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Procès putsch manqué: Noël Sourwèma, témoin à charge contre l’ex-député Salifou Sawadogo?

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Le troisième témoin à la barre, après Alidou Sawadogo, le secrétaire général de la section provinciale du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) du Kadiogo au moment des événements du 16 septembre 2015 et jours suivants, a chargé ce mardi 29 janvier 2019, l’accusé Salifou Sawadogo, ex-député poursuivi pour complicité d’attentat à la sûreté de l’Etat, meurtre, coups et blessures.

Le témoin Noël Sourwèma, appelé à témoigner à la barre, a affirmé que dans la soirée du 16 septembre 2015, il a reçu un appel téléphonique de Salifou Sawadogo qui était quatrième vice-président du Congrès pour la Démocratie et le Progrès (CDP), chargé des relations extérieures, au moment des faits, qui lui demandait «de convoquer une réunion au Rond-point des martyrs», à Ouaga 2000, pour «une information importante» le 17 septembre 2015, dans la matinée. Un témoignage que l’accusé concerné réfute catégoriquement.

Pour Salifou Sawadogo, on cherche seulement à lui «faire porter un chapeau», soutenant que ce n’est pas lui qui a convoqué la rencontre. Selon l’accusé c’est, au contraire, le témoin qui l’a fait. L’ex-député révèle que Noël Sourwèma a convoqué cette réunion pour qu’elle se tienne «autour de la sécurisation des domiciles de certains membres du parti et l’exclusion».

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A la suite des accusations de M. Sawadogo, le témoin a indiqué que si effectivement l’initiative venait de lui, ça n’allait pas être au Rond-point des martyrs qu’il aurait convoqué cette rencontre. Il l’aurait tenue dans des endroits comme le Comptoir burkinabè des chargeurs (CBC). Il a précisé que le parti a toujours eu d’autres endroits pour tenir des rencontres quand son «siège n’est pas praticable» mais pas au rond-point des martyrs.

Poursuivant sa déposition, M. Sourwèma a confié devant la Chambre de jugement du tribunal militaire que le jour dit (17 septembre 2015), avec Charles Niodogo, ils sont arrivés au Rond-point des martyrs, et ont trouvé qu’il n’y avait personne. Ils ont fait demi-tour toujours selon Noël Sourwèma. Mais il dit avoir reçu, en cours de route, un appel de Salifou Sawadogo qui lui demandait de revenir et à son retour sur les lieux, ils auraient trouvé M. Sawadogo avec une quarantaine de personnes. Cette déclaration a été également réfutée par l’accusé.

«J’ai prêté serment, je ne suis pas là pour mentir», a dit le témoin. «Assumons ce qu’on a fait et ça ira mieux et vite pour tout le monde», a-t-il fait savoir à son camarade politique de l’ex-parti majoritaire.

Noël Sourwèma qui était également inculpé dans le dossier du putsch manqué, mais qui a bénéficié plus tard d’un non-lieu, a déclaré à la barre que Salifou Sawadogo, qui n’avait toujours pas été arrêté, lui aurait rendu visite, après qu’il a recouvré sa liberté en vue de savoir ce qu’il a pu dire devant les enquêteurs et les juges, dans le but d’éviter qu’il y ait des écarts dans leurs versions. Il indique aussi que le lendemain de sa sortie, M. Sawadogo lui aurait donné 200 000 F CFA pour préparer la venue des structures du parti, chez lui.

Aussi avant qu’il ne sorte de prison, M. Sawadogo et des députés CDP leur (lui et neuf autres prisonniers du parti) auraient rendu visite à la Maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou (MACO) et leur aurait remis 200 000 F CFA. Ce jour Salifou Sawadogo lui aurait «glissé une enveloppe de 500 000 F CFA» en indiquant que «c’est sa contribution parce qu’(il a) un devoir vis-à-vis des autres».

Le parquet a cherché à savoir ce que le témoin pense des actes de l’accusé. M. Sourwèma, pour répondre, a affirmé qu’«on peut interpréter cela comme un achat de conscience». «Mais jusqu’à preuve du contraire, je considère cet argent qu’il a donné comme un soutien de sa part», a-t-il précisé.

Pour l’accusé, le témoin cherche à le «noyer». «Je suis heureux qu’il se soit tiré d’affaire mais je lui demande de dire la vérité», a laissé entendre Salifou Sawadogo qui a demandé au témoin de lui rembourser les 200 000 F CFA, avant de lui dire de laisser car il l’a dit sous l’effet de la colère.

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Après Noël Sourwèma, le cinquième témoin, Gomdaogo dit Amidou Nikiéma, un commerçant, fut appelé à la barre. Ne parlant pas le français, un interprète lui a été trouvé.

Dans sa narration des faits, il a affirmé qu’il a été contacté par la maire de la commune de Saaba, Josiane Kabré qui l’aurait informé de la tenue d’une réunion au Rond-point des martyrs, sans en préciser la date.

M. Nikiéma a déclaré qu’une fois sur place, il a constaté l’absence de la maire, mais qu’il se trouvait là, un groupe de jeunes qui disaient qu’ils allaient incendier des domiciles. «J’ai appelé Abdoul Karim Bagagnan dit Lota pour lui dire d’intercéder auprès de ces jeunes pour qu’ils ne brûlent pas», a-t-il dit, notant qu’après cela il est reparti et n’a pas su ce qui s’est passé plus tard. A ces propos. M. Bagagnan a nié avoir conversé avec M. Nikiéma. Mais pour le témoin «c’est parce qu’il (l’accusé) est dans des problèmes qu’il refuse de reconnaître» qu’ils ont échangé.

L’audience reprise ce mardi vers 9h00 a été suspendue vers 17h00. Elle reprendra demain mercredi 30 janvier 2019.

Par Daouda ZONGO

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