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Burkina: l’arrestation de Safiatou Lopez qualifiée de «film mal inspiré» (internautes)

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L’arrestation de Safiatou Lopez Zongo, un des leaders d’opinion au Burkina Faso, par les éléments de l’Unité Spéciale d’Intervention de la Gendarmerie nationale (USIGN) le mercredi 29 août 2018 nuit aux environs de 21H30, est qualifiée par bon nombre d’internautes, de «film mal inspiré» dont le pouvoir actuel en est le réalisateur.

Depuis l’interpellation de Safiatou Lopez, présidente de l’Association pour la promotion de la démocratie et la participation citoyenne (APDC), des réactions de condamnation continuent sur plusieurs canaux de communication notamment le réseau social Facebook.

Ouagadougou la capitale du cinéma s’illustrerait même à travers les actions politiques…

Ouagadougou, capitale du Burkina, « est vraiment la capitale du cinéma africain » a fait remarquer dans un ton humoristique Alain Zoundi, un internaute qui à la suite de l’arrestation jugée spectaculaire de Safiatou Lopez, estime que le gouvernement a utilisé le « même scénario pour le colonel Auguste Barry ! », accusé de complot de déstabilisation du régime du Mouvement du peuple pour le progrès (MPP).

Norbert Kyélem, un autre internaute, déclare que personne ne croira à cette « histoire ». Raison pour laquelle il demande aux autorités de « prendre les gens au sérieux et trouver des solutions au terrorisme qui sévit un peu partout au pays, au lieu de nous divertir avec des histoires à dormir débout ».

Comme Alain Zoundi et Norbert Kyélem, Mamadou Ouamdaogo croit que les raisons invoquées pour arrêter Safiatou Lopez, considérée autrefo proche du régime MPP, plus particulièrement le président du Faso Roch Marc Christian Kaboré, « c’est trop facile comme scénario », trouvant que « c’est dommage qu’après l’insurrection populaire (des 30 et 31 octobre 2014 ayant contraint Blaise Compaoré à la démission), nos dirigeants usent de stratagèmes déloyaux pour mettre leurs adversaires sur la touche ». Mais même ça, « les films devront être plus mûris sinon la mayonnaise ne prendra jamais », a-t-il dit d’un ton moqueur.

Chéops Guirou, demande « quand le feuilleton-là prend fin ? ». Son compatriote Noel Vivian Nikièma n’écrit rien d’autre sur ce sujet qui fait la Une des journaux depuis mercredi 29 août dernier, que: « Gouvernement burkinabè, lauréat de la prochaine édition du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO) ».

En plus de considérer l’arrestation de Dame Lopez, militante des droits de l’Homme, comme arbitraire, Hamidou Sana stipule que tel le scénario du colonel Barry libéré le samedi dernier, le pouvoir « a servi aux gens les mêmes phraséologies ». Cet internaute veut que les Forces de défense et de sécurité (FDS) notamment les gendarmes « mettent en valeur (leurs) services de renseignements pour endiguer les terroristes (qui écument) l’Est et le Nord » du Burkina.

L’affaire Safiatou Lopez Zongo ressemble « trait pour trait », selon Babou Bertin Daïla,  au « cas Auguste Denise Barry est déjà un scénario connu et c’est à croire que (le Burkina) n’a rien qui occupe » les premiers responsables de la « sécurité (qui) sont à la solde des politiques, sinon comment peut-on inventer une telle absurdité »? Même position pour Abdoul Razaac Kabré qui affirme que « si le ridicule tuait, le Burkina serait nominé pour les Oscars Awards ».

Ibrahim Cheick Ahamadou quant à lui dit regretter parce qu’« au Burkina, quand tu dis la vérité, on te fout en prison ». Ce qui pousse des citoyens comme Siméon Wendgouda Bonkoungou à se convaincre qu’« on ne peut plus vous (gouvernants) faire confiance car lors de l’arrestation de Auguste Barry, on nous avait promis une édification des faits (d’accusation) mais jusqu’à présent on est resté sur notre soif ».

« Nous sommes gouvernés par les pires scénaristes du 21e siècle », selon Seydou Bambara, pour qui, « depuis que ce gouvernement est au pouvoir, tous les malheurs du pays sont redevables à l’ex-Premier ministre (sous la Transition fin octobre 2014 à fin décembre 2015), Isaac Zida, au colonel Barry (ex-ministre de la Sécurité sous la Transition), au général Djibrill Bassolé (accusé dans l’affaire du putsch manqué perpétré mi-septembre 2015), à Blaise Compaoré (ex-chef de l’Etat), au général Gilbert Dienderé (accusé dans l’affaire du putsch manqué de 2015) et de Safiatou Lopez ». Seydou Bambara qui semble inquiet, se demande « à qui le tour » prochainement.

Affaire Lopez et attaques terroristes, des sujets qui s’imbriqueraient…

Le gouvernement « fomente des coups pour nous faire oublier leur incapacité à sécuriser le pays », pense Abdoulaye Ouerémi sur Facebook. Faisant également le lien avec les attaques terroristes qui ont fait une vingtaine de morts ces deux dernières semaines notamment à l’Est du Burkina Faso, un pays enclavé situé au cœur de l’Afrique de l’Ouest, Alidou Lengani, affirme qu’«apparemment vous (gendarmes) êtes bien informés » sur les histoires de complot pour déstabiliser le pouvoir. « Mais pourquoi vous n’avez pas les infos sur les attaques terroristes ? », ironise-t-il.

Allant dans la même lancée que Alidou, Jean Michel Somé, se demande si « les agents de renseignements du Burkina ont été formés seulement pour déjouer les coups d’Etat (puisqu’ils) n’arrivent pas à déterminer la position des ennemis terroristes du Burkina » qui endeuillent à chaque fois les populations burkinabè et paralysent les activités socio-économiques du pays.

Se voulant alarmiste, Harouna Hatte Sawadogo note qu’« ici au Burkina, les terroristes sont plus à l’aise que ceux qui critiquent le pouvoir ». Son avis est partagé par Ibrahim Kiétéga qui martèle que « tout ça pour divertir le peuple et ne pas s’attaquer au réel problème du terrorisme qui gagne du terrain ».

Le régime MPP serait-il la copie conforme du CDP (Congrès pour la démocratie et le progrès, ex-majorité) ?

Ayant un point de vue contraire à la plupart des réactions sur l’affaire Safiatou lopez, Idrissa Sankara, estime que « rien n’a changé au Burkina Faso entre le régime passé (CDP) et le régime actuel (MPP)». C’est pourquoi, il déplore que le « Plus rien ne sera comme avant », slogan phare sous la Transition en vue d’une gouvernance vertueuse, a fait la place à une « dictature du régime actuel qui est pire qu’avant ».

« Si Blaise Compaoré avait mis aux arrêts les têtes des Organisations de la société civile (OSC) et des opposants, il n’y aurait pas d’insurrection », a poursuivi Idrissa Sankara qui maintient que « dans la démocratie, chacun a le droit de critiquer ».

Hier jeudi, le Collectif Liberté et Dignité pour la libération de Safiatou Lopez Zongo (CLD/LZ), regroupant selon ses initiateurs, «des organisations de la société civile et des partis politiques», a animé une conférence de presse pour exiger la libération de Mme Lopez. Les membres du collectif ont dénoncé un non-respect des procédures légales à suivre pour perquisitionner un domicile privé.

Par Bernard BOUGOUM

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