Accueil Editorial Sénégal: le lion de Fatick rugit pour la deuxième fois

Sénégal: le lion de Fatick rugit pour la deuxième fois

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Macky Sall a réussi son pari du coup KO dès le premier tour (Ph. d'illustration REUTERS)

Macky Sall, 58,27%. Idrissa Seck, 20,5%. Ousmane Sonko, 15,67%. Issa Sall, 4,07%. Madické Niang, 1,48%. Ainsi se présente, selon la Commission nationale de recensement des votes (CNRV) le tableau des résultats provisoires de l’élection présidentielle du dimanche 24 février 2019 au Sénégal. Ces chiffres, en attendant d’être infirmés ou confirmés par le Conseil constitutionnel, consacrent la victoire de Macky Sall et lui permettent donc de conserver son fauteuil pour un nouveau mandat de cinq ans. Si aucune liesse populaire extraordinaire n’a été observée dans le camp des vainqueurs, qui, il faut le reconnaître a réalisé un score sans appel, en face, l’opposition, elle rejette en bloc ces résultats, mais paradoxalement, refuse de présenter le moindre recours devant le conseil constitutionnel. Pourtant, elle a droit à un délai de 72 heures pour le faire.

Peut-être qu’ils changeront d’avis d’ici au deadline, à moins qu’ils aient perdu toute confiance en la justice et aux instruments constitutionnels du Sénégal. Sinon, dans un délai de huit jours dont il dispose, le Conseil constitutionnel sénégalais prononcera officiellement le coup KO de Macky Sall. Election particulièrement attendue compte tenu de la tension politique née de l’éviction de la compétition, par justice interposée, de deux poids lourds comme Karim Wade et surtout l’ancien maire de Dakar, Khalifa Sall, cette présidentielle porte un bon taux de participation qui s’élève à plus de 66%, preuve de l’engouement des Sénégalais pour ce vote.

C’est donc sans bavure que Macky Sall, 57 ans, a réussi son pari qui était de gagner dès le premier tour. Conscient que le second tour n’a jamais porté bonheur au chef de l’Etat candidat à sa propre succession du fait de la coalition de ses opposants à cette occasion, le bientôt ancien-nouveau président, a mené une campagne électorale intense pour atteindre son but. Il a même fait mieux que les 57% proclamés par son Premier ministre juste après le vote et qui ont failli mettre en cause la crédibilité de cette élection dans un Sénégal pourtant considéré comme l’un des phares de la démocratie en Afrique.

Du reste, la hantise du second tour développé par Macky Sall, combinée à sa peur d’affronter Karim Wade et le Parti démocratique sénégalais (PDS) de son père ou Khalifa Sall et son Parti socialiste le (PS) désormais noyé dans la coalition Benno Bokk Yaakaar au pouvoir, l’ont poussé à repousser ses limites physiques et stratégiques pour éliminer tout obstacle qui pourrait contrarier ses ambitions de garder son fauteuil. On ne saurait occulter ses opérations de charme auprès des sérignes et autres chefs des confréries religieuses.

Mais plus important, c’est son bilan qu’il a défendu comme très positif, mettant en avant les gigantesques infrastructures réalisées sous son règne, notamment le nouvel aéroport international Blaise Diagne. Mais les Sénégalais attendent plus du prochain mandat de Macky Sall qui doit viser la création d’emplois pour les jeunes, et rendre plus inclusive la croissance que nombre de ses concitoyens ne ressentent pas dans le panier de la ménagère.

Si la mise en œuvre de la deuxième phase de son Plan Sénégal Emergent (PSE) n’est pas que promesse électorale, peut-être que les Sénégalais connaîtront le mieux-être dont ils ont rêvé en vain sous le premier mandat de Macky Sall. Mais le plus urgent et surtout le plus titanesque des travaux du président réélu sera de recoller les morceaux d’un tissu social qui va en lambeaux.

En attendant de se réinstaller confortablement dans son fauteuil si le Conseil constitutionnel en décide ainsi, Macky Sall peut savourer son plat de tchep, qui aura sans doute un autre goût que ceux des soirs d’une campagne électorale angoissante.

Par Wakat Séra

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