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Gilets jaunes en France, Chemises rouges au Burkina: le carburant fait marcher

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Une des pancartes lors de la manifestation

La hausse du coût du carburant a été dénoncée au Burkina Faso ce jeudi 29 novembre 2018 par le biais d’une marche meeting et d’une grève générale sur toute l’étendue nationale. L’initiative est de la Coalition contre la vie chère pour protester contre l’augmentation de 75 francs CFA opérée sur le prix de l’essence et du gazole à la pompe, et entrée en vigueur depuis le 9 novembre dernier. Ils étaient issus de toutes les couches socio-professionnelles et provenaient des organisations de la société civile, des établissements scolaires et estudiantins, des syndicats et centrale syndicales, des partis politiques de l’opposition, et rassemblés autour de l’objectif commun de dénonciation de la vie chère et plus particulièrement de la hausse du prix du carburant, ils ont déserté les bureaux et salles de cours, malgré les menaces du gouvernement pour dire bruyamment, mais dans la discipline, leur mécontentement. Le ras-le-bol a été crié par les manifestants, la plupart de rouge vêtus, marchant au son de klaxons et de vuvuzélas, brandissant des pancartes et banderoles sur lesquels étaient inscrits des slogans hostiles au pouvoir de Roch Marc Christian Kaboré. Une femme, coiffée d’une casserole, comme pour dire que le garde-manger est vide à la maison, résumait assez bien la précarité vécue, depuis un certain temps, par nombre de foyers burkinabè dans lesquels avoir un repas quotidien relève désormais de l’exploit.

Les Saints Thomas qui doutaient encore de la capacité des Burkinabè à se mettre sous la même bannière pour défendre les causes communes en ont eu pour leur manque de foi. Tous ont bravé les réquisitions des forces de l’ordre et surtout les directives du gouvernement à «tout responsable de structure centrale et déconcentrée» de «transmettre au plus tard le 03 décembre 2018, la liste des agents de –leurs-structures respectives qui auraient déserté leur poste de travail le 29 décembre 2018». Sans doute que les autorités ont oublié que «ventre affamé n’a point d’oreille». Certes, ce ne fut qu’un mouvement d’avertissement, mais de par l’affluence qu’elle a entraîné, cette marche-grève générale doit signifier au pouvoir que le peuple contraint de subir les attaques terroristes qui ont plongé l’économie burkinabè dans une morosité inquiétante, ne saurait plus consentir encore des «efforts de guerre» supplémentaires quand d’autres initiatives comme la réduction effective du train de vie de l’Etat, par exemple peuvent être mises en branle pour relever le niveau de vie des populations. Comme l’a chanté l’artiste burkinabè, Zêdess, il ne faut pas demander à certains de serrer la ceinture pour permettre à d’autres de porter leurs bretelles. Du reste, les plus grands sacrifices doivent être consentis par les dirigeants qui sont au pouvoir par la volonté du peuple. Ce dernier détenant la clé de la porte du palais lors des élections. Toutefois, la plupart des pays africains n’ayant pas une opinion forte, mais plutôt des populations à l’appétit vorace de billets de banque et de sacs de riz lors des campagnes électorales, leurs dirigeant savent toujours profiter de leur misère et de leur versatilité pour se faire élire ou réélire malgré leurs bilans catastrophiques.

En tout cas, si les couleurs des habits changent de la France au Burkina Faso, l’évidence est là que les «Gilets jaunes» français et les «Chemises rouges» burkinabè c’est le «same fight» contre la hausse des taxes ou du coût du carburant. Et cela pourrait bien ébranler les gouvernements si ceux-ci ne prennent pas la portée de ces mouvements spontanés ou organisés, sans leaders ou avec. Sinon, c’est Emmanuel Macron qui rira jaune et Roch Kaboré qui verra rouge.

Par Wakat Séra

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