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«Biens mal acquis»: Ali Bongo sort du silence et défend la mémoire de son père

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Après plusieurs mois de silence, l’ancien président gabonais Ali Bongo Ondimba a repris la parole, samedi 19 septembre 2026, pour réagir au volet gabonais de l’affaire dite des «biens mal acquis». S’il assure ne pas vouloir intervenir sur le fond de la procédure judiciaire française, il conteste vivement les observations formulées par l’État gabonais, qu’il estime préjudiciables à la mémoire de son père, Omar Bongo Ondimba.

Ali Bongo Ondimba a choisi une déclaration vidéo, diffusée samedi 19 septembre 2026 par plusieurs médias, pour sortir de son silence. L’ancien chef de l’État gabonais s’est exprimé sur l’évolution du dossier des «biens mal acquis», particulièrement sur la position récemment défendue par les autorités de Libreville devant la justice française.

Dans son intervention, Ali Bongo précise qu’il ne souhaite pas contester le fond de la procédure en cours en France. Il estime que les faits doivent être examinés par la justice et refuse de se substituer aux juridictions saisies. Son désaccord porte plutôt sur les observations formulées par la République gabonaise à l’encontre de son défunt père, Omar Bongo Ondimba.

Prenant cette fois la parole comme fils, l’ancien président affirme que ces observations portent atteinte à la mémoire de l’ancien dirigeant gabonais. «Un fils peut accepter que l’on juge l’action politique de son père sans accepter que l’on bafoue sa mémoire», a-t-il déclaré.

Cette prise de position intervient quelques semaines après les réquisitions du Parquet national financier (PNF) français. Le 27 juillet 2026, le parquet a requis le renvoi devant le tribunal correctionnel de Paris de 18 personnes et cinq sociétés dans le volet gabonais de l’affaire. Parmi les personnes concernées figurent neuf enfants d’Omar Bongo, dont Pascaline Bongo et Omar Denis Junior. Le patrimoine immobilier concerné est évalué par la justice française à environ 85 millions d’euros. Ali Bongo lui-même ne figure pas parmi les personnes visées par ces réquisitions.

L’affaire, engagée en France depuis plusieurs années à la suite notamment des procédures initiées par Transparency International et Sherpa, connaît ainsi une nouvelle étape judiciaire. Les accusations portées dans cette procédure restent soumises à l’appréciation des juridictions françaises et ne valent pas condamnation.

Le passé judiciaire du dossier rattrape le débat

La sortie d’Ali Bongo a rapidement provoqué des réactions au Gabon. Certains commentateurs ont notamment rappelé que l’État gabonais avait déjà pris part à la procédure alors qu’Ali Bongo était lui-même président de la République.

Une archive publiée par Challenges le 14 janvier 2011, sous le titre «Biens mal acquis: le Gabon se constitue partie civile», est notamment revenue au centre des débats. Selon les éléments rapportés à l’époque, Me Patrick Maisonneuve, avocat de l’État gabonais, indiquait que cette décision avait été «décidée par le président Ali Bongo».

Cette chronologie est également rappelée dans plusieurs publications parues après la déclaration du 19 septembre. Elle appelle toutefois une distinction importante: la constitution de partie civile de l’État gabonais ne constituait pas, en elle-même, une condamnation d’Omar Bongo ni une reconnaissance de culpabilité. Elle plaçait simplement l’État dans la procédure judiciaire.

Les critiques adressées aujourd’hui à Ali Bongo s’appuient néanmoins sur cette séquence. Dans une tribune publiée le 20 septembre par Gabonews, le journaliste-écrivain Maixent Georges Ntoutoume-Ndong parle notamment d’«amnésie sélective», en rappelant que l’État gabonais était entré dans le dossier sous la présidence d’Ali Bongo.

D’autres voix ont également réagi. L’éditorialiste Serge Abessolo, cité par Gabon Media Time, a opposé à la défense de la mémoire paternelle avancée par Ali Bongo l’idée que «honorer la mémoire d’un père se traduit dans les actes posés pour la défendre».

Une affaire qui dépasse désormais le seul terrain judiciaire

Entre la défense de la mémoire d’Omar Bongo par son fils et les rappels concernant les décisions prises sous la présidence d’Ali Bongo, l’affaire des «biens mal acquis» retrouve ainsi une forte dimension politique et mémorielle au Gabon.

Le dossier reste toutefois, sur le plan judiciaire, entre les mains de la justice française. Les réquisitions du PNF doivent encore être suivies des décisions des magistrats compétents quant à la tenue éventuelle d’un procès.

En sortant du silence le 19 septembre, Ali Bongo a donc rouvert un débat qui dépasse la seule procédure française: celui de la mémoire d’Omar Bongo, de l’héritage de son long règne et des décisions prises par son propre successeur lorsqu’il était encore à la tête du Gabon.

Par Valentin SOMANDE