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Macron-Le Pen: on peut faire ça à l’Afrique?

Les deux candidats à la présidentielle française ont manifestement largué l'Afrique dans le débat (Ph. lejdd.fr)

Quelques secondes et puis c’est tout! C’est juste le temps qu’ont bien voulu consacrer à l’Afrique, les deux candidats de la présidentielle française, dont le second tour est prévu pour ce dimanche. Dans un match retour dont l’aller s’est joué en 2017 sur le même terrain, les mêmes deux finalistes qui ont évolué, cette fois-ci, dans un registre de jeu plus posé, ont livré un duel de trois heures presque sans saveur. Certes, le score a nettement été en faveur d’un Emmanuel Macron qui est descendu dans l’arène, non seulement pour défendre son mandat, mais également pour détricoter le programme d’une Marine Le Pen sans bagout. Les deux finalistes n’ont guère eu le temps de parler de l’Afrique!

«Un continent auquel je tiens», n’a pourtant pas manqué de s’écrier le président français sortant, lorsque sa challenger a rappelé, au détour d’une séquence du débat sur la politique internationale, que l’Afrique et le Sahel, ont été royalement, ou alors, présidentiellement, ignorés dans la joute pourtant préparée et peaufinée depuis des jours! Mais le fait, qui montre, en réalité, le peu d’intérêt que les politiciens français, qu’ils soient de la Droite ou de la Gauche, ou encore des deux Extrêmes, ont pour l’Afrique, n’a, sans doute, rencontré que l’indifférence des Africains!

En tout cas, ayant déjà manifesté un désintérêt notoire pour le premier round de cette élection présidentielle qu’ils considèrent désormais comme une affaire franco-française, les Africains ne lui ont pas accordé cette passion légendaire qui leur faisait passer la nuit, éveillés, les yeux rivés sur l’évolution des votes, du début jusqu’à la proclamation des derniers chiffres vomis par les urnes. Le débat de ce mercredi a connu le même sort dans la plupart des pays. En Côte d’Ivoire, les Ivoiriens étaient davantage intéressés par la prochaine élection du président de leur fédération de football, prévue pour ce samedi, et la formation du nouveau gouvernement resserré rendu public ce mercredi.

Au Burkina, les populations, suite à une folle journée, ce mardi, de course au carburant à cause d’une pénurie vraie ou suscitée, avaient les yeux sur les réservoirs de leurs véhicules, deux ou quatre roues, et les oreilles tendues vers le palais présidentiel où se tenait ce mercredi, l’hebdomadaire conseil des ministres. Les Sénégalais, eux étaient occupés par ce qui est devenu «l’affaire Astou Sokhna» du nom de cette brave dame, morte en voulant donner la vie. Au Niger, c’est la chasse aux voleurs du peuple, engagée par le pouvoir de Mohamed Bazoum qui vient de mettre en joue, un ministre accusé de détournement de 3 milliards de francs CFA de deniers publics avant son entrée au gouvernement, et incarcéré à la prison de Kollo, qui est d’actualité.

Comme quoi, chacun avec ses problèmes, comme on le dit trivialement. De toute évidence, il s’impose désormais un changement de paradigmes entre l’Afrique et ses partenaires étrangers. On va, assurément, vers la fin de l’amour transi entre l’ancien colonisateur et ce qui lui reste de son pré-carré. En attendant donc que les urnes livrent leur verdict ce dimanche, les Africains savent certainement que le vainqueur, qu’il soit un homme ou une femme, qu’il soit le poulain de La République En Marche (LREM) ou la championne du Rassemblement national (RN), qu’il s’appelle Emmanuel Macron ou Marine Le Pen, il ou elle sera le président des Français qui l’ont élu. Et puis c’est tout, comme l’aurait conclu l’autre.

Par Wakat Séra     

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