Accueil A la une Génocide rwandais: billet aller simple sur Arusha pour Félicien Kabuga?

Génocide rwandais: billet aller simple sur Arusha pour Félicien Kabuga?

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Le présumé financier du génocide rwandais, Félicien Kabuga, sera probablement jugé à Arusha (Ph. rfi.fr)

Félicien Kabuga, en attendant un probable pourvoi en cassation de ses conseils, sera jugé à Arusha, qui abritait, jusqu’en fin 2015 avant sa fermeture, le Tribunal pénal international pour le Rwanda. Ainsi en a décidé la justice française, ce mercredi 3 juin, alors que l’octogénaire, présumé financier du génocide rwandais, s’accrochait encore à l’espoir que son procès se déroule en France, une France qui elle peut maintenant jouer tranquillement les Ponce Pilate et éviter ainsi d’en rajouter à son implication souvent dénoncée dans ce génocide rwandais. Le fugitif dont la fin de cavale est intervenue près de Paris le 16 mai dernier, après 26 ans de cache-cache avec la police internationale, devra donc commencer à préparer son paquetage pour rejoindre cette belle cité du nord de la Tanzanie. Empêtré qu’il sera dans les dossiers judiciaires qui lui feront répondre de fait de génocide et crimes contre l’humanité commis entre avril et juillet 1994, le Rwandais pourra difficilement admirer les merveilles de cette ville voisine de Kilimandjaro, le légendaire sommet le plus haut d’Afrique, le mont Méru réputé pour l’escalade, les divers sites dont raffolent les touristes, dont le célèbre parc de Serengeti, etc. Félicien Kabuga, se contentera d’avoir évité son jugement à Kigali, tel que sollicité par Ibuka, la principale association des rescapés du génocide, qui était prête à lui offrir un billet retour au bercail, pour y affronter les victimes du drame dont il est accusé.

Mais qu’il soit jugé en France ou par le Mécanisme pour les tribunaux pénaux internationaux (MTPI), Félicien Kabuga aura la chance de se défendre devant une justice qu’il a longtemps fuie et les victimes quant à elles pourront se vider de ces atrocités qui hantent encore leurs nuits,  en face d’un de leurs présumés bourreaux. Et finalement, c’est la justice, si le droit est dit, qui aura, une fois de plus, eu le dessus sur le mal. Mais ce sera surtout une leçon pour tous les individus qui, au mépris de la vie humaine et pour leurs intérêts égoïstes et très personnels, commettent des actes ignobles, oubliant que tôt ou tard, ils seront rattrapés par l’histoire qui, elle, n’oublie jamais. Mieux elle prend toujours ce malin plaisir de faire des puissants d’hier, de simples justiciables qui n’ont plus la possibilité de tronquer les faits ou de corrompre la réalité, parce que déchus de leur piédestal.

Car, ils sont nombreux aujourd’hui, les Félicien Kabuga-toujours présumé innocent-qui persécutent leurs peuples, cautionnent ou commanditent des assassinats ciblés d’opposants ou de défenseurs de droits de l’homme, bâillonnent la presse, réduisent au silence des adversaires de toute nature, tripatouillent les constitutions, adoptent la corruption comme mode de gouvernance ou protègent des tortionnaires de simples citoyens du fait de leur couleur de peau, leur ethnie, ou leur religion. En tout cas, comme le chante si bien ces artistes ivoiriens, «tôt ou tard, le jour va se lever»! L’heure de la vérité sonne toujours, car rarement, le mal triomphe du bien.

Félicien Kabuga sera donc jugé, quel que soit le temps que prendra la procédure. Et une nouvelle page, selon, le verdict de la justice s’ouvrira dans l’histoire du génocide rwandais qui aura été l’un des pire des drames vécus par le pays des mille collines. Pourvu que ce énième procès pédagogique à souhait, donne matière à réfléchir aux forts d’aujourd’hui, car ils ne seront jamais assez forts pour être éternellement forts.

Par Wakat Séra

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