Accueil Editorial Coup d’Etat au Gabon: avertissement sans frais pour Ali Bongo

Coup d’Etat au Gabon: avertissement sans frais pour Ali Bongo

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Vrai ou faux putsch au Gabon? (Ph. vosgesmatin.fr)

Une tentative de coup d’Etat a échoué ce jour 7 janvier 2019. C’est à la surprise générale, ou tout au moins, au grand étonnement des Gabonais que la radio télévision nationale a été prise d’assaut par une poignée de militaires qui ont voulu dénoncer «la confiscation du pouvoir» qu’ils constatent en l’absence du chef de l’Etat, depuis maintenant deux mois, du Gabon. Au lieu de rassurer, le discours de vœux de Ali Bongo diffusé le 31 décembre dernier a plutôt «renforcé les doutes» des auteurs de la tentative de putsch sur la «capacité» de l’homme  «à assumer la fonction de président de la République». Il faut dire que l’allocution de Ali Bongo Ondimba a été enregistré depuis le Maroc où celui-ci poursuit sa convalescence des suites de l’accident vasculaire cérébral dont il fut victime le 24 octobre alors qu’il était en séjour en Arabie Saoudite. Mais malgré cet éloignement du président gabonais du Palais du bord de mer, la vacance du pouvoir n’a pas été constatée par la cour constitutionnelle. C’est donc dans ce flou artistique institutionnel et surtout  sur fond de mécontentement d’une partie du peuple et de l’opposition contre ce qu’ils qualifient de monarchisation du Gabon que cette tentative de coup d’Etat est intervenue.  Une immixtion des militaires dans le jeu politique qui ne s’est jamais vue au Gabon. Sauf la parenthèse des 17 et 18 février 1964, lorsque des militaires gabonais se sont dressés contre le premier président du Gabon indépendant, Léon Mba.

Si les autorités gabonaises affirment que la situation est sous contrôle en dehors de quelques manifestations vite étouffées dans l’œuf, à Libreville et à Port Gentil par exemple, il faut dire que cette tentative de coup d’Etat se présente comme une véritable mise en scène ou un acte d’illuminés. Cependant, vrai ou faux putsch déjoué, il met en exergue un malaise dans un pays où nonobstant les réformes institutionnelles, l’ouverture démocratique et les efforts pour relancer l’économie qui sont siens, Ali Bongo Ondimba dont le pouvoir hérité de son père, Omar Bongo Ondimba décédé le 8 juin 2009, ne compte pas que des admirateurs. Depuis son élection en septembre 2009 et sa réélection en août 2016, OBO comme on l’appelle affectueusement, est de plus en plus contesté. Mais l’opposition portée aujourd’hui par un ancien thuriféraire des pouvoirs Bongo, Jean Ping qui s’est auto-proclamé président à l’issue du scrutin de 2016, n’a jamais su trouver le tempo adéquat pour contrer la marche de Ali Bongo. Cette tentative de coup d’Etat justifie-t-elle le dépit des opposants de prendre le pouvoir par les urnes? Toutes les hypothèses sont possibles et plausibles. En effet, cette action d’apprentis putschistes pourrait bien être un faux complot orchestré par le pouvoir pour opérer une purge dans les rangs de ses contempteurs. Surtout que naïvement ou à dessein, le chef de l’opération a mis en position très délicate, des «dignes et filles et fils de la patrie» en les invitant à se rendre ou à se faire représenter à l’assemblée nationale. Le leader du mouvement annonçait avant l’énumération de ces personnalités militaires et civiles, la mise en place d’«un conseil national de la restauration» dans le but «d’assurer la continuité de l’Etat pour garantir au peuple gabonais une transition démocratique».

En tout cas, à la suite, entre autres, de l’Union africaine et de la France, on ne peut que condamner avec la dernière énergie toute tentative de prise de pouvoir hors normes constitutionnelles. De même, il urge que les voies démocratiques soient accessibles au peuple et surtout respectées par ceux qui nous gouvernent pour éviter les effusions de sang et chaos qui accompagnent les putschs militaires et autres insurrections populaires.

Par Wakat Séra

 

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