Accueil A la une Lutte anti-terrorisme: «Les Africains doivent définir leurs propres stratégies de lutte»

Lutte anti-terrorisme: «Les Africains doivent définir leurs propres stratégies de lutte»

Sahel Force Conjointe (Photo d'illustration)

Ceci est une analyse du Professeur titulaire d’histoire des relations internationales, Moritié Camara, sur la situation sécuritaire, notamment la lutte contre le djihadisme, dans le Sahel particulièrement, et en Afrique en général. Il estime selon-lui, que dans la lutte contre le terrorisme, les Africains sont tenus de «définir leurs propres stratégies de lutte», œuvrer à faire sortir le continent à «la traine des autres» sur tous les plans et pour cela ils doivent d’abord «savoir qui est l’ennemi et quelles sont ses prétentions et ses attentes».

Les Africains doivent eux-mêmes définir leurs propres stratégies de lutte contre les Djihadistes suivant leur propre agenda. Il faut pour cela dépasser le complexe installé dans leur subconscient par le volet psychologique de la colonisation qui les prédispose à ne donner du crédit qu’aux préconisations des « Blancs ». Il faut pouvoir dire les choses telles qu’elles sont et non continuer à se voiler la face alors que le substrat de tous les problèmes de l’Afrique réside prioritairement dans sa propension à se laisser porter par les évènements et attendre que la solution vienne du dehors.

Cela a toujours laissé le continent à la traîne des autres sur les plans politique, économique, culturel et humain et justifie légitimement la sentence d’un Nicolas Sarkozy qui affirme sans rire que « l’Afrique n’est pas suffisamment rentrée dans l’Histoire ». Il s’agit donc de présenter notre apport à la civilisation universelle et à la gestion des défis nombreux et diversifiés auxquels le monde d’aujourd’hui doit faire face parmi lesquels le terrorisme islamiste.

Le terrorisme islamiste est un phénomène importé et suscité sur notre continent. Depuis le Xe siècle, l’Islam participe à la régulation de la vie sociale et politique de nombreuses contrées africaines et a été assimilé par les populations concernées qui se le sont appropriés totalement. Les Africains ont pris également une part importante dans l’Islamisation du continent. De ce fait, la transformation des mœurs des populations pour se conformer au dogme islamique fut un processus endogène au point de déteindre complètement sur la culture des gens aussi bien en ce qui concerne le statut personnel des individus que de leur rapport à la société. L’Islam s’est adaptée aux réalités africaines et les Africains ont adopté le mode de vie musulman. Il y a donc une juxtaposition des deux cultures qui n’a cependant pas empêché une interpénétration au point que l’Islam soit devenu pour les Africains un élément interne de civilisation.

L’Islam en Afrique noire s’est donc toujours distingué par sa tolérance, son ouverture et son caractère pacifique. Les violences auxquelles on assiste depuis ces dernières décennies sur le continent et qui sont insidieusement réputées être commises au nom de l’Islam, sont étrangères aux mœurs des musulmans de l’Afrique noire et ont été importées depuis le Moyen-Orient à travers la diffusion de l’idéologie salafiste inspirée du wahhabisme et de l’Afrique du nord notamment après la guerre civile algérienne des années 1990. Les groupes djihadistes qui ont été mis en déroute en Algérie, trouvent en effet dans la bande sahélienne un havre de paix et de prospérité. Très vite des pays comme le Mali, le Niger, le Tchad, le Nigeria et la Somalie sont infiltrés et produisent à leur tour des djihadistes qui entreprennent d’irradier les autres pays comme le Burkina Faso, le Cameroun.

Ces entrepreneurs de la mort n’ont aucun contentieux politique ou autre avec les populations de l’Afrique noire qui ne sont en rien comptables d’aucun des ferments de leurs mobilisations à savoir l’occidentalisation de la civilisation universelle ou encore le conflit en Palestine. L’Afrique noire est donc devenue, à défaut et à son corps défendant, le théâtre d’un « conflit » auquel elle est totalement étrangère. Dès lors, si le terrorisme islamiste est devenu aujourd’hui une réalité en Afrique noire avec son cortège de morts et de destructions, il importe que les Africains refusent de s’accommoder de cette présence et de vivre avec comme ils vivent avec le paludisme. Ils doivent l’éradiquer comme des mauvaises herbes qui poussent dans leurs champs.

