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Burkina/Procès attaque prison militaire: de « nombreuses leçons » à « tirer » pour ceux à venir

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Maître Arnaud Ouédraogo

« Chers amis de la presse, ce procès a accouché d’un verdict, il a aussi et surtout accouché d’une énigme. Comme vous avez vous-même pu le constater, durant l’audience les non-dits ont été bien plus nombreux que les dires. Et finalement pendant tous ces long jours, on a construit la procédure sur la base de l’association de malfaiteurs jusqu’au bout. Nous avons réfuté cette infraction. Pratiquement au dernier jour les faits ont été requalifiés. Nous ne comprenons pas très bien comment finalement, en vertu de quelle science infuse, on a pu faire sortir cette infraction qui est bien plus lourdement condamnée pour l’affubler à nos clients. Nous n’avons pas eu le temps de faire un débat sur cette infraction.

Nous prenons acte et respectons la décision qui vient d’être rendue. Nous voulons nous incliner avec élégance devant l’autorité du juge et de la loi. Mais je pense quand même qu’il y a un certain nombre de mystères qui restent entier. Ce procès laisse un goût inachevé. Il y a un certain nombre de mystères que ce procès n’a pas levé. Jusqu’au bout nous avons demandé au tribunal de retirer et d’écarter purement et simplement cet enregistrement clandestin qui a servi de base à la procédure, ce n’est qu’au jour du verdict que le tribunal a décidé de l’écarter. Bien sûr que le tribunal, finalement, nous donne raison, mais trop tard parce que la procédure a eu le temps de se construire autour de cet enregistrement clandestin.

Bien entendu, il y a un autre point que nous considérons comme très important, ce sont les personnes régulièrement citées qui n’ont pas comparu et qui pourtant détenaient une parcelle de la vérité. Les avocats de la défense ont remis au tribunal un enregistrement vidéo et le contenu de cet enregistrement ont permis au cours de ces plaidoirie de faire ressortir un certain nombre de faits qui pourraient étayer les propos du caporal Madi Ouédraogo. Alors, on est en droit de se dire que ce procès pourrait accoucher d’un autre procès. C’est peut être les deux procès mis bout en bout qui vont nous révéler ce qui est réellement passé. Nous avons en toute responsabilité en tant qu’avocats de la défense avec la faiblesse humaine qui nous caractérise tous, donné le meilleurs de nous mêmes afin que la vérité soit connue de tous parce que nous pensons qu’au-delà de la défense de nos clients il y avait de nombreuses leçons qui pouvaient être tirées de notre présence, pour les procès qui viennent et consolidées la justice de notre pays.

Nous avons cinq jours à nous pourvoi en cassation à partir de la notification du verdict. Nous allons prospecter toutes les voies de droit avec nos clients. Pour ce qui concerne les avocats commis d’office notre mission normalement doit s’arrêter maintenant puisque nous avons été commis d’office auprès du tribunal militaire. Nous rendrons compte à nos clients et ensemble, en fonction de ce que nous leur dirons et les implications d’un recours, ils verront eux-mêmes si c’est opportun ou pas.

L’impacte de ces non-dits de ce délibéré c’est que nous ne savons pas sur quelle base le tribunal a bien pu construire sa décision parce que si des personnes sont régulièrement citées et ne comparaissent pas pour livrer un pan de la vérité, si un enregistrement qui aurait pu permettre de faire rebondir les débats, finalement n’a pas connu le destin que nous voulions, on est en droit de se dire que tout n’a pas pu être dit et que le procès n’a pas épuisé la vérité, seul l’avenir nous le dira ».

Propos recueillis par Mohamed ZOUNGRANA

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