Accueil A la une Élections au Burkina entre insécurité, acquis de l’insurrection et bilan contesté

Élections au Burkina entre insécurité, acquis de l’insurrection et bilan contesté

L'Afrique en plein printemps de mandats présidentiels sans fin (Ph. Illustration)

Les élections récentes au Mali, en Guinée et en Côte d’Ivoire ont démontré les graves crise démocratiques que vivent ces pays. Celles qui s’annoncent au Burkina semblent s’annoncer sous de meilleures auspices, malgré une grave insécurité. On en guettera les prémices d’un nécessaire renouvellement politique.

Alors que les processus électoraux dans nombre de pays voisin, Mali, Guinée, Côte d’Ivoire, Togo, sont souvent contestés parfois très violemment, soit parce que le président en place se présente pour un troisième mandat, soit parce que les résultats sont contestés, le Burkina tranche par la relative sérénité, certains diraient inconscience, de la campagne électorale.

Acquis de l’insurrection

L’insurrection et la transitioni sont passées par là. Plus question de 3eme mandat. Et pour cause ! Blaise Compaoré en était à sa 27ème année de pouvoir lorsqu’il a voulu solliciter un mandat supplémentaire. Il avait déjà modifié deux fois la constitution. Chassé en octobre 2014 par un peuple à bout (voir https://blogs.mediapart.fr/bruno-jaffre/blog/billets_blog?page=6) , il a été exfiltré vers la Côte d’Ivoire par les troupes françaises du Commandement des opérations spéciales. Une humiliation.

Bien sûr, plusieurs de ses anciens proches, notamment le président actuel Roch Marc Christian Kaboré, qui avait occupé tous les postes ou Simon Compaoré, autre dignitaire du régime de Blaise Compaoré sont encore au pouvoir. Le premier comme président le deuxième comme chef du parti du président. Ils ont su le lâcher juste à temps, un an avant l’insurrection. Ils sont de toute façon en fin de carrière politique. Cette semi continuité est loin de répondre aux exigences des insurgésii, mais au regard de ce qui se passe dans les pays voisin, le processus électoral Burkina fait jusqu’ici plutôt bonne figure.

Le parti au pouvoir a su négocier avec plusieurs partis dans l’opposition de Blaise Compaoré et les intégrer dans la majorité présidentielle. Son objectif que Roch Marc Christian Kaboré soit élu au premier tour, comme en 2015.

Quelques acquis de l’insurrection ont permis de calmer le processus électoral. Par exemple la président de la CENI (Commission électorale nationale indépendante), n’est autre que Newton Ahmed Barry, ancien journaliste d’investigation au sein d’un des journaux indépendants les plus respectés, l’Evènement. Il n’a pas eu le poste, le poste de Président qu’il espérait durant la Transition. Habilement, il a été plus tard proposé à la CENI, un poste qu’il accepte, bien que sachant les obstacles qu’il va devoir affronter. Il tient à cœur de prouver sa rigueur, sa bonne volonté et son intégrité et apparaît peu critiqué.

De très nombreuses associations de la société civile, très largement subventionnées, s’engagent dans la surveillance du processus électoral, comme lors des dernières élections en 2015. La plus importante d’entre elles la CODEL ( Convention des Organisations de la société civile pour l’Observation Domestique des Élections), regroupe de très nombreuses association. Elle est dirigée par Halidou Ouedraogo, juriste, fondateur du MBDHP (Mouvement burkinabè des droits humains), leader de la société civile en pointe au moment de l’affaire Norbert Zongoiii. La CODEL va déployer quelques 3800 observateurs lors des élections, aux côtés d’autres observateurs internationaux issus de l’Union européenne, l’Union africaine, la CEDEAO (Communauté économique des États de l’Afrique de l’ouest), la Communauté des États sahélo-sahariens. Le CODEL va bénéficier d’une subvention de 231 millions FCFA de la part de la France, qui ne sera pas l’unique pays donateuriv.

Une récente modification du code électoral adopté durant la transition stipule : « Les pratiques publicitaires à caractère politique, l’offre de tissus, de tee-shirts, de stylos, de porte-clefs, de calendriers et autres objets de visibilité à l’effigie des candidats ou symbole des partis, ainsi que leur port et leur usage, les dons et les libéralités ou les faveurs administratives faits à un individu, à une commune ou à une collectivité quelconque de citoyens, à des fins de propagande, pouvant influencer ou tenter d’influencer le vote, sont interdits quatre vingt-dix jours avant tout scrutin. »v On observe que ce genre de pratique a fortement diminué. Plus de tee-shirts en effet en faveur de tel ou tel candidat, bien que plusieurs partis tentent de la contourner en distribuant des tee-shirts aux couleurs de leur partis. Les journaux et médias nationaux semblent s’efforcer de couvrir à égalité la couverture de la campagne électorale des uns et des autres pour les présidentielles, mais l’exercice paraît difficile pour les législatives devant la pléthore de candidats.

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