Le continent qui souffre déjà de son immense retard sur le plan de son développement et de vingt et cent autres maux, ne peut se payer le luxe de mettre toute son énergie et ses maigres ressources dans une guerre de cent ans. Il faut donc inscrire cette lutte dans le temps court et la mener avec détermination et une fermeté intransigeante et sans calculs autre que celui de mettre fin aux massacres de populations innocentes auxquels on assiste dans des pays comme le Niger, le Mali ou encore le Burkina Faso et passer à autre chose le plus vite possible. Dans cette lutte, l’Afrique a certainement besoin de l’appui de la communauté internationale et notamment des puissances militaires occidentales. Cependant, c’est à elle de définir son agenda et sa stratégie conformément à son histoire et à la priorité de ses propres intérêts. Un dicton Agni dit que c’est celui qui est le plus proche du feu qui en ressent les brûlures.

Les grandes puissances qui sont engagées dans des pays africains pour lutter contre les djihadistes poursuivent d’abord leurs propres intérêts avant ceux de ces derniers. Lorsque des vies sont détruites par centaines toutes les semaines, il faut savoir arrêter de réécrire l’Histoire pour ne pas avoir à l’assumer et dire les choses clairement.

Les pays n’ont pas d’amis mais des intérêts à protéger et à promouvoir, disait le Général De Gaulle. Personne ne dénie l’importance de l’aide que lui apportent « ses amis », cependant il faut se demander si ces derniers peuvent accepter la présence de groupes djihadistes sur un pan de leur propre territoire pendant des années voire des décennies. Cela est bien entendu impensable.

Dès lors, lorsque « leurs experts » expliquent que dans le cas du Mali, du Burkina Faso ou encore du Nigeria c’est une lutte de longue haleine, le message subliminal est qu’il faudrait vivre avec. Toutes choses que les Africains doivent refuser désormais. Lorsqu’il y a un attentat terroriste en Occident, toute la vie s’y arrête le temps de mettre la main sur les responsables et leurs complices dont certains sont poursuivis à des milliers de kilomètres dans d’autres pays. Les Américains ont modifié le corpus du droit international et des pratiques politiques, humanitaires et diplomatiques du monde pour répondre aux attentats du 11 septembre 2001. La communauté internationale et les associations ont pu penser ce qu’elles ont pensé, mais le gouvernement américain a eu bon jeu d’opiner qu’il protègera son peuple et son territoire par tous les moyens contre le fléau du terrorisme et c’est légitime.

Voici la détermination dont les dirigeants africains doivent être aminés pour sortir le continent de ce mauvais rêve dans lequel il ne saurait durer. Ces dirigeants se sont rendus en France toute affaire cessante, pour pleurer les 12 personnes tuées en janvier 2015 dans les attaques qui ont visé le magazine « Charlie Hebdo ». Ce geste même s’il a été légitimement moqué et très mal perçu par la grande majorité de l’opinion africaine, est louable car conforme à la tradition de compassion des Africains. Il est attendu maintenant qu’ils manifestent cette même compassion pour leurs propres populations réellement innocentes et qui tombent par centaines chaque mois sous les balles des terroristes.

Que doivent-ils faire concrètement ?

D’abord savoir qui est l’ennemi et quelles sont ses prétentions et ses attentes. Il s’agit en effet de savoir si tous ceux qui sont qualifiés de djihadistes dans les discours publics le sont réellement et pourquoi ils s’en prennent aux populations innocentes. Cela aura l’avantage de comprendre les motivations et les enjeux qui fondent la posture de tous les protagonistes aussi bien ceux réputés djihadistes que ceux engagés dans la lutte contre eux. Il s’agit de ne pas se tromper de combat, donc de mener le bon. Un médecin aura plus de chance de soigner un mal que quand son diagnostic aura été correctement établi.

Dans le cas du Mali et du Sahel notamment, cette clarification a son importance et elle est capitale pour ne pas s’engager dans une guerre sans fin avec des agendas cachés.

En effet, bien avant l’irruption des combattants islamistes chassés d’Algérie, la bande sahélienne de par son immensité était une zone de trafics par excellence et un désert de quiétude pour le crime organisé : drogue d’Amérique du sud, médicaments et cigarettes de contrebandes y circulaient sur des boulevards de sables avant de rejoindre leurs destinations finales.

L’argent ne circulant pas régulièrement dans la zone, les nomades notamment Peulhs qui s’y trouvent, ont appris à tirer profit de ces trafics qui les faisaient vivre. Aujourd’hui, ils sont régulièrement mis en cause dans les massacres au nord du Burkina Faso.

