La Chambre criminelle du Tribunal de grande instance (TGI) de Fada N’Gourma a condamné, lundi 27 juillet 2026, deux policiers à 15 ans de prison, dont 7 ans ferme, ainsi qu’à une amende d’un million de francs CFA chacun. Selon des médias locaux qui ont relayé l’information, les deux agents étaient poursuivis pour avoir installé un poste de contrôle routier sans autorisation et perçu illicitement de l’argent auprès d’usagers.
Les deux policiers, identifiés par les initiales S.A. et T.D., tous deux âgés de 31 ans, comparaissaient devant la Chambre criminelle du Tribunal de grande instance de Fada N’Gourma pour des faits de «concussion», d’«association de malfaiteurs» et d’«actes de grand banditisme».
Les faits remontent au 8 juillet 2026. Les deux agents avaient été interpellés alors qu’ils effectuaient un contrôle routier non autorisé sur l’axe Fada N’Gourma-Tiparga. À la barre, ils ont rejeté l’ensemble des accusations portées contre eux et ont maintenu leur version des faits jusqu’au prononcé du jugement.
Au cours des débats, S.A., qui était normalement affecté à une mission de sécurisation des épreuves du baccalauréat dans un établissement scolaire, a expliqué avoir informé son supérieur qu’il devait régler des «instances», sans davantage de précisions. Son responsable hiérarchique ainsi que le collègue avec lequel il devait assurer cette mission ont confirmé avoir reçu cet appel.
Le tribunal s’est toutefois interrogé sur les raisons ayant conduit le policier à se retrouver sur un poste de contrôle routier dépourvu de toute autorisation de sa hiérarchie.
Les explications de T.D. ont également été examinées. Bien qu’officiellement en repos ce jour-là, il se trouvait en tenue de service et portait son arme. Il a affirmé avoir voulu remplacer un collègue malade chargé de la sécurisation des examens avant d’abandonner cette idée après avoir été informé d’un déploiement prévu dans l’après-midi. Il a ensuite rejoint son collègue S.A.
Les deux hommes ont déclaré avoir poursuivi des motocyclistes jugés suspects. Toutefois, leurs récits se sont révélés contradictoires: tandis que T.D. a affirmé qu’aucune interpellation n’avait eu lieu, S.A. a soutenu qu’un suspect avait bien été arrêté.
Selon le procureur du Faso, ces contradictions ne résistaient pas à l’examen des faits. Le ministère public a estimé que les deux policiers avaient organisé un contrôle clandestin en utilisant des équipements de l’État, notamment leurs armes et leurs motocyclettes de service, afin de soutirer de l’argent aux usagers de la route.
Le parquet a indiqué que les deux agents auraient perçu illicitement un total de 105 500 F CFA, malgré leurs dénégations. Le stratagème aurait été découvert après que plusieurs usagers, bloqués plus loin par une position militaire interdisant la circulation, ont déclaré avoir déjà versé de l’argent à un précédent poste de contrôle. Alertés, les militaires se sont rendus sur les lieux pour procéder aux constatations.
Le procureur a toutefois estimé que l’infraction de concussion n’était pas constituée, les prévenus n’étant pas investis d’une mission officielle au moment des faits. Il a donc requis leur relaxe sur ce point, tout en considérant que les infractions d’association de malfaiteurs et d’actes de grand banditisme étaient établies.
Lors de son réquisitoire, il a dénoncé le comportement des deux policiers, estimant qu’ils avaient «porté atteinte à l’image de la Police nationale» alors que les Forces de défense et de sécurité sont engagées dans la lutte contre le terrorisme. Il avait requis une peine de 15 ans de prison ferme assortie d’une période de sûreté de cinq ans ainsi qu’une amende d’un million de francs CFA contre chacun des prévenus.
Après délibération, la Chambre criminelle a retenu leur statut de délinquants primaires comme circonstance atténuante. Elle a finalement écarté les poursuites pour actes de grand banditisme, mais déclaré les deux hommes coupables de concussion et d’association de malfaiteurs.
Au terme du procès, chacun des deux policiers a été condamné à 15 ans d’emprisonnement, dont 7 ans ferme, ainsi qu’au paiement d’une amende ferme d’un million de francs CFA. Une décision qui, selon les médias, illustre la volonté de la justice de sanctionner sévèrement les dérives impliquant des agents dépositaires de l’autorité publique.
Par Wakat Séra avec Sidwaya






























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