Accueil A la une Côte d’Ivoire: retour à l’hôtel du Golf après tant de sang versé!

Côte d’Ivoire: retour à l’hôtel du Golf après tant de sang versé!

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Henri Konan Bédié (à gauche) et Alassane Dramane Ouattara, bras dessus-dessous, juste pour la photo?

Les Ivoiriens ont un incroyable talent! Belle opportunité pour paraphraser cette émission «L’Afrique a un incroyable talent», adaptation de l’émission britannique Britain’s Got Talent. Oui, presque 10 ans après une longue et meurtrière crise postélectorale, qui a contraint les leaders politiques, comme le président Alassane Dramane Ouattara et son «grand-frère», l’ancien président Henri Konan Bédié, à se réfugier à l’hôtel du Golf pour attendre que l’ancien président, Laurent Gbagbo, soit délogé du palais présidentiel, voici qu’une autre crise postélectorale, elle aussi meurtrière, ramène tout le gotha politique à…l’hôtel du Golf.

Les symboles ont vraiment la peau dure! Sur la photo de famille, ne manquaient que Guillaume Kigbafori Soro, celui-là même qui était à la tête de la rébellion qui a escorté ADO au pouvoir, et Laurent Gbagbo, engoncé dans un gilet pare-balle et amené à l’hôtel, comme un trophée de guerre, par les hommes de l’actuel chef de l’Etat ivoirien. Cette fois-ci, les deux dinosaures de la politique ivoirienne, réécrivent l’histoire, mais dans un scénario qui ne se rapproche de la première saison de 2010-2011, que par certains épisodes, comme celui de l’élection présidentielle qui tourne mal, et balance la Côte d’Ivoire, «pays de paix», dans le chaos.

Ensemble, Alassane Dramane Ouattara et Henri Konan Bédié, avaient passé pas moins de quatre mois, à l’hôtel du Golf. Mais ils étaient en duo. Cette fois-ci, ils sont en duel, et ont eu, selon certaines sources, environ une heure d’horloge de tête à tête. Quelques instants qui pourraient, si les uns et les autres s’entendent, ramener, non pas à la vie, les 85 morts, dont 34 avant élection du bilan officiel du gouvernement, mais au moins l’accalmie nécessaire pour engager un dialogue inclusif. Ce serait un soulagement immense pour les populations, alors que les manifestations contre le troisième mandat anticonstitutionnel de Alassane Dramane Ouattara, embrasent des régions de la Côte d’Ivoire et ont déjà jeté sur les routes de l’exil, au moins 8 000 Ivoiriens et Ivoiriennes.

Malheureusement, le ver est bien dans le fruit, et l’en extirper ne sera point une sinécure. Certes, chaque partie s’est donnée une bonne marge de confort pour entamer ces négociations, mais la partie risque d’être plus compliquée, en raison justement du raidissement des positions des protagonistes. ADO est allé à l’élection présidentielle aux forceps, a vaincu son adversaire, c’est-à-dire lui-même. L’opposition, malgré la répression, n’a pas non plus lâché le morceau, préparant, sans doute, l’enfer pour ce mandat de trop de Alassane Dramane Ouattara. Et, revoici la Côte d’Ivoire embarquée dans un nouveau cycle de négociations, parce que, comme en 2010, un président s’accroche à un pouvoir auquel il n’a plus droit après deux quinquennats. Pour le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI-RDA) de Henri Konan Bédié, « la rencontre de ce jour n’a été qu’une prise de contact pour briser le mur de méfiance entre ces deux hautes personnalités », car « les problèmes politiques soulevés par l’opposition demeurent ».

Quel écho rencontreront les préalables posés par l’opposition, qui, par la voix de Henri Konan Bédié, demande, entre autres, la libération des prisonniers du troisième mandat, la cessation des poursuites judiciaires, le dialogue inclusif élargi à tous les autres partis d’opposition, la levée des blocus autour des résidences des opposants; l’arrêt de la destruction des biens et des graves massacres des populations civiles? Quelle place sera réservée aux autres opposants, notamment Laurent Gbagbo et Guillaume Soro, dans ces discussions? En tout cas, si le dialogue, qui malheureusement vient toujours après la guerre, et des pertes en vies humaines, est remis au goût du jour, il faut déjà s’en féliciter pour la Côte d’Ivoire et espérer qu’il débouche sur des solutions qui ramènera les acteurs en conflit à une paix des braves. Une fois de plus, il importe pour la Côte d’Ivoire de se libérer des griffes de tous ces «vieux crocodiles» du marigot politique qui, pour des intérêts égoïstes et très personnels font couler le sang des innocents.

Question: quel rôle jouera la commission de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (CEDAO) qui continue de se discréditer par ses mauvais castings, allant jusqu’à faire observer des élections organisées au profit d’un troisième mandat, en Côte d’Ivoire, et adresser ses félicitations chaleureuses aux prédateurs de la démocratie que sont Alassane Dramane Ouattara, 78 ans et Alpha Condé, 82 ans? Si le ridicule tuait!

Par Wakat Séra

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