Autres acteurs, les Touaregs. En effet, les autorités de Bamako depuis l’indépendance du Mali, sont confrontées à la défiance des Touaregs arabophones du nord du pays qui réclament leur détachement pour fonder la République de l’Azawad. Ces Touaregs du Mali et du Niger ont toujours été soutenus et financés par le Colonel Kadhafi et beaucoup étaient intégrés dans l’armée régulière libyenne. Ces derniers ont été rejoints ensuite par de milliers d’autres utilisés comme mercenaires par le « Guide » libyen pour faire face au soulèvement populaire de 2011. Lorsque les avions de l’Otan ont détruit le régime de Kadhafi, ce sont donc des milliers de soldats et de combattants Touaregs qui reviennent au Mali et au Niger avec les armes prises dans les magasins de Kadhafi.

Les troisièmes acteurs sont les véritables djihadistes, reliquat de la guerre civile algérienne et très minoritaires parmi tous ceux qui s’agitent dans la zone.

Voici les trois catégories d’acteurs qui sont actifs dans le Sahel et que l’on nomme à tort ou à raison djihadistes. Surtout que pour leurs intérêts, ils peuvent l’être sur le moment et sur l’heure.

Cependant, vouloir combattre indistinctement tout ce monde en un bloc, expose toute armée, quelle que soit sa puissance, à faire un remake de la guerre de cent ans et « les experts occidentaux » ont raison de le répéter comme un mantra pour justifier la présence de leurs troupes dans la zone. Sauf que les pays africains qui ne peuvent pas se permettre une guerre sans fin ne sont pas obligés de voir les choses de la même manière. Loin s’en faut.

Ce qui est avant tout en question, c’est une lutte de territoire qui oppose tous les protagonistes sans exception et c’est sous cet angle qu’il faut envisager la question des troubles au Sahel et ses enjeux.

Premièrement, pour tous les acteurs qui se trouvent du mauvais côté de l’Histoire du fait des actes répréhensibles qu’ils posent ainsi que de leur connexion avec les réseaux du crime organisé mondial et qui se protègent et se renforcent mutuellement, il s’agit avant tout de créer les conditions de quiétude pour mener sans entraves leurs petites affaires.

En effet, les combattants islamistes chassés de l’Algérie ne survivent dans le désert qu’en offrant leurs services aux divers trafiquants qui hantent la zone. Pour boucler leurs fins du mois, ils sont également réduits à prendre des otages et réclamer des rançons pour leur libération. Ils sont ultra minoritaires parmi les acteurs en présence et leur but n’a jamais été de conquérir un pays pour y appliquer la loi de Dieu malgré les déclarations qui valent ce qu’elles valent et rien de plus.

Ensuite il y a les nomades peulhs qui vivent depuis très longtemps de trafics et de contrebandes divers que la présence des contingents militaires perturbe. Ces derniers se transforment donc au moment et à l’heure en djihadistes afin de pousser les autorités étatiques à leur abandonner des pans entiers de territoires pour faire prospérer leurs combines mafieuses. C’est sous ce prisme qu’il faut comprendre la présence qualifiée de disproportionnée car massif des Peulhs dans les mouvements se réclamant du Djihad aussi bien au Mali, au Burkina Faso qu’au Niger.

En effet, après avoir constitué le noyau central du MUJAO (Mouvement pour l’Unicité et le Jihad en Afrique de l’Ouest crée en 2011 par le Mauritanien Hamada Ould Mohamed Kheirou), ces éléments peuls vont très vite prendre leurs distances comme pour pouvoir être les maitres de leur agenda en créant des Katibas (divisions) djihadistes au Mali ( Le Front de libération du Macina dirigé par le prêcheur Hamadoun Koufa), au Burkina Faso (Ansaroul Islam fondé par l’imam Ibrahim Malam Dicko) et au Niger (L’Etat Islamique du Grand Sahara). Ces groupes sont très actifs et responsables de la plupart des massacres qui ont pour épicentre la région des « trois frontières Mali-Burkina Faso-Niger » au point que des commentateurs parlent plus volontiers de « djihadisme peul » ou une « rébellion peule » qu’autre chose.

Enfin, la troisième composante de ce premier type d’acteurs est constituée par les Touaregs dont la revendication est ancienne et n’a rien à voir avec l’institution du royaume de Dieu sur terre, même s’ils portent souvent la casquette de djihadistes. Le territoire qu’ils revendiquent (l’Azawad) fait 822.000 Km2 sur les 1.241.238 que compte le Mali, soit plus de 2/3 de la superficie du pays. C’est dans cette zone que se trouvent tous les groupes armés, criminels et djihadistes que combattent les militaires maliens et étrangers depuis près de 10 ans maintenant.

