiat des persécutions, des arrestations, des poursuites et des violences à l’encontre des militants et dirigeants des partis politiques de l’opposition; et exiger l’arrêt immédiat des entraves à l’exercice du droit constitutionnel de manifestation».

Comment réagira le pouvoir?

Quelle sera l’attitude du pouvoir face à cette énième manifestation? «La liberté de manifester est un droit, tout autant que celle des citoyens de vaquer librement à leurs activités. Il est impérieux pour les organisateurs des manifestations des 6 et 7 septembre de prendre les dispositions nécessaires pour empêcher les violences inutiles notamment sur les forces de l’ordre.» Foi des ministres togolais, Gilbert Bawara et Yark Damehane. «Ce fut toujours ainsi», affirme M. Bawara, prenant à témoin, les marches organisées «sans problème», tous les samedi, par la même opposition dans les rues de la capitale togolaise.

«Le chef de l’Etat, fidèle à sa stratégie de gouvernance qui met le dialogue au centre de toutes les actions majeures en faveur des populations est à l’initiative de cet avant-projet de loi», a indiqué d’entrée de jeu, le ministre togolais en charge de la Fonction publique qui n’a pas manqué de faire l’historique des actions significatives du régime de Faure Gnassingbé. «Le Chef de l’Etat a mis l’accent sur la nécessité de préserver le climat de paix et de sécurité dont notre pays jouit et a demandé au gouvernement de redoubler d’engagement et d’effort pour répondre aux préoccupations socio-économiques de nos concitoyens». C’est ce qui, selon Gilbert Bawara, un des fidèles lieutenants de Faure Gnassingbé, a justifié «la volonté du président togolais d’engager, non seulement les réformes constitutionnelles pour renforcer le processus démocratique, mais construire sur des socles solides le développement du Togo», pays qui a longtemps porté le nom flatteur de la «Suisse de l’Afrique de l’Ouest». Tout comme son collègue de la Sécurité et de la protection civile, Gilbert Bawara est convaincu que chaque partie, pouvoir comme opposition saura, raison garder pour «sauvegarder la stabilité et la paix au Togo». Du reste, a affirmé M. Bawara, le gouvernement togolais, respectueux de la liberté des citoyens et de leurs opinions ne s’est jamais opposé à une manifestation qui respecte l’ordre et les institutions.

Quelle est la position des militaires togolaise? «L’armée est républicaine et responsable au Togo», ont répondu, presque en chœur, les deux ministres qui n’ont pas manqué de revenir sur les actions et décisions prises par Faure Gnassingbé «pour consolider le processus démocratique au Togo».

Aller au-delà des intérêts partisans

Appelant les uns et les autres à éviter de verser dans les procès d’intention, les ministres togolais ont évoqué avec force détails, des initiatives prises par le chef de l’Etat togolais, énumérations qui rejoignent presque trait pour trait, le contenu d’un mémorandum dont Wakat Séra a pu obtenir copie. Morceaux choisis:

-L’avant-projet de loi est venu consacrer l’attention que porte Faure Gnassingbé aux demandes du peuple, même s’il ne s’agit pas forcément de la majorité. Il s’agit également pour le Président de la République d’aller au-delà des intérêts partisans –même ceux de son camp- pour privilégier la stabilité du pays.

-L’avant-projet est conforme aux conclusions remises par le Comité mis en place par décret présidentiel le 3 janvier pour étudier la question. Cette commission avait d’ailleurs suspendu sa tournée au lendemain des événements du 19 août pour proposer un texte au gouvernement.

-Pour mémoire, toutes les initiatives en vue d’un dialogue qui apaise le climat politique dans le pays ont été prises sur l’initiative personnelle du Chef de l’Etat, depuis son accession à la magistrature suprême en 2005. Accord Politique Global, mise en place du Cadre Permanent de Dialogue et de Concertation (CPDC), création de la Commission Vérité, Justice et Réconciliation (CVJR), Haut-commissariat à la Réconciliation et au Renforcement de l’Unité Nationale (HCCRUN).

-Le travail confié à la Commission chargé de proposer les réformes était d’aller au-delà des seules revendications liées à la limitation du mandat présidentiel et au mode de désignation du chef de l’Etat. Une constitution ne peut se modifier sans réflexions profondes pour justement éviter que les mêmes erreurs qui ont conduits à la modification en 2002 ne se reproduisent. La stabilité d’un pays repose également sur celle de ses institutions et de sa loi fondamentale.

-Aujourd’hui encore, le chef de l’Etat vient de prendre une décision historique à la veille de manifestations organisées dans le seul but de créer le chaos dans le pays.

-De nombreuses réformes ont été menées ces dernières années pour ancrer le Togo sur la voie d’une démocratie globale et décentralisée. Le code et le découpage électoraux ont été revus, la loi portant création des communes adoptée, etc.

-Le Togo ne saurait rester en marge d’un mouvement global qui tend vers la limitation des mandats présidentiels. Mais une telle réforme se fera selon un calendrier et une méthodologie qui privilégie l’intérêt supérieur de la nation plutôt que des intérêts égoïstes et partisans de personnes prêtes à tout sacrifier pour parvenir à leurs lugubres fins.

-Les élections législatives de 2007 et de 2013 ont permis au Togo de se doter de représentations nationales conformes à la volonté du peuple. Les résultats de ces élections  n’ayant donné lieu à aucune manifestation d’hostilité des populations, il est clair que le débat sur les réformes doit rester dans le cadre légal du parlement démocratique que les Togolais ont installé. Le principe majoritaire de toutes les démocraties du monde reconnaît des droits au parti majoritaire dans le respect de la minorité. Aucune minorité ne peut donc opposer sa vision par la force à la majorité.

-Malgré cela, le gouvernement sous l’impulsion du chef de l’Etat tend une fois la main à l’opposition, du moins celle qui est républicaine pour un processus apaisé qui préserve les vies des Togolais. L’initiative de l’avant-projet est de nature à favoriser la préservation d’un climat de paix et de sérénité indispensable pour permettre à notre pays d’intensifier les efforts visant à répondre aux préoccupations essentielles des populations en matière d’amélioration de leurs conditions de vie.

-Le Togo a réussi à sortir, grâce à la volonté de Faure Gnassingbé, des années de blocage économique consécutif à son isolement sur la scène internationale. En prenant les devants pour enclencher de manière irréversible le processus conduisant à l’adoption des nouvelles dispositions constitutionnelles, le chef de l’Etat souhaite préserver une paix qui a été si difficile à retrouver.

-Aucun démocrate qui aime le peuple ne peut accepter que le pays replonge dans le chaos. Peu importe la raison. Le gouvernement vient de faire sa part et souhaite que les opposants républicains fassent la leur. Lâcher les militants dans les rues alors que les revendications sont satisfaites, s’apparentera donc à une provocation volontaire.

-Le gouvernement exhorte les acteurs politiques à agir dans un esprit de responsabilité et à respecter les dispositions de la loi n° 2011-010 du 16 mai 2011 définissant les conditions d’exercice de la liberté de réunion et de manifestation pacifiques publiques.

Par Wakat Séra

 

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