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Burkina: attention à ne pas faire le jeu des terroristes!

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Dans la logique d'appaisement, une mission du gouvernement, ici avec des anciens, était sur les lieux du drame

«Un deuil national de quarante-huit (48) heures allant du mardi 10 mars 2020 à zéro (00) heure au mercredi 11 mars 2020 à vingt-quatre (24) heures est observée sur toute l’étendue du territoire national en mémoire des victimes de l’attaque perpétrée, par des individus armés non identifiés, des villages de Dinguila Peulh, Barga Peulh et Ramdola Peulh situés dans le département de Barga, Province du Yatenga, le dimanche 08 mars 2020». Le décret est présidentiel et porte donc le sceau du président du Faso et la signature magistrale de Roch Marc Christian Kaboré. Il fait suite aux assauts dominicaux et particulièrement meurtriers de ces fameux individus toujours armés et jamais identifiés qui sèment mort et désolation dans notre pays, depuis maintenant cinq sanglantes et difficiles années, depuis l’attaque terroriste inédite du café Cappuccino et Splendid hôtel du 15 janvier 2016. Le massacre du dimanche 8 mars dernier, date consacrée aux droits de la femme, celle qui donne la vie, a, malheureusement fait au moins 43 morts, selon un bilan provisoire qui pourrait évoluer. L’ampleur des chiffres et la barbarie des faits ont amené le gouvernement, à se rendre, ce lundi, sur les lieux du drame. Dans la province martyre et ailleurs dans le pays, on se pose toujours des questions sur cet acte ignoble qui, visiblement pourrait avoir des conséquences très graves sur le vivre-ensemble et la cohésion nationale qui continue de partir en lambeaux.

Car les individus armés ne seraient pas aussi non identifiés que l’affirment les autorités. Des sources reprises par les médias évoquent en effet une expédition punitive de groupes d’auto-défense des Kogl-wéogos contre ces villages qu’ils soupçonnent d’abriter des terroristes. Et c’est là tout le danger, vu qu’un dans un Etat de droit, ce sont les Forces de défense et de sécurité (FDS) qui, comme l’indique leur appellation, ont en charge la défense du territoire et la sécurité des populations et de leurs biens. Les FDS, dotées d’une formation adéquate qui met l’accent sur les droits de l’homme, travaillent en étroite intelligence avec la justice qui à son tour prend les décisions qui s’imposent. Certes, le contexte d’insécurité inquiétante que connaît le Burkina et surtout cette guerre asymétrique qui lui est imposée par les forces du mal peuvent conduire à la limite, à tolérer quelques entorses que les gens pudiques arrivent encore à maquiller en «bavures» militaires ou policières. Mais de là à abandonner, sciemment ou non, la défense et la sécurité de tout un pays au bout des fusils d’un groupe d’auto-défense dont les dérives ont été toujours pointées du doigt et dénoncées, il faut s’imposer la ligne Maginot et veiller à ne pas la franchir. Surtout quand le délit de faciès et les règlements de compte sont vite consommés et qu’il y a des antécédents malheureux. Il est temps pour ceux qui nous dirigent de trouver la stratégie, la bonne, pour rendre aux Burkinabè leur quiétude d’antan. A défaut, ne pas rajouter à ce drame qui tue et vide des villages entiers de leurs habitants pour en faire des exilés, il faut juste renforcer la puissance de feu de nos FDS tout en mettant à leur disposition, un service de renseignement affiné. Il faut se le tenir pour dit, les conflits inter-communautaires constituent la plus grande hantise de toute armée, qu’elle soit la plus puissante du monde.

En tout cas, la lutte contre le terrorisme, comme ne cessent de le ressasser les spécialistes en la matière sera longue. Qui plus est, elle ne devrait s’accommoder de décisions qui, à terme, seront des handicaps pour la guerre contre les forces du mal.

Par Wakat Séra    

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