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JJ Rawlings, démon et ange

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Le salut des grands hommes (Ph. d'illustration: bbc.com)

John Jerry Rawlings est décédé, ce 12 novembre 2020. Comme une trainée de poudre, la nouvelle s’est répandue dans le monde entier, grâce à la magie des réseaux sociaux, pendant que nombre de personnes en doutaient encore. Par ce printemps de l’infox, ce genre d’information est, en effet, prise avec des pincettes. Mais les Saints Thomas étaient nombreux, parce que l’homme qui est parti, était devenu comme un immortel. Il est d’ailleurs immortel, non pas seulement parce que en Afrique, «les morts ne sont pas morts», comme le clamait le poète Birago Diop, mais parce que l’illustre disparu, est une figure incontournable de l’histoire contemporaine du Ghana, dont une longue page vient de se refermer avec sa mort.

«JJ» comme on l’appelle familièrement et avec admiration, fait partie de ce cercle restreint de personnes dont l’aura prend du volume, même quand elles essaient de se faire discrètes. Rien qu’en accomplissant un acte de tous les jours, comme aider des ouvriers en jetant une pelletée de sable, ou rendre la circulation fluide dans les éternels «go slow» d’Accra, une capitale ghanéenne où les bouchons font partie du quotidien, du fait des nombreux véhicules de particuliers, mais aussi des «tro tro», ces moyens de transport en commun très prisés par les populations, Jerry Rawlings enflamme la toile. Comme on le dit trivialement, tu l’aimes, ou tu ne l’aimes pas, l’ancien président ghanéen ne laisse pas indifférent.

Devenu orphelin à 73 ans, Maman JJ, Victoire Agbotui, n’ayant été arrachée à l’affection des siens, que le jeudi 24 septembre dernier, le panafricaniste jusqu’au bout des ongles, a juste eu le temps de refermer la tombe de celle qui fut un important pilier dans sa vie, ce 24 octobre, avant de pousser, lui-même, son dernier souffle, emporté par des complications dues au Covid-19. Comme si la grande faucheuse a choisi d’aligner ces «soldats de la démocratie» sur son calepin riche de tous les noms des humains, elle vient donc d’appeler John Jerry Rawlings, alors que les Maliens n’ont pas fini de pleurer, Amadou Toumani Touré, ATT, dont le destin et celui du Ghanéen, se croisent sur bien des points.

En effet, JJ n’est autre que celui qui, à 32 ans, a fait son premier coup d’Etat, le 15 mai 1979, couronné d’échec, mais qui annonçait  le «bon», celui du 4 juin de la même année, qui a renversé le  lieutenant-général Frederick William Kwasi Akuffo, avant de remettre le pouvoir aux civils dans la foulée. En bon récidiviste, et urtiqué par le régime de Hilla Limann qu’il a qualifié de corrompu, le «putschiste en chef», est repassé à l’acte, le 31 décembre 1981. Mais, cette fois-ci, après avoir balayé la maison, il a préféré s’y installer lui-même. Toutefois, les grands hommes, de la même trempe que son ami, Thomas Sankara, le père de la révolution burkinabè du 4 août 1983, étant toujours mus par une vision pour leur pays, le pilote de chasse, se débarrassa du «kaki» et des galons en 1992, pour ouvrir la voie du multipartisme pour son pays.

JJ, ange ou démon? En tout cas, même s’il a accroché à son tableau de chasse, trois coups d’Etat, dont deux réussis, et ne fait pas l’unanimité dans le concert des hommes toujours bons, John Jerry Rawlings qui s’est refait une virginité, à deux reprises par les urnes, en 1992 et en 1996, est bien celui qui a engagé le Ghana sur les chemins difficiles de la démocratie. Il a, d’ailleurs résisté au charme du troisième mandat de tous les dangers, en cédant le pouvoir, au terme de son second mandat constitutionnel. C’est dire combien des anciens opposants comme l’Ivoirien Alassane Dramane Ouattara et le Guinéen Alpha Condé, avaient à apprendre du regretté Rawlings, ce qui aurait pu les empêcher, en s’accrochant au pouvoir, de faire sombrer leurs pays dans des violences meurtrières.

Donc s’il a été démon, JJ est bien devenu cet ange que tous pleurent aujourd’hui sur le continent noir. Et le deuil national de sept jours, décrété par son pays pour honorer sa mémoire, ne sera que l’occasion de perpétuer l’héritage démocratique inestimable, laissé par Jeremiah Rawlings John, dans une Afrique où les dirigeants prédateurs, de plus en plus, prennent la place, et toute la place.

Par Wakat Séra

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