Accueil A la une Présidentielle ivoirienne: Gbagbo et Soro en spectateurs?

Présidentielle ivoirienne: Gbagbo et Soro en spectateurs?

Les probables recalés de la prochaine présidentielle ivoirienne, Laurent Gbagbo (à droite) et Guillaume Soro

Le bal du contentieux ouvert dans une Côte d’Ivoire qui attend avec anxiété, l’élection présidentielle prévue pour le 31 octobre prochain, s’est clôturé sur une note bien amère pour l’ancien président ivoirien, Laurent Gbagbo et l’ancien président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire, Guillaume Kigbafori Soro, et leurs partisans. Si plus de 900 000 nouveaux électeurs ont été enregistrés, portant à 7 millions et demi de personnes, les effectifs de la liste électorale, un chiffre record, à en croire le président de la Commission électorale indépendante (CEI), Ibrahime Coulibaly-Kuibiert, les deux parias de la République, seront bel et bien exclus des prochaines élections à venir. Leurs noms ayant été biffés par la commission en charge des élections, et les recours n’ayant pu les rétablir dans leurs droits, ils suivront les scrutins en spectateurs.

Au mieux, ils vivront l’événement électoral de loin, mais respirant au moins l’air frais de la liberté, au pire, ils auront les résultats par le biais de l’écran de télévision de la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan, s’ils osent rentrer au bercail. La justice ivoirienne les ayant condamnés, par contumace, à 20 ans de prison. Le «christ de Mama», qui portera sans doute sa croix jusqu’au Golgotha ivoirien, a été  accusé, de braquage de l’agence nationale de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’ouest (BCEAO) qui aurait été perpétrée, il y a une dizaine d’années, alors que la crise post-électorale de 2010-2011, faisait rage en Côte d’Ivoire. Quant à Guillaume Soro, celui-là même qui a contribué à installer Alassane Ouattara dans le fauteuil présidentiel, il lui est reproché plusieurs griefs, notamment celui de «détournements de fonds et blanchiment».

La CEI, s’abrite donc, à juste titre, derrière la loi et le code électoral, pour justifier son double coup de gomme qui scelle, pour l’instant, en tout cas, le sort politique de Guillaume Soro et de Laurent Gbagbo, lui qui continue de se battre, depuis Bruxelles, pour rentrer à Abidjan avant le 31 août, sans doute pour se porter candidat à la présidentielle. La loi permet à la CEI d’écarter les anciens chefs de l’Etat et président de l’Assemblée nationale, mais en réalité, une lecture politique conduit à voir derrière ce glaive judiciaire, la main grossière du pouvoir ivoirien, pour mettre hors-jeu, des attaquants trop incisifs dans ce match du 31 octobre 2020, que Alassane Ouattara et le Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP), veulent gagner par tous les moyens. Et par «coup KO», a promis ADO qui, s’obstine à briguer le fameux «troisième mandat». Ce mandat qui, n’a jamais porté bonheur à ceux qui le tentent!

En tout cas, c’aurait été le plus grand miracle que la Côte d’Ivoire aura connu, si les noms des épouvantails de Alassane Ouattara revenaient sur les listes électorales. Réinscrire ces candidats potentiels irait totalement contre les plans du chef de l’Etat qui les a tenus éloignés d’Abidjan afin que son parti, préserve toutes ses chances de garder le pouvoir. Sauf que ces candidats recalés avant même de franchir l’étape de dépôt des dossiers que Alassane Ouattara vient de franchir «brillamment», pourraient bien se liguer, avec d’autres, pour un «Tout sauf Ouattara».

Très bonne nouvelle pour Alassane Ouattara et le RHDP, donc, que Laurent Gbagbo et Guillaume Soro soient sortis pour de bon de la compétition. Mais, que réservent ces manœuvres trop grossières, qui se rapprochent, à s’y méprendre, de l’expression «jeter de l’huile sur le feu», dans une Côte d’Ivoire où les démons de la violence sont déjà en émoi, comme en 2010-2011, où ils ont fait traverser au pays de l’Eléphant, des moments sanglants et meurtriers? Qui joue à faire peur aux Ivoiriens qui ont décidé de tourner le dos aux affrontements, afin de ne plus faire rimer élections avec guerre? Le modus vivendi est-il encore possible pour épargner des remous au pays de Houphouët Boigny, celui là-même qui a fait de la paix, plus qu’un simple mot, mais un comportement?

Sait-on jamais, peut-être que le train de la réconciliation, qui n’a jamais en réalité quitté la gare, sifflera enfin pour remettre la Côte d’Ivoire sur les rails de la paix et de la cohésion sociale, gages de toute élection apaisée, et surtout de développement, pour ne pas dire «émergence», concept cher à l’économiste chevronné, Alassane Ouattara. Tout est encore possible, il suffit que les Ivoiriens le veuillent!

Par Wakat Séra

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