Accueil A la une Insuffisance rénale : à Ouagadougou, on marche pour interpeller les autorités

Insuffisance rénale : à Ouagadougou, on marche pour interpeller les autorités

Marche de soutien aux insuffisants rénaux et dialysés Ph.Daouda ZONGO @wakatsera.com

Mardi 20 avril 2021. Il est 6h12 (GMT) à Ouagadougou. Les premiers rayons du soleil qui pointent à l’Est entre les feuilles des arbres et les immeubles, annoncent la canicule sur la capitale burkinabè. Des Ouagavillois, à pieds, à motos ou encore à véhicules, vaquent à leurs occupations. La ville renoue avec ses habitudes. Les va-et-vient et les ronronnements des moteurs renaissent. Un jour ordinaire pour le Ouagavillois lambda. Mais pour Yiyé Constant Bazié, conseiller municipal de la ville de Ouagadougou, et ses hommes, c’est un jour de défis. Ils veulent marcher. Environ 10 kilomètres et ce, pour soutenir les personnes souffrant d’insuffisance rénale au Burkina Faso.

Les marcheurs se sont donné rendez-vous au centre-ville devant la mairie Centrale de Ouagadougou. C’est le point Zéro de la capitale. Dans leur démarche, les initiateurs de la marche comptent rallier le carrefour de la télévision Bf1 dans le quartier Ouaga 2000.  

Il était 6h12 (GMT) quand le premier des marcheurs est arrivé sur le lieu du rendez-vous, ce mardi matin. Habillé en survêtement et en basket, il annonce ainsi la marche sur une distance d’une dizaine de kilomètres, qu’une vingtaine de personnes vont parcourir en marche de relai.

Pour la bonne cause, aucun sacrifice n’est de trop. C’est du moins ce qu’ont démontré, ce jour, ces jeunes marcheurs qui ont bravé la chaleur de Ouagadougou en parcourant les artères de la ville. Sur la dizaine de kilomètres, des points de relais ont été identifiés et sur chaque tronçon, une personne est responsabilisée pour accomplir la marche. Mais certaines personnes ont souhaité parcourir entièrement la dizaine de kilomètres. 

Photo de famille des marcheurs Ph. Daouda ZONGO @wakatsera.com

6h50 (GMT). Le top départ de la marche est donné autour de la Place des cinéastes. Les points de relais également. Il s’agit de la place du Mogho Naaba, du Jardin de l’Unité africaine, du Rond-point de la Patte d’Oie, de l’Alimentation Bon Samaritin, de Palace Hôtel, du Restaurant la Perle avant de rejoindre le carrefour de la télévision Bf1.

Avec entrain, les premiers marcheurs se lancent. Au bout de quelques minutes de marche, les effets de la canicule se font ressentir. Les visages luisent de sueur et de fatigue, mais la noblesse de l’acte se présente à eux comme un opium qui les pousse à aller de l’avant pour l’accomplissement de leur projet.

Ismaël Zéba, arborant un tee-shirt à l’effigie du leader de la Révolution d’août 83, Thomas Sankara sur un tronc d’un baobab, est la deuxième personne à prendre le relai de la marche. Un acte qu’il accomplit avec plaisir au profit des personnes souffrant d’insuffisance rénale et sous dialyse.

Au fur et à mesure que la distance s’allonge, les rayons du soleil accentuent leur descente sur le bitume déjà réchauffé à bloc. La motivation est réelle et chaque marcheur y met du sien. C’est le cas de Hervé Wébaléna Oussalé qui justifie sa présence par le fait qu’il s’agit d’un acte noble. « Toute lutte qui est noble, moi je suis dedans », dit-il dans un français approximatif. Pour lui, l’insuffisance rénale, « ça n’arrive pas qu’aux autres ». Aussi, dit-il, « s’il y a une lutte, il faut lutter pour le bien de tous ». 

Durant leur chemin de croix pour attirer l’attention des autorités politiques en particulier et des Burkinabè en général sur la vie difficile des personnes souffrant d’insuffisance rénale et les difficultés quant à leur prise en charge, les marcheurs sont de temps à temps ravitaillés en eau par d’autres membres initiateurs de l’activité qui suivaient en moto.

Yiyé Constant Bazié, initiateur de la marche Ph. Daouda ZONGO @wakatsera.com.jpg

Après les différents relais, le groupe est enfin au point final à 8h57 (GMT). Les congratulations affluent entre marcheurs. A l’ombre d’un arbre au bord de l’Avenue Pascal Zagré, se tient Yiyé Constant Bazié, conseiller municipal et initiateur de la présente marche d’interpellation. Il revient sur les motivations de cette action et le modèle d’organisation.

« Nous l’avons voulu symbolique. Sur chaque tronçon, nous avons responsabilisé juste une personne. Il y a aussi des gens qui sont en train de marcher à Pô, à Nouna, à Bobo-Doulasso, à Manhattan aux Etats unis », a affirmé Yiyé Constant Bazié, l’initiateur de la marche.

Pour le conseiller municipal, cette marche vise non seulement à soutenir ces personnes souffrant d’insuffisance rénale et les personnes sous dialyse, mais aussi à interpeler les citoyens et les autorités sur le cas de ces malades qui, souvent, peinent à se faire prendre en charge.

Sensibles à cette marque de soutien, les concernées, c’est-à-dire, les personnes souffrant d’insuffisance rénale ont également tenu à apporter leur pierre. C’est le cas de Béatrice Soubeiga, une dialysée. Suivant les marcheurs à moto, elle a apprécié cette initiative qui vise à les soutenir. « Je suis pratiquement sans mot. C’est louable. C’est noble », soutient-elle, souhaitant que « Dieu bénisse les marcheurs qui ont pensé aux malades d’insuffisance rénale».

L’insuffisance rénale est une maladie peu connue au Burkina Faso. Il s’agit d’une diminution des capacités de la fonction rénale. Cela se traduit par la rétention de certains déchets tels que l’acide urique, l’urée, la créatine. Les principales causes de cette maladie sont le diabète, l’hypertension artérielle, l’alcool, la cigarette. On distingue deux types d’insuffisances rénales. Il y a l’insuffisance rénale chronique et l’insuffisance rénale aiguë.

La prise en charge de cette maladie qui doit passer par la dialyse, n’est pas chose aisée au Burkina Faso. Il s’agit donc d’une maladie qui coûte extrêmement cher pour les malades. Dans le privé, une séance de dialyse coûte 90.000 F CFA alors que selon les médecins, il faut une routine de trois séances par semaines.

Dans le public, une subvention existe pour soutenir les malades. Chaque patient doit déposer une caution de 500.000 F CFA avant d’avoir accès au lit de dialyse. Mais les ordonnances sont laissées à la charge du patient.

Ainsi, cette marche d’interpellation du conseiller Yiyé Constant Bazié et ses amis visent à attirer l’attention des autorités sur la cherté de la prise en charge d’une part et à attirer l’attention des citoyens sur l’existence de la maladie afin de l’éviter.

Par Daouda ZONGO

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