Accueil Editorial Décès du colonel Wattao: la Côte d’Ivoire continue de se faire peur

Décès du colonel Wattao: la Côte d’Ivoire continue de se faire peur

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Il s'appelait Wattao (DR)

Le colonel Issiaka Ouattara alias Wattao, 52 ans, est décédé des suites d’un diabète avancé, le dimanche 5 janvier aux Etats-Unis où il avait été évacué le 13 décembre 2019. La nouvelle qui s’est aussitôt répandue comme une traînée de poudre n’a pas manqué de susciter des réactions diverses, selon les couleurs politiques de l’heure en Côte d‘Ivoire. Les premiers mots des leaders politiques les plus en vue actuellement, notamment les anciens amis devenus ennemis redoutables, étaient des plus scrutés. Si le chef de l’Etat, Alassane Ouattara est «attristé» par la perte d’un « jeune frère», pour l’ancien premier ministre et ex président de l’Assemblée nationale ivoirienne, Guillaume Kigbafori Soro (GKS) qui a promis de revenir sur le sujet, «l’irréparable s’est produit». Ces propos du président de Générations et peuples solidaires (GPS), pourraient être bien énigmatiques pour ceux qui ont pris le cours de l’histoire politico-militaire ivoirienne après la rébellion de 2002 et la crise post-électorale de 2010-2011 qui ont réaménagé le sommet de l’Etat ivoirien et permis l’arrivée au pouvoir de Alassane Ouattara. Mais GKS et «Saha bélé bélé» (l’un des surnoms du défunt) ont été de presque tous les combats, en l’occurrence ceux qui ont servi à installer «ADO», dans le fauteuil présidentiel envers et contre les tenants invétérés du concept identitaire et désastreux de l’ivoirité.

«Whisky», un autre surnom de celui qui est passé colonel major, le 18 décembre dernier, depuis son lit de malade qui était aussi connu, à l’époque dans les rues de Ouagadougou au Burkina Faso que d’Abidjan, et encore plus de Bouaké son fief, n’est plus. Qu’il soit mort de mort naturelle ou surnaturelle, l’ancien comzone est bien parti et ce départ plus ou moins attendu dans la capitale ivoirienne n’est pas des plus rassurantes dans une Côte d’Ivoire ou le mercure socio-politique ne fait que grimper. Il faut dire que les anciens rebelles, à l’instar de Wattao lui-même et d’autres soutiens de GKS sont constamment cadeautés par le régime Ouattara, pour ostraciser le dauphin constitutionnel déchu au profit du vice-président. Une guerre entre les deux hommes qui continue d’angoisser les Ivoiriens, surtout à l’orée de la présidentielle de cette année. C’est bientôt les élections, mais la Côte d’Ivoire prise en otage par ses politiciens qui résistent à tous les vents nouveaux au lieu de prendre leur retraite en toute sagesse, empêchent leurs compatriotes de les attendre avec sérénité. C’est clair, la Côte d’Ivoire joue à se faire peur alors que les plaies de la guerre civile du début de la dernière décennie sont loin d’être cicatrisées. La réconciliation nationale, mangée à toutes les sauces sauf la bonne, n’a malheureusement pas été au rendez-vous, renforçant ainsi rancoeur et les rancunes qui sont les meilleures armes des politiciens, surtout ceux qui sont frileux à l’alternance pacifique. Et dans ce jeu où la démocratie est mise à mal, ce sont les anciens opposants venus aux affaires qui excellent le plus.

Wattao ne portera ses galons de colonel major qu’à titre posthume, mais pourvu que la Côte d’Ivoire ne soit pas contrainte une fois de plus de passer par la case macabre avant de se choisir un nouveau président.

Par Wakat Séra

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