Les Touaregs sont donc très importants dans l’équation djihadiste au Sahel, à la fois comme soutien des groupes terroristes et mafieux et comme combattants aguerris. Mais, vu que leur revendication première, ancienne et constante qui porte sur leur désir indépendance ou autonomie vis-à-vis du gouvernement de Bamako peut être prise en considération sur le plan politique et juridique dans des négociations comme cela a été le cas au Niger dans les années 1990 (et qui a abouti à la paix des braves en 1995 entre rebelles et gouvernement), il faut les isoler des deux premiers groupes aux motivations essentiellement criminelles et mafieuses.

Des négociations ont eu lieu dès 2013 entre le gouvernement malien et le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), mais portait essentiellement sur le statut de la ville de Kidal où les militaires français étaient présents et dont le mouvement refusait l’accès à l’armée malienne. L’accord d’Alger de 2015 signé en deux temps, d’abord le 15 mai par le Gouvernement Malien, l’Algérie, la Mauritanie, le Burkina Faso, le Niger, le Nigeria, le Tchad, la France et les Organisations Internationales : CEDEAO, ONU, UE, UA et OCI et ensuite le 20 juin par la Coordination des Mouvements de l’Azawad soumise à de fortes pressions politiques, diplomatiques et militaires, ne semble pas satisfaisant. Loin s’en faut.

En effet, cet accord salué par la communauté internationale dont on connaît la dextérité en alchimie politique et diplomatique pour déplacer les problèmes en lieu et place de les régler, ne satisfait ni le gouvernement malien qui murmure que cela constitue une partition du fait du pays, ni les différents groupes de l’Azawad dont il ne prend pas en compte les principales revendications. Il faut savoir que la Coordination des Mouvements de l’Azawad (CMA), présentait en son sein des divergences très marquées que personne n’a pris la peine d’aplanir avant de forcer ses responsables à signer. Ils y avaient en effet, les indépendantistes, les unionistes, les thuriféraires des djihadistes et les petites mains des narcotrafiquants auxquels il fallait ajouter les groupes ethniques d’autodéfense à la solde de Bamako. Comme on le dit dans les milieux diplomatiques, un accord obtenu par la contrainte n’est pas un véritable accord et les principaux concernés le vivent ainsi.

Il faut donc sans délai ni pré-condition, ouvrir de véritables négociations avec les Touaregs. Le Colonel au pouvoir à Bamako semble avoir compris cela lorsqu’il a reçu dans son bureau le 4 juin 2021, les responsables de la Coordination des Mouvements de l’Azawad.

Dans cette lutte de territoire nous avons du bon côté de l’Histoire le Mali, les autres pays notamment ceux du G5 Sahel et surtout la France.

La quête de Bamako de déployer son empire sur l’étendue de son territoire hérité de la colonisation est légitime. Cependant, les gouvernements d’Amadou Toumani Touré et d’Ibrahim Boubacar Keita n’ont pas donné l’impression que cette quête était prioritaire pour eux, d’où d’ailleurs leurs renversements par les militaires de la seule et même caserne de Kati, poussés dans le dos par une population à bout de nerfs face à une situation qui s’éternise.

La mise en place du G5 Sahel a donc pour entre autres objectifs de mutualiser les efforts des armées africaines pour mener le combat de la libération du Sahel des groupes djihadistes et du crime organisé international. Sachant qu’une addition de faiblesses ne donne pas une force, ces pays ont donc besoin de l’appui de puissances militaires comme la France. Mais le hic, c’est que toutes ces armées ne travaillent pas en collaboration mais sous la direction de la France.

C’est donc la France qui définit les stratégies et distribue les rôles, mais quel est son rôle ? Le véritable objectif de la France dans cette lutte pose question aussi bien en France dans une opinion publique qui ne comprend pas pourquoi des soldats français (une cinquantaine en 8 ans de guerre) sont tués au Mali et veut que le gouvernement lui explique.

Cette volonté de comprendre les raisons de l’engagement français au Sahel trouve un écho jusqu’à sur les bancs du Parlement français où le leader de la France insoumise s’interroge sur la transformation de « l’opération Serval » qui avait eu l’aval des parlementaires pour porter main forte au militaires maliens face à la fulgurante offensive des djihadistes en 2012, en « l’opération Barkhane » qui a un champ d’action étendu à plusieurs pays du sahel et dont les députés français ignorent les objectifs.

