Accueil A la une Lutte contre le djihadisme: IBK a-t-il trouvé la bonne voie?

Lutte contre le djihadisme: IBK a-t-il trouvé la bonne voie?

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La lutte contre le terrorisme telle que menée au Sahel a montré ses limites (Ph. france24.com)

C’était officiel et c’est confirmé! Depuis Addis-Abeba où il se trouvait pour le 33è sommet de l’Union Africaine qui vient de baisser rideau, le chef de l’Etat malien a annoncé, pour la première fois, lors d’un entretien accordé à nos confrères de RFI et France 24, un dialogue avec les chefs jihadistes, Iyad Ag Ghaly et Amadou Koufa. Le président Ibrahim Boubacar Keïta confirme ainsi la volonté de son pays de mettre en œuvre, tous les voies et moyens pour ramener la paix dans un Mali morcelé et qui pleure, presqu’au quotidien, la mort de ses fils et filles qui tombent sous les balles assassines des terroristes. A chaud, IBK a également révélé que l’armée malienne retournerait à Kidal, ville du nord du Mali, jusque-là mise sous coupe réglée par les jihadistes qui en ont fait leur territoire, où ils règnent sans partage depuis six ans. Et comme si la machine avait déjà été mise en marche, l’armée malienne a, selon une information RFI, initié sa marche de retour vers Kidal. Un chef ne parle pas dans le vide, comme le dit l’adage sous les tropiques. Si tout se déroule normalement, comme le prévoit le plan IBK, les retrouvailles entre la population de Kidal et «ses» militaires, une armée dite «reconstituée» devraient être effectives d’ici à vendredi prochain.

Certes, des revirements et des rebondissements malheureux pourraient pousser sur le chemin difficile vers la paix que vient d’emprunter le Mali, visiblement tourné vers le dialogue inclusif et la cohésion nationale. Mais, comme l’a dit et redit le premier des Maliens, il importe d’explorer toutes les pistes, dont celle de prendre langue avec les jihadistes qui, du reste sont, pour la plupart, en tout cas en ce qui concerne les deux chefs jihadistes courtisés, des enfants du Mali. Il faut le dire, l’expérience de ramener des chefs jihadistes comme notamment Iyad Ag Ghali dans la République n’est pas totalement inédite. En effet, l’histoire tumultueuse de ce chef de guerre touareg natif de Boghassa au Mali, l’a poussé à fuir son pays, dans les années 1970, pour se retrouver en Libye, au sein des troupes du colonel Kadhafi. Ses traces ont également été retrouvées au Liban et au Tchad où il a guerroyé, avant de revenir au bercail, non pas pour se la couler douce, mais pour engager la rébellion touarègue de 1990-1006. Avec deux groupes qu’il a fondés et dirigés, d’abord le Mouvement populaire pour la libération de l’Azawad (MPLA) et ensuite le Mouvement populaire de l’Azawad (MPA), le sexagénaire (62 ans) a été sur tous les fronts, avant de fumer le calumet de la paix en 1992 avec l’Etat malien qu’il a rallié dans la foulée. Mais l’habitude étant une seconde nature, Iyad Ag Ghali a repris les armes, braqué par l’islamisme. Aujourd’hui, si le dialogue aboutit, celui qui est à la tête du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) depuis 2017, groupe qui sème la mort et la désolation dans les pays du Sahel africain, se repentira-t-il de nouveau pour de bon? Iyad Ag Ghali et Amadou Koufa retourneront-ils dans les rangs du bien après avoir fait couler tant de sang de populations civiles et de militaires? Question!

Toutefois, le jeu d’essayer de discuter avec les chefs jihadistes pour tenter de ramener la paix dans le Sahel décimé par les attaques terroristes, en vaut la chandelle. Surtout que les Américains parlent plus en plus de l’allègement de leur dispositif militaire en Afrique et que dans le même temps, la force conjointe du G5 Sahel constituée par le Mali, le Niger, le Burkina Faso, le Tchad et la Mauritanie, dépourvue du nerf de la guerre se cherche, au vrai sens du mot. Quand à la Force française Barkhane, victime aujourd’hui d’un fort sentiment français qui a envahi des pays sahéliens comme le Mali, le Burkina et le Niger, et accusée, à tort ou à raison, de favoriser la progression du jihadisme, elle ne pourra jamais, seule, venir à bout de l’hydre terroriste. Les autres pays, marcheront-ils dans les pas de Ibrahim Boubacar Keïta, pour négocier officiellement avec les chefs jihadistes? Ça, ce sera une autre paire de manches, car toute marche solitaire dans ce sens épargnerait peut-être le Mali des attaques meurtrières, mais soumettrait ses voisins et même les autres pays non sahéliens de l’Afrique de l’ouest à la vindicte jhadiste.

Par Wakat Séra

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