Au Mali également et un peu partout en Afrique, l’opinion publique ne voit pas d’un très bon œil cette intervention française et soupçonne à tort ou à raison la France d’avoir un agenda caché de ce pays. Cette présence constitue également un catalyseur pour les groupes armés qui ont beau jeu de la présenter comme celle d’une force d’occupation. Les derniers soubresauts au Mali ont fini semble-il de convaincre les autorités françaises de l’impopularité de leur présence militaire au Sahel que l’annonce du Président Emmanuel Macron sur la fin de l’opération militaire Barkhane vient simplement confirmer.

Tout cela sonne et résonne comme une invitation faite aux Africains à prendre eux-mêmes en main la conduite de la pacification de la bande sahélo saharienne dont le désordre menace de s’entendre sur tout le continent.

Pour cela, les dirigeants doivent garder à l’esprit que ces renégats utilisent insidieusement l’Islam comme moteur de mobilisation et de javellisation des esprits des populations qui se laissent embobinées ou enrôlées dans leurs causes dont elles ignorent les véritables tenants et aboutissants.

Dans leur approche du problème du djihadisme et de la radicalisation en général, les stratèges africains doivent tirer leçon de l’Histoire et se convaincre qu’une idéologie quelle qu’elle soit, ne se combat efficacement que par une autre idéologie et non uniquement par la force militaire. Le bloc soviétique ne s’est pas effondré sous les bombes des occidentaux mais par l’attrait du monde de vie occidentale sur les populations vivant sous son empire.

Les Etats-Unis après 20 ans de lutte contre les talibans, le largage de millions de tonnes de bombes sur ce pays et des centaines de milliers de morts, sont aujourd’hui à négocier avec les talibans qui n’ont jamais été aussi forts qu’actuellement où ils contrôlent plus de la moitié du pays. Sur le continent même, la lutte contre les djihadistes initialement installés dans le nord du Mali s’éternise et ces derniers se sont même diffusés au Burkina Faso où ils tuent plus qu’au Mali ces derniers temps. Nul besoin d’avoir fréquenté les meilleures universités et écoles stratégies de la Terre et de Mars pour affirmer que cette méthode ne marche pas.

La limite de la stratégie du tout militaire est encore plus probante lorsqu’on voit l’âge des djihadistes qui passent à l’action. Ils sont tous jeunes aux environs de la vingtaine et souvent bien en dessous. C’est-à-dire beaucoup n’étaient pas encore nés ou étaient en couche-culotte lors des attentats du 11 septembre 2011 et le déclenchement de la guerre mondiale contre le terrorisme. Il y a donc un continuum et une pépinière importante dont personne ne s’occupe et pourtant.

Le meilleur exemple de la combinaison de la force avec la prise en compte de la pédagogie, reste à ce jour celui de Kadhafi, le seul dirigeant arabe ayant réussi à éradiquer totalement la dissidence islamiste dans son pays. Convaincu qu’une idéologie se combat avant tout par une autre idéologie, Kadhafi à côté de l’utilisation de la force militaire, a entrepris de délégitimer les enseignements des références et soutiens intellectuels des djihadistes en produisant un contre-enseignement tiré de sa propre interprétation du Coran.

Le djihadisme tire sa justification intellectuelle du salafisme qui est une expression virulente du wahhâbisme. Le wahhâbisme étant lui-même une interprétation subjective du Coran réalisée par Mohammed ben Abdelwahhab au 18ème siècle, c’est-à-dire plus de 11 siècles après la révélation du saint Coran. S’il se pose comme légitime de le faire n’importe qui d’autre peut également avoir sa propre conception du Coran et l’opposer à la sienne. C’est ce que Kadhafi a fait à travers son livre vert en se posant comme l’Islamiste en Chef, délégitimant ainsi les autres notamment regroupés au sein du Groupe Islamique Combattant Libyen, décimé et jeté hors des frontières du pays en 1998.

Soixante ans après les indépendances, on peut légitimement considérer que l’ombre s’est faite humaine et que les Africains peuvent et doivent définir eux-mêmes leurs priorités et les mener à bon port suivant leur propre agenda. Le défi djihadiste et mafieux du sahel est un exemple cas pratique pour le prouver que les gouvernements africains travaillent d’abord et avant tout pour les intérêts des populations dont ils affirment vouloir guider le destin vers le développement et l’épanouissement.

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